Catherine Vidal nous avait séduits avec des spectacles costauds comme Le grand cahier et L’idiot. La preuve est désormais faite que la metteure en scène peut nourrir de sa lumière particulière une comédie classique : sa lecture des Amoureux, de Carlo Goldoni, est un vrai délice comique et un puissant remède contre la grisaille de novembre.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Sur la scène du Théâtre Denise-Pelletier, baignée de rose et dominée par un cœur immense, deux jeunes amoureux en pleine ébullition s’entredéchirent malgré leur indéniable passion. La première est jalouse et susceptible. Le second est colérique. Trop occupés à chercher chez l’autre la preuve d’amour qui apaisera leurs insécurités, ces deux-là oublient de s’aimer, au grand désespoir de leur entourage.

PHOTO GUNTHER GAMPER, THÉÂTRE DENISE-PELLETIER

Catherine Chabot et Maxime Genois sont les deux amoureux de la pièce
de Carlo Goldoni. 

Dans le rôle de l’amoureuse soupçonneuse, Catherine Chabot (d’une vivacité et d’une énergie qui forcent l’admiration) fait éclater les étiquettes qu’on pourrait accoler au rôle de jeune première dans une commedia dell’arte. Loin d’être une petite chose fragile, son Eugenia est une tigresse impossible à apprivoiser, qui n’hésite pas à donner les premiers coups de griffes.

Devant elle, et malgré une partition moins flamboyante, Maxime Genois est solide dans le rôle de l’amant toujours sur le point d’exploser. Éric Bernier (en très, très grande forme) insuffle tout ce qu’il faut de ridicule et de folie à Fabrizio, le pathétique oncle d’Eugenia qui voudrait bien marier sa nièce à un comte de passage (Gabriel Lemire, athlétique !). Les 10 comédiens de la distribution brillent d’ailleurs par leur jeu très physique, dans une mise en scène où le rythme ne dérougit pas. On danse (sur Lady Gaga et Despacito, notamment !), on se frappe la poitrine de colère, on s’échange des poignées de mains aux chorégraphies compliquées, dignes des joueurs de football après un touché.

PHOTO GUNTHER GAMPER, THÉÂTRE DENISE-PELLETIER

Éric Bernier (ici avec Anglesh Major) offre une performance jouissive dans le rôle de Fabrizio.

C’est là une des grandes forces de la mise en scène de Catherine Vidal. Elle a su intégrer des clins d’œil actuels à ce classique vieux de 260 ans : un peu de hip-hop par-ci, quelques mimiques d’égoportraits par-là. Des accessoires tout droit sortis de 2019 apparaissent aussi au moment où l’on s’y attend le moins.

À trop forte dose, le procédé aurait fini par fatiguer, mais pas ici. Il est toujours utilisé à propos et alimente le côté comique de la pièce. Surtout, on peut imaginer que ces digressions temporelles raviront le public adolescent qui fréquente en nombre le Théâtre Denise-Pelletier.

La décision de faire tomber le quatrième mur pour permettre aux personnages de s’adresser directement au public — ou au technicien du son ! – est moins heureuse. Certaines répliques ainsi lancées tombent à plat, mais encore une fois, Catherine Vidal ne verse pas dans l’abus.

La metteure en scène a choisi de camper son histoire dans la modernité, en ajoutant tout le réalisme possible sans dénaturer le texte de Goldoni. Résultat : au milieu des rires francs et nourris, on réalise que l’amour reste le plus insoluble des problèmes, surtout pour deux jeunes gens dépassés par leurs propres émotions, leurs propres pulsions.

Les amoureux, de Carlo Goldoni, mise en scène de Catherine Vidal. Avec Catherine Chabot, Maxime Genois, Éric Blais.                                                               

Jusqu’au 4 décembre, au Théâtre Denise-Pelletier