Plus jeune, Rachel Graton a mis du temps à choisir entre des études en arts dramatiques et d’autres en travail social.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Ses six étés comme monitrice dans une base de plein air, auprès de jeunes parfois issus de milieux défavorisés, lui avaient fait attraper le virus de la psychoéducation. « J’ai été transformée par ces jeunes, dont certains se retrouvaient hors de la ville, en forêt, pour la première fois. Ils ont une capacité de résilience impressionnante. Leur naïveté les aide à rester enfants, malgré le contexte difficile dans lequel ils vivent. » 

La comédienne et dramaturge a finalement opté pour le théâtre, mais le travail social reste cher à son cœur : elle partage d’ailleurs sa vie avec un intervenant qui œuvre dans un centre jeunesse.

Les deux passions de Rachel Graton se recoupent dans 21, sa plus récente pièce, présentée à compter de ce soir à la salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Elle y raconte le face-à-face entre Zoé, une adolescente qui traverse des moments sombres, et une intervenante près du point de rupture, Sara. « Les deux femmes sont à un moment charnière de leur vie. Pour elles, ça passe ou ça casse. »

Dans 21, le basketball sert de trait d’union entre l’ado de 15 ans et son intervenante. La pièce est découpée en 12 matchs, qui correspondent aux 12 séances prévues dans le plan d’intervention de la jeune fille. Or, le contact entre ces deux êtres troublés sera plus qu’une affaire de ballon et de panier. Sara comme Zoé en sortiront changées.

« C’est impossible de rester imperméable au contact de jeunes comme Zoé. Sara cherche un sens à ce qu’elle fait. Elle travaille dans un milieu très difficile, où les intervenants reçoivent des claques en pleine face à répétition. Ce n’est pas évident. »

C’est Marine Johnson qui joue le rôle de Zoé. Il s’agit d’une première expérience sur scène pour la comédienne qu’on a vue au cinéma dans La petite fille qui aimait trop les allumettes. « Elle avait tout ce qu’on cherchait. Elle est précise, travaillante et possède l’énergie qu’il faut. En plus, elle joue vraiment bien au basket ! » Quant à Sara, elle est interprétée par Isabelle Roy, une comédienne qui a beaucoup tourné avec Wajdi Mouawad, entre autres.

Le besoin d’écrire

Rachel Graton signe avec 21 sa deuxième pièce de théâtre. La première, La nuit du 4 au 5, lui a valu le prix Gratien-Gélinas 2017, attribué par la Fondation du Centre des auteurs dramatiques. Une adaptation pour le cinéma est aussi en chantier. La dramaturge planche actuellement sur un autre projet de pièce, sur un court métrage ainsi que sur un roman. Elle a aussi collaboré à la rédaction de la pièce Strinberg à Espace Go.

L’écriture a toujours fait partie de la vie de la comédienne, qui a connu une année 2018 fort occupée, tant à la télé (Faits divers, Les Simone et Les invisibles) qu’au théâtre (Bilan, au TNM) et au cinéma (Le répertoire des villes disparues de Denis Côté.) Dans ce tourbillon (auquel s’ajoute la naissance de son premier enfant il y a un an et demi), elle a su garder une place pour écrire.

« Enfant, je voulais devenir écrivaine, comme Jo dans le film Les quatre filles du docteur March, lance la comédienne en riant. À ma sortie de l’École nationale de théâtre, j’ai eu besoin d’écrire. C’est important pour moi. Mais ce n’est pas facile de trouver le temps, entre les répétitions, les tournages, le doublage et le bébé. Dès que j’ai une 1, ou 15 minutes, j’écris. Je n’ai pas le choix. Toutefois, j’ai le goût d’avoir plus de place dans ma vie pour l’écriture. Je dois faire de la place dans mon agenda pour ça… Ce qui m’intéresse vraiment dans l’écriture théâtrale, c’est la forme, la façon d’aborder une histoire. »

Aujourd’hui, c’est par le basketball que ses personnages se dévoilent. Demain, dit-elle, ce sera peut-être par le truchement d’une pièce absurde et déjantée. Rachel Graton, la dramaturge, ne veut pas d’un moule dans lequel se cantonner…

Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 8 mai

> Consultez le site du Théâtre d'Aujourd'hui.