Patrice Godin a souvent joué « le bon gars ». Mais quand on regarde les rôles qu’il a défendus au cours des dernières années, ce n’est pas le premier qualificatif qui nous vient en tête. Le principal intéressé s’en réjouit. À 53 ans, son métier l’amène ailleurs. « C’est ce que j’avais envie de faire en devenant acteur. »

Publié le 11 janvier
Marc-André Lemieux
Marc-André Lemieux La Presse

Le tournant s’est amorcé en 2015 avec Blue Moon, estime le comédien. Dans cette série d’action écrite par Luc Dionne, il interprétait le personnage de Bob Ryan, chef de mission d’une firme de sécurité privée. Trois ans plus tard, il faisait grimper la tension de 1 800 000 téléspectateurs en prêtant ses traits à Yanick Dubeau, le sergent-détective psychopathe de District 31.

Cet hiver, Patrice Godin poursuit cette séquence gagnante en tenant la vedette de L’homme qui aimait trop, une nouvelle série des auteurs Anne Boyer et Michel D’Astous (L’heure bleue, Yamaska) à propos d’un homme qui mène une double — voire triple — vie. Infidèle, Marc-Alexandre Moisan partage son temps entre deux familles : celle qu’il a fondée avec Josée (Hélène Florent) à Montréal et celle qu’il a fondée avec Geneviève (Fanny Mallette) à Magog. Et depuis peu, il fréquente Nadira, une artiste de Bromont.

« Je suis vraiment très touché qu’on pense à moi pour ces rôles-là, affirme l’acteur au téléphone. Je ne crois pas que ce serait venu à l’esprit de quelqu’un quand j’avais 25 ou 30 ans. »

Je dois avoir acquis une certaine maturité. J’ai probablement plus d’assurance. J’ai plus de background intérieur. Je suis plus à l’aise, plus disponible émotionnellement. Le talent se raffine, j’imagine.

Patrice Godin, acteur et auteur

Patrice Godin sait également qu’il existe des facteurs extérieurs qui expliquent pourquoi certains comédiens semblent parfois cantonnés au même type de personnages. La rapidité des tournages en fait partie.

« Les producteurs, les diffuseurs, les réalisateurs veulent des acteurs qui vont livrer la marchandise rapidement et bien. Ils savent qu’untel est bon dans telle affaire, donc ils vont l’appeler. On est toujours un peu victime de notre casting. »

Sans jugement… ou presque

Amateur avoué des histoires d’espionnage impliquant des agents du FBI obligés de compartimenter leur vie, Patrice Godin était particulièrement heureux d’être pressenti par Duo Productions, en décembre 2019, pour défendre le personnage de Marc-Alexandre dans L’homme qui aimait trop.

PHOTO ERIC MYRE, FOURNIE PAR NOOVO

Patrice Godin et Fanny Mallette dans L’homme qui aimait trop

Bien qu’il condamne le comportement de l’antihéros, le comédien évite de (trop) le juger. C’est du moins la ligne de conduite qu’il avait au moment d’amorcer les tournages, au printemps dernier.

« Si t’entres dans le projet en disant que c’est un trou-de-cul, comment tu vas faire pour livrer une performance sincère ? Marc-Alexandre, ce n’est pas juste un coureur de jupons. Je n’avais pas envie d’en faire une caricature. Je voulais le rendre le plus vrai possible, en essayant d’être empathique, pour comprendre pourquoi il agit comme ça… même s’il y a des trucs qui me choquent un peu. C’était un peu la même chose avec Yanick Dubeau dans District. Quand je recevais les textes, des fois, j’étais comme : “My God !” Le défi, c’est de réussir à s’oublier pour bien faire son travail. »

Une histoire humaine

Dans L’homme qui aimait trop, Patrice Godin retrouve non seulement le réalisateur Yves-Christian Fournier, qui l’a dirigé sur Blue Moon, mais il renoue aussi avec l’univers d’Anne Boyer et de Michel D’Astous, la paire d’auteurs derrière Mon fils, minisérie de Mariloup Wolfe sortie sur Club illico en 2020 dans laquelle il campait le père d’un jeune homme schizophrène joué par Antoine L’Écuyer.

PHOTO ERIC MYRE, FOURNIE PAR NOOVO

Patrice Godin et Nadia Kounda dans L’homme qui aimait trop

L’acteur apprécie l’humanité qui émane des histoires du tandem.

« Ce n’est pas plus gros que nature. C’est plus proche du réel. C’est quelque chose qui peut arriver. Parce que les gens qui mènent des doubles vies, ça existe, et plus qu’on pense. »

La liberté de l’écriture

Également auteur, Patrice Godin a récemment commencé l’écriture d’un nouveau roman. L’automne dernier, il a fait paraître aux Éditions Libre Expression son cinquième livre, Toutes les vies possibles, un ouvrage très personnel dans lequel il s’ouvre sur l’apaisement qu’il ressent depuis qu’il a retrouvé sa mère biologique.

Ces carnets minimalistes succèdent aux romans Boxer la nuit (2016), Sauvage Baby (2018) et Les chiens (2020), écrits à partir d’histoires créées de toutes pièces.

« Toutes les vies possibles, c’est un exercice de style que j’ai fait l’hiver dernier. J’écrivais pour plein de raisons. C’était la pandémie, le confinement, le couvre-feu… C’était un temps d’arrêt qu’on vivait tout le monde ensemble… Ça m’a fait me questionner. »

Mais ce que je veux vraiment faire, c’est inventer des histoires, et surtout, inventer des personnages. Décrire leur passé, leur background, leurs désirs, leur fragilité…

Patrice Godin, acteur et auteur

Patrice Godin n’aspire pas à écrire une série télé ou même un long métrage. Il pourrait toutefois se laisser tenter… éventuellement.

« Le roman me permet une liberté à tous les niveaux. C’est une liberté que je n’aurais pas à la télé ou au cinéma, parce qu’il y a trop d’intervenants. Vu qu’en tant qu’interprète, je suis aussi dépendant de beaucoup de gens, la liberté du roman me fait beaucoup de bien. »

L’homme qui aimait trop sur Noovo dès mardi à 20 h