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Se mettre dans l'eau chaude : on est bien dans son bain

Jean-François Nadeau, Geneviève Rochette et Mylène Roy dans... (Photo: Aurélie Jouan, fournie par Espace libre)

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Jean-François Nadeau, Geneviève Rochette et Mylène Roy dans Se mettre dans l'eau chaude.

Photo: Aurélie Jouan, fournie par Espace libre

Le Québec, depuis une dizaine d'années, est sous l'emprise d'une irréversible poussée de fièvre pour les spas. Chaud, froid, sec, vapeur, tourbillon, on s'y repose, s'y ressource, y retrouve nos sens, comme si ces eaux bénéfiques avaient remplacé les eaux bénites des dimanches d'antan. Avec sa nouvelle création intitulée Se mettre dans l'eau chaude, l'Action terroriste socialement acceptable (ATSA) offre une expérience réflexive sur ces bains unificateurs.

Un mardi après-midi du début du mois de juin, dans une salle de répétions du théâtre Espace libre, une poignée de cobayes - dont une journaliste de La Presse se prêtent à un curieux exercice de «relaxation». La danseuse et prof de yoga Mylène Roy simule une méditation dirigée, en alternance avec les consignes militaires lancées sur d'un ton dictatorial par le comédien Jean-François Nadeau. Troublante métaphore de notre quotidien schizophrénique, peuplé de tranchantes contradictions et d'instants volés de retour à soi. Et pour ajouter à l'ironie de la scène, un téléviseur projette en boucle des images de guerre, de famine, de crises humanitaires...

Même entre les murs d'un théâtre, on est bel et bien dans l'univers de l'ATSA qui, depuis plus d'une décennie, a créé des oeuvres sociales et engagées dans les parcs et sur le bitume. «Le spa a remplacé l'église comme lieu de recueillement», lâche Annie Roy, cofondatrice (avec son compagnon Pierre Allard) de l'ATSA. Difficile de la contredire: rares sont les lieux fréquentés avec une telle assiduité par des athées en mal de silence et d'introspection. Voilà pourquoi les concepteurs de Se mettre dans l'eau chaude ont imaginé un décor à connotation religieuse, où le public est invité à retirer ses chaussures pour fouler les tapis persans, ce qui évoque la dimension sacrée de ces nouveaux lieux de culte.

«Les spas sont devenus la nouvelle norme. Tous les hôtels, désormais, doivent avoir leur spa. Comme si on ne pouvait survivre sans!», poursuit Annie Roy, qui reconnaît la dimension culturellement universelle des rituels de purification et la fonction thérapeutique de ces refuges pour âmes contemporaines excédées. «Il y a plein de gens qui disent que, s'ils n'allaient pas au spa une fois par mois, ils ne sauraient pas comment préserver leur santé mentale. On n'a plus les dimanches pour se recueillir.»

Chaud, froid,  confort et indifférence

En filigrane de cette transposition du spa au théâtre se trame un questionnement sur notre refuge dans le confort et le plaisir, comme panacées pour tous les maux, les plus profonds comme les plus futiles. Au pays du spa, la détente en peignoir est proposée comme solution miracle pour échapper au chaos des manifestations du centre-ville, au tintamarre des infos télévisées, au tourbillon de la maison ou aux bouchons de circulation sur l'autoroute 15. «Il y a un inconfort réel à faire face, chaque jour, à la violence des nouvelles, qui s'oppose avec une grande offre de plaisirs. Nous voulons remettre en question l'inertie, par rapport à la mise en action, notre façon de fuir dans le plaisir, pour échapper aux choses sur lesquelles nous n'avons pas de contrôle», expose Annie Roy.

Les spectateurs qui franchiront les portes d'Espace libre - rebaptisé pour l'occasion «Spa libre» - devront enfiler le peignoir obligatoire et auront le choix entre les options «Restez au sec» et «Mouillez-vous» (dans la seconde éventualité, prévoir un maillot de bain).

Le spa théâtral à la sauce ATSA prendra forme dans le cadre d'un parcours déambulatoire dans la ruelle et entre les murs d'Espace libre. Puisqu'il est fortement question d'engagement social dans cette oeuvre atypique, on fera écho aux carrés rouges du printemps 2012. «Il y a plein de raisons pour s'engager, ou pas. On remarque une sorte de désenchantement, malgré l'énergie consacrée, lié à la quantité dérisoire des gains par rapport à ce qu'on souhaitait», songe Annie Roy, qui espère aussi ramener dans le débat les notions de compassion et de gentillesse. «C'est de ça que le monde aurait besoin, pour améliorer le sort de l'humanité et de la planète. Mais ça fait kétaine, de parler de compassion, comme si ce n'était pas vraiment une solution.»

Non sans humour, Se mettre dans l'eau chaude offrira aussi à ses «clients» l'analyse de fiches personnalisées, à remplir en ligne. Et comme tout bon spa qui se respecte, des verres de bulles (imaginaires?) seront distribués.

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Pour mariner songé. Et s'exfolier la conscience. Se mettre dans l'eau chaude, de l'ATSA, du 10 au 15 juin à Espace libre.




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