Le comédien Pierre Mayer a obtenu cette semaine une licence mondiale qui lui permettra d’incarner le personnage de Charlie Chaplin jusqu’en 2022, a appris La Presse.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

L’artiste québécois, qui avait obtenu une première autorisation des membres de la famille Chaplin (par l’entremise de leur société Bubbles) pour créer le spectacle Charlot et mademoiselle Cello en 2015, pourra donc, en théorie, se produire n’importe où dans le monde en portant le chapeau de l’acteur-cinéaste. Il a également renouvelé une entente avec Bourne Co. (à New York) pour avoir accès au répertoire musical de Chaplin.

« Je suis un artiste comblé », nous a dit le comédien, qui a créé au fil des ans plusieurs numéros « à la manière de » son idole de toujours.

Charlot et mademoiselle Cello, créé au théâtre Aux Écuries, à Montréal, avec la violoncelliste canadienne Julie Hereish, sera présenté le 6 décembre à Victoria Hall, en Suisse, avec l’Orchestre de chambre de Genève, pour souligner le 130anniversaire de naissance de Charles Spencer Chaplin (à Londres en 1889).

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE MAYER

Créé à Montréal, Charlot et mademoiselle Cello sera présenté le 6 décembre à Genève.

« On joue notre pièce de 45 minutes dans la première partie du spectacle et, tout de suite après, ils enchaînent avec la projection du film The Kid, précise Pierre Mayer. L’Orchestre de chambre va donc nous accompagner et puis interpréter la musique du film. C’est une salle magnifique de 1500 places », se réjouit le comédien, enthousiaste.

La pièce que le duo a promenée dans les écoles et les maisons de la culture pendant quatre ans avait été présentée en 2017 avec l’Orchestre symphonique de Québec, lors d’une série de quatre concerts dirigés par Nicolas Ellis. C’est cette version symphonique qui sera reprise par l’Orchestre de chambre de Genève dans deux semaines.

Maintenant qu’il a une licence mondiale, a-t-il l’intention de créer du nouveau matériel ?

« Il faudrait que je crée un spectacle en Europe, avec un producteur de là-bas, parce que je ne veux pas me lancer dans une autre création originale ici, en sachant très bien que pour celui-là, on a eu toutes les difficultés du monde à le placer, alors qu’on est juste deux interprètes… », dit-il.

De toute façon, mon but c’est d’être un ambassadeur de Chaplin. Je ne veux pas que les gens l’oublient, c’est tout.

Pierre Mayer, comédien

Peu avant la création montréalaise, à l’été 2015, La Presse avait rencontré le comédien dans son atelier installé dans le jubé de l’église Fatima à Longueuil.

« Après la création du spectacle, j’ai sorti mon matériel, j’ai rangé tout ça dans mon hangar et, quatre mois plus tard, l’église a pris feu !, raconte Pierre Mayer avec émotion. Exactement comme Chaplin dans le tournage du Cirque ! Tout allait bien, il lui restait 20 % du film à tourner et puis les décors ont brûlé. Il a fallu qu’ils reconstruisent tout… »

Pierre Mayer, qui a eu des contacts avec Eugène Chaplin (associé pendant quelques années au Festival international de cirque de Vaudreuil-Dorion) et Victoria Chaplin (qui avait été charmée par son court métrage Charlot au resto), s’est rendu en 2016 au Manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey (en Suisse), que la famille a transformé en musée, dans la maison que Charlie Chaplin a habitée les 25 dernières années de sa vie.

« J’avais signé le Livre d’or du musée, réservé aux gens de l’industrie du spectacle, nous dit le comédien. La page précédente était signée par Claire Bloom, qui a donné la réplique à Chaplin dans le film Limelight », s’émeut encore l’acteur, qu’on a découvert au Québec dans les fameuses pubs des biscuits Ritz (il portait déjà le petit chapeau melon et la canne).

Le comédien de 57 ans rêve aujourd’hui de mettre en scène un spectacle consacré à Charlie Chaplin.

« Une pièce produite par Broadway ou à Londres, où je pourrais diriger un acteur qui pourrait interpréter Charlot, nous dit Pierre Mayer, qui a intégré depuis des années toute la gestuelle du célèbre pantomime. Ça, ce serait une belle finale. Mais en soi, juste le fait de présenter mon show en Europe, que j’ai créé sans aide financière, ça me fait vraiment plaisir. »