Les répercussions des réseaux sociaux sur l’estime de soi font l’objet d’enquêtes depuis des années. Le documentaire Happy, la dictature du bonheur sur les réseaux sociaux résume les enjeux soulevés par ces plateformes et rappelle les effets pervers des miroirs déformants que sont Facebook, Instagram, SnapChat et TikTok. En particulier sur les adolescents.

Publié le 17 janvier
Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

La scène est éloquente : au cours d’une balade avec ses quatre enfants, Marie-Astrid, une maman française de 40 ans, s’arrête ici et là pour les faire poser, leur croquer le portrait et publier sur-le-champ les images les plus « instagrammables ». Son journal virtuel, qui compte plus de 1000 photos, montre une vie en apparence impeccable. Il s’apparente aussi à de la « publicité mensongère », reconnaît-elle.

PHOTO FOURNIE PAR TÉLÉ-QUÉBEC

Louane (à droite) admet se sentir mal en voyant la vie des autres sur les réseaux sociaux, mais ce n’est pas un sujet dont elle discute avec sa mère.

La vie n’est pas parfaite, en effet. Or, ça ne se voit pas toujours sur les plateformes numériques les plus populaires auxquelles sont connectés environ la moitié des êtres humains, observe la réalisatrice Élisa Jadot. Son film Happy, la dictature du bonheur sur les réseaux sociaux fait le point sur la situation à travers des témoignages d’utilisateurs — surtout des adolescents ou de jeunes adultes — et de spécialistes qui décortiquent les malaises cachés derrière ces masques de perfection.

Marie, 22 ans, passe une journée par semaine à se mettre en scène dans diverses situations pour alimenter son compte Instagram. Elle publie de belles choses, dit-elle, par envie d’attirer l’œil. Surtout, elle publie des égoportraits où elle apparaît bien maquillée et bien coiffée.

« Ce bonheur a-t-il un effet dans la vie réelle ? », demande Élisa Jadot dans son documentaire. Rien n’est moins sûr : lorsqu’elle ose se montrer à la caméra sans maquillage, Marie admet avoir peur du jugement des autres.

Elle cherche la validation dans les likes, un besoin criant chez cette jeune femme qui, petite, a souffert de n’avoir aucun ami.

Happy, la dictature du bonheur sur les réseaux sociaux enfonce parfois des portes ouvertes : on sait depuis des années que les algorithmes des Instagram, TikTok, YouTube et autres ne servent qu’à garder les utilisateurs en ligne le plus longtemps possible pour mieux vendre de la publicité. On lit aussi depuis des années que ces images de bonheur et de beauté nuisent au moral des utilisateurs, surtout les plus jeunes.

En cette période de pandémie, avec l’isolement que peuvent entraîner les mesures sanitaires les plus restrictives, la distanciation physique et l’impossibilité de se réunir en groupe, il n’est sans doute pas inutile de réfléchir de nouveau à ces enjeux. En pensant en particulier aux plus jeunes, dont l’identité est en construction et qui, hors du cercle familial, n’avaient par moments qu’un monde virtuel auquel se mesurer.

Mercredi, 20 h, sur Télé-Québec