Pour lancer sa saison, le Théâtre du Nouveau Monde n’a pas eu peur du risque.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Il fallait oser pour présenter une pièce écrite il y a presque 100 ans par un dramaturge peu connu, Jules Romains. Qui plus est, pour en confier la mise en scène à Daniel Brière, un pilier du Nouveau Théâtre expérimental qui n’avait jusqu’ici jamais officié à ce titre au Théâtre du Nouveau Monde.

Il arrive que l’audace paye ; pas cette fois-ci.

Plutôt que la satire subversive annoncée, Knock ou le triomphe de la médecine se révèle un spectacle peu convaincant, malgré un texte doté d’indéniables qualités comiques et un propos troublant d’actualité.

Car Knock, interprété avec justesse et tout ce qu’il faut de machiavélisme par Alexis Martin, est un docteur sans scrupule, pour qui « tout bien portant est un malade qui s’ignore ». Pour cet as de la manipulation, chaque individu se résume à un diagnostic, fondé ou non. Son credo pourrait fort bien être : dis-moi qui tu es, je te dirai de quoi tu souffres… et surtout combien tu vaux !

Autour de lui, ses patients boivent ses paroles comme du petit-lait et s’empressent d’appliquer ses recommandations, aussi loufoques soient-elles.

Le parallèle avec le monde d’aujourd’hui est facile à faire : à une époque où chaque mot tombé de la bouche d’un docteur devient parole d’évangile, la ferveur religieuse de jadis a cédé la place à l’obsession de la santé (et, par ricochet, de la maladie). « L’ère médicale est commencée », dit si bien le mauvais docteur Knock de sa voix lugubre. Et nous sommes dedans jusqu’au cou, serions-nous tentés d’ajouter.

Le message est limpide. Or, on se demande pourquoi Daniel Brière a choisi de sortir l’artillerie lourde – de grandes envolées d’orgue et des effets d’éclairage en manque flagrant de subtilité – pour souligner les délires de grandeur de son héros ou pour appuyer bien fort sur ces répliques qui laissent présager l’avenir surmédicalisé de notre société. 

Serait-ce pour meubler une scène trop grande que l’action peine à occuper ? On finit en tout cas par se demander, vexé, s’il a oublié que le spectateur n’avait pas besoin de se faire prendre par la main à ce point.

Ce sentiment atteint son apogée lors de la finale, malaisante au possible, où un invité-surprise nous abreuve de faits et de chiffres (écrits en rouge sur un écran haut de deux étages) pour nous rappeler, comme si c’était nécessaire, les travers du système de santé actuel.

Bref, le diagnostic est loin d’être celui qu’on espérait.

Knock ou le triomphe de la médecine, d’après un texte de Jules Romains, mis en scène par Daniel Brière, avec Évelyne de la Chenelière, Marie-Thérèse Fortin, Pierre Lebeau, Didier Lucien, Alexis Martin, Sylvie Moreau.

Au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 12 octobre