Dix ans après Esteban, loufoque solo à sketchs, Stéphane Crête refait le saut avec Numain. Seul ou presque : sa partenaire de jeu sera une poupée sexuelle en silicone.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

S’asseoir avec Stéphane Crête pour parler de ses créations solos, c’est un peu se jeter dans le vide. On ne sait rien de Numain, sinon que c’est un spectacle pour un acteur et une poupée de silicone où il sera notamment question de désir et de solitude. Ce qu’on sait, en revanche, lorsqu’on a suivi le parcours de ce laborantin de la scène, c’est qu’il ira au-delà des évidences.

« Ç’aurait été facile de faire quelque chose de burlesque, comique, clownesque ou absurde avec la poupée », convient-il. Pourquoi aller là ? Surtout qu’Esteban, son premier solo présenté à l’automne 2009, jouait précisément dans ces tonalités. Numain se veut une exploration plus profonde de la nature humaine, de ce qui fait la richesse de nos rapports et, plus largement, de notre condition.

Encore une fois, Stéphane Crête a passé des heures à se filmer, sans aucun œil extérieur. Tout en expérimentant avec la poupée. Ce qui l’intéressait, c’était de voir les limites qu’une telle partenaire de jeu lui permettait de transgresser, ce qui n’aurait pas été possible avec une actrice en chair, en os, en pensée et en sensibilité.

Aventure ambiguë

Une précision s’impose : Stéphane Crête ne joue pas avec une poupée gonflable caricaturale, mais avec une poupée sexuelle au réalisme confondant. 

Le fait qu’elle soit hyperréaliste amène toute la question de l’ambiguïté et du malaise. Si j’avais travaillé avec un mannequin de magasin, ça n’aurait pas eu le même impact.

Stéphane Crête

« Il y a un affect plus bouleversant pour le spectateur parce qu’il y a quelque chose de très réaliste dans l’apparence : le visage, la peau, la texture, constate-t-il. Et le fait que, normalement, les gens achètent ça pour ses fonctions sexuelles rajoute une dimension d’intimité… que je n’explore pas beaucoup. Je n’avais pas envie d’aller là dans le spectacle. »

Là aussi, Stéphane Crête cherche à éviter la facilité. L’impudeur qu’il évoque en entrevue, ce n’est pas tant la mise en scène d’une sexualité avec une telle poupée, mais le rapport qui s’installe entre son propriétaire et elle. « Il y a beaucoup de gens qui achètent ces poupées-là pour avoir des partenaires intimes : ils vont regarder des films avec, ils vont la mettre à table pour manger », a-t-il découvert dans ses recherches.

Numain est un spectacle sans paroles. À quoi bon parler ? Sa poupée ne peut pas lui répondre… Tout repose alors sur les corps, la gestuelle et le regard qu’il posera sur sa partenaire. « Parfois, elle a l’air vraie ; parfois, elle a l’air d’un objet ou d’une divinité », dit-il. Ce corps, inerte si on ne projette rien sur lui, pourra aussi être celui d’une morte…

Numain, s’il mise sur une forme de transgression, ne semble pas intéressé par la provocation et la mise en scène de la perversité. Ses fondations se trouvent plutôt dans une question millénaire : qu’est-ce que c’est que d’être humain ? « Je ne pense pas que c’est drôle. Il y a un peu d’humour, mais je pense que c’est surtout étrange ou triste, songe-t-il. Je pense aussi que ça peut être poétique. »

À La Chapelle du 7 au 11 octobre, dans le cadre de Phénomena

Dans une galaxie près de chez vous 3

Stéphane Crête se réjouit à la perspective d’enfiler de nouveau le costume de Brad Spitfire, le vilain de Dans une galaxie près de chez vous, dont le troisième film est à l’étape du scénario. Claude Legault et Pierre-Yves Bernard en ont fait l’annonce officielle début septembre. « On est des amis, on se connaît depuis longtemps, dit l’acteur au sujet de la bande du Romano Fafard. Et le bassin de fans est très fort. Chaque semaine, on se fait aborder dans la rue, on se fait poser des questions sur ça. Il y a quelque chose de très vivant autour de Galaxie. On suit le bateau de cette affaire-là et on va être contents de se retrouver… s’il y a du financement ! »