La série documentaire Au bout des droits, imaginée et animée par Isabelle Marjorie Tremblay, ne fait pas que rapporter des causes et citer des numéros de lois, elle raconte de manière claire des situations vécues par des citoyens et expose les recours possibles. L’objectif est clair : outiller le citoyen face à un système dont le jargon et les procédures peuvent faire peur.

Publié le 21 mars
Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

Qui n’a jamais répondu à un texto d’une main en tenant le volant de l’autre et en quittant parfois la route des yeux pour mieux taper sur le clavier de son téléphone ? Ce n’est pas banal, rappelle la série Au bout des droits : blesser quelqu’un en textant au volant est un geste criminel qui peut mener en prison un conducteur au dossier sans tache.

C’est ce qui est arrivé à l’homme qui a percuté Danièle Boutet, partie en voyage de noces à moto avec son mari. Les conséquences de la « distraction » du conducteur ont été tragiques : la mère de famille, adepte de course à pied, a dû subir une amputation à la jambe gauche. Le conducteur a été accusé – et reconnu coupable – de négligence criminelle. Il a été condamné à un an de prison. Une sentence jugée « exemplaire ».

Le cas tragique de Danièle Boutet et les autres histoires racontées par Isabelle Marjorie Tremblay dans Au bout des droits visent à mettre un visage sur des drames et à mieux expliquer le fonctionnement du système de justice et les recours possibles. La série documentaire de sept six épisodes réalisée par Fanny Lefort et présentée sur Savoir Média explore une foule de thèmes comme le vice caché, la cyberintimidation (avec la députée Catherine Dorion), l’agression sexuelle, la discrimination, le profilage racial et le vol d’identité.

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« L’idée de base était de parler simplement du droit, avec un ton accessible, humain et de partir d’histoires de citoyens. De trouver le bon dosage entre émotions et information », explique l’animatrice, qui est aussi la conceptrice de l’émission. Elle-même, qui a une formation en droit – sans jamais l’avoir pratiqué –, avoue être parfois perdue dans les dédales de la justice. « Alors j’imagine ce que c’est pour monsieur et madame Tout-le-Monde », dit-elle avec empathie.

L’intérêt d’Au bout des droits tient à son approche conviviale – les spécialistes sont d’excellents vulgarisateurs, la réalisation est décontractée – et à sa justesse : ici, on ne cherche pas le pathos à tout prix, plutôt à présenter des informations parfois complexes avec sensibilité. « La majorité de ces histoires-là sont terminées, explique Isabelle Marjorie Tremblay, alors les gens sont capables d’en parler avec une certaine distance. »

Sur le plan de la réalisation, je pense qu’il était important d’aller vers l’humain, qu’une personne nous raconte son expérience dans les dédales de la justice, mais aussi d’avoir un dialogue avec un avocat qui va préciser des notions de droit, les vulgariser à partir de l’histoire du citoyen. Ça n’aurait pas marché si on était trop allé dans le pathos.

Isabelle Marjorie Tremblay

Au bout des droits dynamise chaque épisode avec l’ajout de capsules informatives (sur les règles à respecter à vélo, par exemple) et des portraits de juristes. L’animatrice tenait à présenter des avocats « qui ont le cœur sur la main et qui veulent changer les choses ». « J’avais envie de montrer ces gens-là, insiste-t-elle, le visage humain des juristes qui, parfois, ont mauvaise réputation. » En filigrane, la série s’interroge aussi sur le sens de la justice, ce que c’est que d’obtenir justice, ou non, selon les personnes rencontrées.

Isabelle Marjorie Tremblay est consciente de revenir à la base, mais estime qu’il est nécessaire de répéter les choses si on veut faire œuvre utile. « Personne n’est à l’abri d’une mauvaise surprise et personne ne veut se retrouver devant les tribunaux », juge l’animatrice, qui souhaite participer à l’accessibilité de la justice avec cette émission et qui déplore que les ressources disponibles soient mal connues. « C’est l’un des autres objectifs que j’avais avec cette série-là : décloisonner le monde du droit et la société en général, établir un dialogue, précise-t-elle, pour que tout ça soit plus fluide. »

Sur Savoir Média, les mercredi à 21 h. La série est aussi offerte en ligne sur le site de la chaîne.

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