En acceptant l’invitation d’Olivier Bertrand, directeur artistique de La Chapelle, de créer en prenant comme point de départ un album, Clara Furey ne se doutait pas que cette proposition lui donnerait tant de fil à retordre.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

«J’aime les spectacles non narratifs, avec un sens ouvert, qui ne créent pas trop de référents», détaille-t-elle, quelques jours avant la première, dimanche dernier, de Rather a Ditch, solo mettant en scène (et cocréé avec) Céline Bonnier.

Mais l’album qu’elle a choisi, Different Trains de Steve Reich, est très concret dans sa proposition artistique même : le compositeur, d’origine juive, se questionne sur le train différent qu’il aurait pris s’il avait vécu en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale plutôt qu’aux États-Unis, où il faisait souvent, enfant, le trajet New York-Los Angeles. Sa réponse nous invite à plonger dans le «quatrième sous-sol de la conscience», explique celle qui refuse de donner des réponses toutes faites au spectateur.

À l’œuvre musicale chargée de Reich, elle oppose l’image du «fossé» («ditch»), et prend «l’autre train», en répondant par le silence, qui domine le spectacle d’une heure et quart, à l’exception d’un extrait mélodique de Different Trains et de ténues vibrations et pulsations électroacoustiques.

Sur la scène vide s’installe un dialogue entre Bonnier – qui module ses états de corps avec une belle finesse – un imposant mur de papier recyclé, peint en noir par l’artiste visuelle Caroline Monnet, et l’éclairage, tout en modulations, de Karine Gauthier. Le point d’orgue du spectacle étant ce moment, que nous appellerons «mains de lumière», où Furey induit un état de contemplation méditative chez le spectateur.

Ce qui intéresse avant tout la chorégraphe, c’est cette idée des trains de vie qui existent, peut-être, simultanément, cette «porosité entre la vie et la mort». Sa proposition artistique, une «danse existentielle» fort abstraite, voire radicale, ne fera certainement pas l’unanimité, mais la chorégraphe y va jusqu’au bout d’elle-même, totalement.

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Rather a Ditch De Clara Furey Au théâtre La Chapelle, jusqu’au 30 mai