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Maldoror-paysage : l'ado Lautréamont

Les comédiens de Maldoror-Paysage: de gauche à droite,... (Photo: Martin Chamberland, La Presse)

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Les comédiens de Maldoror-Paysage: de gauche à droite, Elkahna Talbi, Mathieu Gosselin, Pierre Limoges, Vincent-Guillaume Otis et Jean-François Nadeau.

Photo: Martin Chamberland, La Presse

Quand on dirige artistiquement un lieu appelé Espace Libre, la pression est forte de prouver son audace et sa créativité. Olivier Kemeid, qui en est à sa troisième saison à la barre du théâtre de la rue Fullum, s'attaque ce mois-ci aux Chants de Maldoror de Lautréamont, hymne de rébellion commis il y a 140 ans. «Une immense permission», dit le jeune metteur en scène, d'un texte qui a entre autres teinté les oeuvres de Réjean Ducharme et Claude Gauvreau.

Olivier Kemeid est un amoureux des mots. Il le faut, pour avoir été jeté au tapis à 16 ans, par la langue de Lautréamont. «J'ai lu un chant, au cégep. Je suis resté hyper marqué par la densité, l'audace, la violence de l'oeuvre», raconte celui qui décrit Maldoror comme «un ado en révolte, qui se fait rejeter par la société et son entourage».

 

L'intransigeance, la soif d'absolu de Lautréamont ont happé le metteur en scène Kemeid, qui, dans Maldoror-Paysage, met en lumière la théâtralité du texte de Lautréamont. «Ce n'est pas un récital de poésie, ni un spectacle littéraire», précise l'artiste, qui a composé un spectacle avec monologues, dialogues, slam et extraits musicaux.

Olivier Kemeid estime que la richesse de la langue de Lautréamont réside dans ses erreurs. «De façon involontaire, Lautréamont a rénové la langue française. Ayant grandi à Montevideo, en Uruguay, il a été très influencé par l'espagnol et commet des fautes de français qui sont magnifiques.»

Parole rebelle

Au fil de mon entretien avec Olivier Kemeid, dans les bureaux d'Espace Libre, il soulève au passage des phrases fortes des Chants de Maldoror. «J'ai reçu la vie comme une blessure, mais je défends au suicide d'en guérir la cicatrice», par exemple. En lisant cela, il sentait l'urgence d'amener ce texte sur une scène, au Québec, en 2009. Tout bonnement pour dire, sans faire la morale, que oui, la vie est souvent une blessure, un couteau enfoncé. Mais que ni le suicide ni l'abandon ne procurent l'apaisement.

Pour construire un objet théâtral avec les mots de Lautréamont, Olivier Kemeid a puisé dans les investigations de Jean-Jacques Lefrère sur la vie du comte de Lautréamont (Isidore Ducasse de son vrai nom). Mort à 24 ans, Lautréamont reste un personnage dont la vie est très peu documentée.

Lefrère, énonce-t-il, démontre à quel point Lautréamont a transformé la langue, après avoir été en contact avec des expériences peu communes pour l'époque. Il raconte aussi la naissance peu glorieuse des Chants de Maldoror. «Lautréamont a écrit le premier de ses chants en classe. Son enseignant, pour le punir de sa distraction, lui a ordonné de lire son texte devant les autres élèves, qui se sont mis à rire, parce qu'ils trouvaient cela mauvais. C'est extraordinaire de savoir qu'un des chefs-d'oeuvre de la littérature française était à la base une mauvaise copie d'élève», observe Olivier Kemeid.

Ce dernier soutient qu'il aurait trahi l'esprit de Lautréamont en faisant un show linéaire et conventionnel. C'est pourquoi il a opté pour l'impressionnisme, afin de rendre le bestiaire peuplé de vermines et de sangsues, propre au paysage de Maldoror. «J'ai voulu transposer la révolte adolescente de celui qui questionne le monde qui l'entoure en créant un univers avec des personnages inventés qu'il transforme.»

La main à la pâte

«On peut tout amener au théâtre. Tu peux amener la Bible, ou le bottin de téléphone, si ça te tente. Du moment que tu as des comédiens formidables, tu peux tout dire», lance Kemeid, qui s'est offert une belle distribution composée de Mathieu Gosselin, Pierre Limoges, Jean-François Nadeau, Vincent-Guillaume Otis et Elkahna Talbi.

À l'instar des fondateurs d'Espace Libre, il prend au sérieux sa mission de questionner la forme, de déroger aux normes. Il refuse l'hermétisme, considère qu'un spectacle ne prend son sens que lorsqu'il est livré aux spectateurs. Son rôle de directeur artistique, il le voit comme celui d'un humble cuisinier qui ratisse des ingrédients. «Cette saison a été l'occasion d'aller une coche plus loin dans l'interrogation formelle, avec des shows épiques et baroques (Les exilés de la lumière), des univers «in your face» (Sauce brune)...»

La saison prochaine, avance-t-il, sera davantage composée d'aventures collectives, de projets à teneur sociopolitique, de prises de parole plus «frontales».

Mais surtout, l'expérimentation est toujours bienvenue dans le théâtre que dirige Kemeid, qui veille jalousement sur la liberté de l'espace. Ronfard et Gravel peuvent reposer en paix.

 

Entrée en scène

Maldoror Paysage, à Espace Libre, du 9 au 25 avril.

Anatomicite, dans la salle intime du Prospero, du 7 avril au 2 mai.

 




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