Le 17 février 1673 est une journée sombre dans l’histoire du théâtre. Ce soir-là, 45 minutes après avoir interprété sur scène le rôle d’Argan dans Le malade imaginaire, Jean-Baptiste Poquelin, alias Molière, est mort d’une rupture d’anévrisme.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Cette nuit fatidique est au cœur de la nouvelle production de la compagnie théâtrale La Comédie humaine, qui offrira plus de 80 représentations de ce spectacle un peu partout au Québec en 2019-2020. Après avoir présenté nombre de classiques – Cyrano de Bergerac, Les sorcières de Salem ou La souricière, notamment –, la troupe s’attaque au Malade imaginaire, mais en y ajoutant « un boni », comme l’explique le concepteur et metteur en scène du spectacle, Martin Lavigne.

Un boni ? En effet, trois scènes inédites ont été ajoutées au texte pour permettre aux spectateurs d’entrer dans les coulisses de la quatrième représentation du Malade imaginaire, celle où le maître a vécu son ultime chute du rideau. « Ces trois scènes sont intégrées au début, au milieu et à la fin du spectacle. L’essence de ces scènes est de faire sentir l’émotion de la troupe royale ce soir de février 1673. »

Molière est très malade, les comédiens savent que sa mort approche… J’ai imaginé ce qui a pu se passer en coulisses, à partir notamment des notes historiques que j’ai lues. C’est une forme d’hommage qu’on rend à Molière en présentant ses origines, ses points d’ancrage, ses inspirations…

Martin Lavigne

Ainsi, les interprètes de La Comédie humaine vont endosser à la fois le rôle d’un comédien de la Troupe du Roy et celui d’un personnage du Malade imaginaire. Pierre Chagnon aura la double tâche d’interpréter Molière – qui se meurt – et Argan – qui pète de santé, mais que des charlatans convainquent qu’il est à l’article de la mort.

« C’est formidable de penser que Molière, étant malade, a écrit une pièce sur un hypocondriaque, qu’il a ensuite interprété alors qu’il était à l’agonie. C’est une mise en abyme parfaite ! », lance le comédien, qui tenait le rôle du frère d’Argan, Béralde, dans la production du Malade imaginaire présentée au TNM en 2006.

La distribution comprend aussi, entre autres, Mireille Deyglun, France Parent, Marie-Ève Trudel et Jean-François Blanchard.

Un texte remanié

L’ajout de ces trois scènes a toutefois forcé Martin Lavigne à rogner le texte original. Et pas qu’un peu. « La pièce originale dure trois heures. J’ai ramené le spectacle à une durée d’une heure trente, y compris les trois scènes supplémentaires. Pour y arriver, j’ai coupé dans ce qui était désuet, inutile, superflu et qui n’apportait rien de plus à la compréhension du texte. »

Couper dans du Molière ? Effacer « l’inutile et le superflu » d’un des plus grands classiques de la langue française ? « Molière, ça se défait ! Lui-même était un homme avant-gardiste ; il voulait viser juste avec ses pièces », lance Martin Lavigne, qui estime que la personnalité même de Molière plébiscite sa démarche.

Il faut ajouter que La Comédie humaine a inscrit la démocratisation du théâtre dans son ADN. Martin Lavigne, fondateur de la compagnie en 2005 et directeur artistique, explique : « Notre objectif est de rendre le théâtre classique et les œuvres théâtrales marquantes accessibles à tous. Pour ce faire, nous faisons des tournées partout au Québec, dans des salles qui ne sont pas conçues forcément pour le théâtre. Les deux tiers de nos représentations se font devant un public scolaire du secondaire. Et nous revisitons les textes pour les rendre plus accessibles. »

« Une pièce de trois heures trente, c’est inaccessible au public d’aujourd’hui. Pas qu’il n’en est pas capable. Mais je trouve qu’il y a des choses dépassées qui peuvent être enlevées sans toucher à l’essence du texte. Nous voulons offrir des classiques qui soient rythmés, sans longueurs, avec des innovations bien contemporaines. Notre Malade imaginaire est festif, inspiré de la commedia dell’arte. »

Il ajoute : « Nos productions sont notamment présentées devant des élèves du secondaire, mais ce sont toujours des spectacles conçus pour le grand public. Les jeunes sont préparés grâce à du matériel pédagogique imaginé pour eux, qui leur permet d’accéder à un niveau plus élevé de compréhension. Je ne suis jamais racoleur avec eux : je mets la barre haut. Je prépare le public de demain. »

Le malade imaginaire, la 4e représentation, à la maison de la culture Mercier, les 17 et 18 octobre. La pièce entreprend le 29 octobre sa tournée québécoise, avec un arrêt à Jonquière. 

Consultez la page de la pièce : http://lacomediehumaine.ca/malade-imaginaire-4e-representation/description/