(La Haye) Le producteur néerlandais de télévision John de Mol, « inventeur » de la téléréalité avec Big Brother en 1999, était sur la sellette jeudi à la suite d'un scandale sexuel éclaboussant The Voice of Holland, une autre de ses créations.

Publié le 20 janvier
Danny KEMP Agence France-Presse

John de Mol a admis avoir été en 2019 mis au fait de messages inappropriés envoyés à une candidate par le chef du groupe de The Voice of Holland, sans avoir pris de mesures.

Le milliardaire de 66 ans a déclaré être « sous le choc » après avoir été informé de nombreuses autres allégations d’agressions sexuelles autour de l’émission, et se sentir « personnellement responsable », tout en insistant sur le fait qu’il n’avait pas « caché la poussière sous le tapis ».

La version originale de The Voice a été suspendue le week-end dernier après ces accusations d’agressions sexuelles.

Le scandale a pris jeudi de nouvelles proportions avec la diffusion sur YouTube d’une émission partageant encore plus d’accusations par un radiodiffuseur local appelée BOOS (« colère », en français).

Une ancienne candidate y a notamment anonymement accusé le rappeur Ali B, coach dans l’émission, de viol.

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Le rappeur Ali B

Dix-neuf femmes ont également dénoncé à « BOOS » un comportement sexuel intimidant contre du chef du groupe de l’émission Jeroen Rietbergen, qui était le conjoint de la sœur de John de Mol, Linda.

Le diffuseur RTL a limogé Ali B, qui nie les allégations, après qu’il soit apparu que deux plaintes avaient été déposées pour agressions sexuelles auprès des procureurs.

« Sous le choc »

Les allégations ont jeté dans la tourmente la version originale de l’émission dont le principe — des coachs sur des chaises pivotantes choisissent les candidats après les avoir écoutés chanter « à l’aveugle » — a été décliné partout dans le monde.

Le magnat du divertissement a déclaré à BOOS avoir été en avril 2019 informé des allégations d’une candidate, selon lesquelles que M. Rietbergen lui avait envoyé des messages inappropriés sur WhatsApp.

M. de Mol a déclaré avoir été alors « furieux » contre le chef du groupe, mais n’avoir pris aucune mesure, car il ne s’agissait alors que d’une allégation concernant des messages.

« Tout le monde mérite une seconde chance », a-t-il déclaré au sujet de son ancien beau-frère, avec qui il a travaillé près de 11 ans.

Mais l’ampleur des nouvelles allégations l’avait laissé « sous le choc ».

« Je me sens absolument responsable. Cela ne veut pas dire que je l’ai vu et passé sous silence […] des gens ont été blessés, il y a des victimes et les intérêts de ces personnes passent avant tout », a-t-il déclaré.

Cauchemar terrible

M. Rietbergen, 50 ans, a entre-temps démissionné de l’émission, admettant « des contacts de nature sexuelle avec des femmes impliquées dans le programme et des messages WhatsApp à caractère sexuel ».

Le chef du groupe de The Voice a déclaré qu’il avait d’abord pensé qu’il n’avait pas abusé de sa position de pouvoir avant de réaliser que « la perception des femmes concernées » était bien plus pertinente que la sienne.

La présentatrice Linda de Mol, qui était en couple avec M. Rietbergen, a annoncé cette semaine qu’elle le quittait et qu’elle arrêterait de travailler en raison de ce « terrible cauchemar ».

La candidate de l’émission qui aurait été violée par Ali B a déclaré à BOOS d’une voix déformée que l’agression avait eu lieu il y a huit ans, lorsqu’il avait commencé à l’embrasser après lui avoir fait visiter le studio.

« J’ai senti qu’il était si puissant que j’ai pensé : ce que vous voulez doit arriver maintenant », a-t-elle déclaré.

L’une des coachs de l’émission, Anouk, a aussi démissionné cette semaine en qualifiant l’émission de « gang corrompu ».

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte a qualifié les allégations visant l’émission d’« inacceptables » et appelé à une enquête approfondie.

M. de Mol, qui a également créé Big Brother, a vendu en 2015 le format à la société de production britannique ITV.

ITV Studios a déclaré dans un communiqué avoir une « politique de tolérance zéro envers le type de comportement qui aurait eu lieu » et avoir lancé une enquête.