Parce qu’elle aurait tant aimé qu’on le lui raconte, qu’on le lui explique, et surtout qu’on le démystifie, la conteuse Renée Robitaille propose un spectacle à la fois intime et universel, introspectif et poétique, sur le désir au féminin. Pour en parler, enfin.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

« Aussitôt que je suis entrée dans la vie sexuelle, ça a été un choc de constater que ce qu’on me montre un peu partout ne correspond pas du tout à la réalité », confie la conteuse, qui signe la pièce Nues – Récits du féminin intime, présentée cette semaine à La Chapelle, un one woman show fruit d’une réflexion qui l’habite depuis plus de 20 ans maintenant.

C’est dire si le sujet la travaille. Et ça paraît. Rencontrée la semaine dernière, Renée Robitaille répond doucement, et de manière posée, réfléchie, avec un souci du mot juste, à toutes nos questions. Pour elle, la sexualité est non pas un acte, mais plutôt un « parcours », assure-t-elle. Un « cheminement ». Une « rencontre ». « C’est quelque chose qui nous invite à nous rencontrer nous-mêmes. »

Or, cette « rencontre », elle l’a personnellement vécue comme un « grand clash ». « J’ai eu beaucoup d’attentes par rapport à ça, avoue-t-elle, un brin énigmatique. Si le soi, c’est le point de départ, ce qu’il y a d’intéressant, c’est ce qu’il y a d’universel. »

Paroles de femmes

Et de l’universel il y a. Car avant d’écrire ce spectacle, Renée Robitaille a rencontré des femmes. Quantité de femmes, une trentaine en tout, de tous les âges et de toutes les origines. Des femmes en réflexion, comme elle. Qui lui ont parlé de leur religion, de leur éducation, de leur première fois, jusqu’à leur ménopause. Et plus encore. Des femmes qui se sont mises à nu, quoi.

Avec toutes leurs confidences, elle a d’abord réalisé une série de balados, pour ensuite mettre de côté trois récits, « les trois plus puissants », qu’elle a choisi d’intégrer à son spectacle, bien nommé : Nues.

La conteuse incarne la parole de ces trois femmes, donc, en plus de son propre personnage, et de celui de sa grand-mère. Comme unique interlocutrice : une marionnette, Vulve, qui apporte une touche de légèreté au portrait.

Ce qui m’intéresse, moi, beaucoup, là-dedans, c’est d’où l’on vient, qu’est-ce que nos parents nous ont légué par rapport à notre sexualité, et qu’est-ce qu’on en fait, comment on évolue.

Renée Robitaille, conteuse

Son objectif, vous l’aurez compris : « dire aux femmes ce que j’aurais voulu qu’on me transmette… »

On arrive enfin au vif du sujet : « On nous donne une image dans les médias qui ne permet pas de se questionner beaucoup, dénonce-t-elle. On est beaucoup dans une sexualité masculine, et il y a peu de place pour le désir féminin. »

Elle réfléchit tout haut : « Mais est-ce que nous, en tant que femmes, on se donne le droit de se poser des questions ? De quoi j’ai envie, moi ? J’ai l’impression que jeunes, on n’est pas passées par ces questionnements-là… »

La tête ailleurs

Dans la pièce, son personnage dit aussi cette phrase, qui résonnera dans bien des chambres à coucher : « J’ai toujours pensé que tout allait bien dans ma sexualité […], j’ai eu une enfance extraordinaire […], mon chum, c’est une soie. Mais des fois, quand je fais l’amour, j’ai l’impression que ma tête est restée au bureau… » Vous vous reconnaissez ?

Rebondissant sur cette confidence, au cœur de la question du fameux désir féminin, Renée Robitaille s’interroge : « est-ce qu’on se permet d’écouter notre propre désir ou est-ce qu’on reproduit ce qu’on nous a dit de faire ? »

D’où la grande question : « comment se réapproprier son propre désir ? » Non pas contre les hommes, mais bien avec les hommes, précise la conteuse en entrevue. Même si eux, fondamentalement, n’ont pas les mêmes questionnements. Et pour cause : « l’homme a besoin de faire l’amour pour se sentir bien, et les femmes ont besoin de se sentir bien pour faire l’amour… », lui a un jour dit une femme, une citation forte, symptomatique et archi-révélatrice, reprise dans le texte.

À voir entre filles, en couple, ou pourquoi pas seule. Pour trouver ce fameux chemin pour se sentir bien.

Nues — Récits du féminin intime, de Renée Robitaille, mise en scène de Nadine Walsh, est présenté mercredi et vendredi, 19 h 30, à La Chapelle.

> Consultez la page du spectacle : https://lachapelle.org/fr/programmation/nues

> Écoutez la balado Nues : https://edition.atelier10.ca/nouveau-projet/supplements/nues-une-serie-de-baladodiffusions-intimes-sur-la-sexualite-des-femmes