Tout simplement intitulée Janet, la série documentaire sur Janet Jackson fera couler beaucoup d’encre. C’est ce qu’on pressent après avoir regardé les deux premiers épisodes, qui n’abordent même pas le chapitre le plus houleux du parcours de l’artiste : le Super Bowl de 2004.

Publié le 28 janvier
Marc-André Lemieux
Marc-André Lemieux La Presse

Les deux premières heures du croustillant (et étonnamment touchant) documentaire seront présentées ce vendredi sur A & E aux États-Unis. Sa conclusion sera diffusée samedi. Au pays, les téléspectateurs devront patienter jusqu’au 26 février avant d’y accéder de manière légale, sur Lifetime Canada.

Ce décalage est franchement dommage, puisque cette minisérie-vérité inspirera assurément plusieurs chroniques et débats au pays de l’oncle Sam au cours des prochaines semaines. Éviter tout divulgâcheur pendant quatre semaines semble virtuellement impossible. D’autant que Janet Jackson, aujourd’hui âgée de 55 ans, s’y confie comme jamais auparavant.

Quiconque suit, ne serait-ce qu’un tant soit peu, la carrière de l’icône américaine sait combien elle protège farouchement sa vie privée. Contrairement à Céline Dion, l’interprète des succès Nasty, Miss You Much, That’s the Way Love Goes et Together Again n’a jamais été un livre ouvert en entrevue.

Mais devant l’objectif du réalisateur Ben Hirsch, elle laisse tomber ses barrières. La preuve : elle s’abandonne à l’émotion à quelques reprises, notamment en ouverture, quand elle aperçoit une immense œuvre murale des Jackson 5 à Gary, en Indiana, sa ville natale.

Plus tard, elle verse quelques larmes en parlant des problèmes de consommation du chanteur James DeBarge, son premier mari. Cette relation houleuse (et abusive ? ) a visiblement marqué la gagnante de cinq prix Grammy. Après avoir décrit leur plus violente dispute, elle implore le réalisateur de changer de sujet. « Je n’ai plus envie d’en parler », sanglote-t-elle, comme une fillette blessée.

La scène est bouleversante.

En position de Control

Puisque Janet Jackson coproduit cette série documentaire avec Randy Jackson, son plus jeune frère, des observateurs remettront en doute l’objectivité du montage final. Bien entendu, chacune des personnalités interviewées (Whoopi Goldberg, Paula Abdul, Mariah Carey, Debbie Allen, Lee Daniels, Samuel L. Jackson, Janelle Monáe, Regina King…) louangent la principale intéressée. Mais s’il fallait que Janet prenne les commandes pour qu’elle accepte de partager ses archives personnelles et d’abattre la forteresse qu’elle a l’habitude d’élever aussitôt qu’on allume les projecteurs, c’est un compromis qu’on peut accepter.

Selon Martine St-Victor, stratège en communication, il s’agit pour Janet Jackson d’une manière de « reprendre le contrôle du narratif », après avoir fait l’objet d’un nombre incalculable de rumeurs.

« C’est une femme tellement discrète », souligne la directrice générale du bureau montréalais d’Edelman, en entrevue avec La Presse.

Elle n’a jamais accordé beaucoup d’entrevues. Ce n’est pas un exercice auquel elle aime se prêter. Avec ce documentaire, elle raconte sa propre histoire. Elle donne sa version des faits. Et c’est un rappel de l’héritage qu’elle laisse.

Martine St-Victor, stratège en communication

Il reste à voir comment la série abordera les accusations de pédophilie contre Michael Jackson au cœur des années 1990 et 2000. D’après ce qu’on comprend, une large partie du troisième épisode (qu’A & E n’a pas encore envoyé aux médias) sera consacrée au scandale. Dans sa bande-annonce, on peut entendre Janet souffler : « Coupable par association, c’est ce qu’ils disent, pas vrai ? »

Parlant de Michael Jackson, son ombre plane sur toute la série. On comprend qu’il comptait énormément pour Janet, et qu’ils étaient très proches quand ils étaient enfants. Mais quand l’album Thriller est sorti, en 1982, sa sœur cadette raconte avoir « senti un changement ». Soudainement, leur connexion avait disparu.

PHOTO FOURNIE PAR A & E TELEVISION NETWORKS

Janet Jackson avec son frère Michael

Autre figure importante des 20 premières années d’existence de l’artiste, son père, Joe Jackson, reçoit également un traitement nuancé. Janet le décrit comme un protecteur, un homme bon, prêt à tout pour voir ses enfants mener une vie prospère… quitte à verser dans l’intransigeance. Il était strict, autoritaire et sévère. Alors qu’elle avait 7 ans, il l’envoyait rejoindre ses frères sur scène à Las Vegas. À 10 ans, elle alignait les rôles au petit écran. Adolescente, Janet voulait aller étudier le droit des affaires à l’université, mais Joe a refusé.

PHOTO FOURNIE PAR A & E TELEVISION NETWORKS

Janet au côté de son père, Joe Jackson

« C’est grâce à mon père que j’ai eu la carrière que j’ai eue, relativise-t-elle à l’écran. Nous lui devons beaucoup, surtout quand on voit d’où nous venons et jusqu’où nous sommes allés. »

Le Super Bowl

C’est vraisemblablement au quatrième épisode que Janet Jackson revisitera le fameux « Nipplegate » du 38Super Bowl, quand son sein droit à demi dénudé est apparu (pendant une fraction de seconde) en pleine télé durant son numéro avec Justin Timberlake. Après cet évènement, sa carrière, qui battait déjà un peu de l’aile, a piqué du nez, alors que celle de Timberlake a explosé.

Cet épisode suscite énormément d’intérêt dans l’industrie. Près de 20 ans plus tard, l’animateur Mike Gauthier est curieux d’entendre Janet Jackson s’exprimer sur l’évènement. « Pour la durée de l’accident, et surtout pour sa nature, elle l’a payé cher, dit l’animateur au téléphone. Une chance qu’il n’y avait pas de réseaux sociaux à l’époque. Ç’aurait été épouvantable. »

PHOTO FOURNIE PAR A & E TELEVISION NETWORKS

Janet Jackson en spectacle

Mike Gauthier, qui décrit Janet Jackson comme une grosse pointure des années 1980, croit qu’elle a été victime de racisme.

Si on inversait les rôles et qu’Usher [le chanteur R & B] avait été à la place de Justin Timberlake, et Jennifer Lopez, à la place de Janet Jackson, c’est Usher qui aurait mangé la volée. La carte raciale a joué en masse là-dedans. C’est mon impression.

Mike Gauthier, animateur

De l’avis de Martine St-Victor, la diffusion de Janet à quelques semaines du Super Bowl 2022 n’est pas anodine. Non seulement parce qu’au fil du temps, l’évènement sportif annuel est devenu, aux yeux de milliers de fans de Janet Jackson, une occasion de célébrer leur idole, mais aussi parce qu’en avril dernier, on apprenait que l’équipe derrière Framing Britney Spears préparait son propre documentaire sur l’aventure du Super Bowl de 2004.

« Les chaînes s’arrachent ce genre de documentaire. Pour eux, c’est de l’or. Les gens aiment quand on leur raconte une histoire qu’ils croyaient connaître. »

Lifetime Canada présentera les quatre épisodes du documentaire Janet les samedi et dimanche 26 et 27 février à 20 h.