Vulgaire, violent et vilain. Trois mots qui décrivent bien Peacemaker, personnage titre de la série dérivée du film The Suicide Squad, sorti l’été dernier. Cependant, après quatre épisodes diffusés sur Crave – en français à Super Écran dès le 5 février –, on réalise qu’il n’est peut-être pas si vilain.

Publié le 22 janvier
Pascal LeBlanc
Pascal LeBlanc La Presse

Les nuances de la télé

L’un des avantages d’une série par rapport à un film est le temps dont on dispose pour développer les personnages. Avant d’aller plus loin, non, il n’est pas indispensable d’avoir vu The Suicide Squad d’abord, mais c’est tout de même idéal. Dans le film de James Gunn, Christopher Smith, alias Peacemaker (joué avec charisme et passion par l’ancien lutteur de la WWE John Cena), est un assassin ridiculement chauvin prêt à tout pour obtenir la paix, du moins sa version. Son « uniforme », ostentatoire au possible, ne fait que magnifier son mauvais goût et sa vanité. La plupart des autres criminels qui prennent part à la mission dans l’île de Corto Maltese démontrent une certaine humanité, mais pas Peacemaker, que Gunn a décrit comme un « gros connard [big douchey guy] » lors d’une entrevue avec La Presse, l’an dernier. Toutefois, l’auteur de tous les épisodes et réalisateur de plus de la moitié d’entre eux a également affirmé qu’il y a une certaine « tristesse » qui se cache sous les muscles. C’est justement ce que l’on découvre petit à petit dans la série.

PHOTO FOURNIE PAR HBO MAX

Robert Patrick et John Cena incarnent respectivement Auggie et Chris Smith.

Tel père…

Robert Patrick, surtout connu pour son rôle du T-1000 dans Terminator 2, incarne Auggie Smith, le père de Chris. Raciste, misogyne et méprisant, il a élevé son fils comme un soldat. C’est d’ailleurs lui qui a créé le casque et le reste de l’équipement de Peacemaker. Malgré tous les efforts de ce dernier, il ne peut que décevoir son horrible père, qui est aussi connu sous le nom de White Dragon. Chris Smith n’a pas d’amis, sauf si l’on compte son fidèle pygargue à tête blanche, Eagly. Vigilante (Freddie Stroma), un autre justicier sociopathe avec un « bon fond », voudrait être son copain, mais Peacemaker le considère comme un fan et un « héros amateur ». Il reste donc les membres de l’équipe qui le recrute dans le cadre de la mission « Project Butterfly ».

PHOTO FOURNIE PAR HBO MAX

L’équipe de la mission Project Butterfly

Entre toxique et ordinaire

À l’instar de Smith, au moins deux d’entre eux semblent aussi avoir subi des traumatismes qui les hantent toujours. Clemson Murn (Chukwudi Iwuji) est un ancien mercenaire au passé trouble devenu chef de cette mission clandestine du gouvernement, alors qu’Emilia Harcourt, aussi élevée par un amoureux des armes, a gravi les échelons des services secrets. Les autres, à première vue moins fêlés, sont John Economos (Steve Agee), expert en informatique plutôt grognon, et Leota Adebayo (Danielle Brooks), agente recrue verbomotrice. Cette dernière, mariée à une autre femme, est bien à l’aise dans sa peau. Même s’il est déstabilisé par cette jeune femme noire qui représente tout ce que son père déteste, Smith développe un bon lien avec elle. Pour ce qui est du reste, il embête constamment Economos à propos de son physique, tente de séduire maladroitement Harcourt et ne fait aucunement confiance à Murn. On est quelque part entre le harcèlement, la masculinité toxique puis le racisme et le sexisme ordinaire. À première vue, Peacemaker est un homme d’une autre époque, incapable d’exprimer ses émotions, qui rabaisse les autres pour se sentir supérieur. Mais il est aussi le produit d’une enfance difficile qui n’a pas la confiance nécessaire pour se remettre en question. Subtilement, Gunn parvient à aborder des thèmes d’actualité avec originalité et finesse.

PHOTO FOURNIE PAR HBO MAX

Leota Adebayo (Danielle Brooks) et Peacemaker (John Cena)

Hair metal et coups qui font mal

Le réalisateur de ce qui deviendra en 2023 la trilogie Guardians of the Galaxy a aussi un talent indéniable pour intégrer la musique à son récit. Ici, il a sélectionné des pièces de style hair metal, un choix rafraîchissant – le thème et la chorégraphie d’ouverture sont extraordinaires. Les guitares lourdes rythment à merveille les scènes d’action, souvent très sanglantes, mais qui ont la particularité de nous faire sentir la douleur viscéralement. Rarement a-t-on vu un héros se faire autant frapper et poignarder. Peacemaker est une série audacieuse dans laquelle le sang gicle et les gros mots fusent, mais qui explore avec sincérité et humour la psyché de personnages imparfaits.

Les jeudis, sur Crave (il reste quatre épisodes), et à partir du 5 février à Super Écran.