La scène d’ouverture de la série Le bonheur en marquera beaucoup. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un enseignant au secondaire péter sa coche en plein cours… pour ensuite tomber au sol en position fœtale, convulsions incluses. Michel Charette se souvient très bien du tournage de l’extrait. « C’était le fun, mais après, j’étais épuisé. Brûlé, brûlé, brûlé. Sur l’heure du lunch, je n’ai pas mangé ; je suis allé me coucher ! »

Publié le 3 janvier
Marc-André Lemieux
Marc-André Lemieux La Presse

En entrevue, le comédien raconte avoir beaucoup travaillé la séquence avant qu’elle soit immortalisée par Alain DesRochers (Bon Cop, Bad Cop 2) derrière l’objectif. Puisque c’était l’une des dernières scènes inscrites à l’horaire l’automne dernier, le bourreau de travail avait tout son temps pour apprendre ses répliques par cœur et visualiser la montée et l’effondrement de l’enseignant en surmenage avancé.

Mais rien ne l’avait préparé au niveau d’énergie qu’il allait dépenser à exécuter son explosif appel au secours.

Le tout, devant le réalisateur, le directeur photo Julien Fontaine, l’auteur Daniel Gagnon (qui coécrit la série avec François Avard), ses collègues comédiens, y compris son meilleur ami, François Chénier, et toute l’équipe technique.

« J’ai dû faire la scène d’un bout à l’autre cinq ou six fois », raconte Michel Charette en fermant les yeux, pour retrouver les sensations qui l’habitaient. « Après, on y allait par petits morceaux, mais étant donné que c’est une longue montée, je reprenais toujours quelques répliques avant. Entre les prises, j’allais voir Daniel, Alain et François pour leur demander conseil. Le but, c’était que l’on comprenne pourquoi le gars n’en peut juste plus. »

Attendu à TVA cette semaine, Le bonheur brosse le portrait de François Plante (Michel Charette), enseignant qui, après une dépression nerveuse, décide de tout quitter pour aller s’établir à la campagne. Le tout, entouré d’une conjointe aimante (Sandrine Bisson), d’un fils fainéant (Sam-Éloi Girard), d’une belle-mère passive-agressive (Louise Bombardier), d’un beau-père conspirationniste (Guillaume Cyr), d’un meilleur ami macho (Patrice Dubois) et d’une agente immobilière niaise (Monika Pilon).

PHOTO ÉRIC MYRE, FOURNIE PAR TVA

Michel Charette dans Le bonheur

Puisqu’il s’agit d’une création de François Avard, la série comprend de nombreuses répliques non seulement drôles, mais assassines. Le créateur des Bougon y passe nombre de messages d’actualité, concernant entre autres l’immigration, les réseaux sociaux, la rectitude politique, le consumérisme et l’éducation.

« Oui, ça dénonce des affaires, mais on écorche tout le monde, assure Michel Charette. La télévision propre, c’est correct, mais c’est le fun de brasser la cage un peu de temps en temps. »

Retour aux sources

Parlant de cage, Michel Charrette a brassé la sienne en se joignant à la distribution de la série Le bonheur, grâce à laquelle il retrouve le genre qui l’a propulsé en début de carrière : la comédie. Le grand public l’a peut-être oublié, mais l’heureux lauréat de trois prix Gémeaux s’était forgé une solide réputation d’acteur comique avant qu’une certaine quotidienne radio-canadienne n’éclipse tout le reste.

« J’ai appris mon métier avec Louis Saia, Les Boys et Radio Enfer, rappelle l’acteur de 51 ans. Au théâtre, j’ai joué dans Ladies Night. »

C’est en décrochant le rôle du travailleur social Éric Pothier dans 30 vies que Michel Charette a amorcé, en 2011, son virage dramatique. À l’origine, son personnage devait seulement apparaître dans une poignée d’épisodes, mais l’auteure Fabienne Larouche s’est sentie inspirée en voyant sa performance, qu’elle qualifie de « sensible et juste ». Résultat : Pothier est devenu une partie intégrante du feuilleton en milieu scolaire, qui s’est échelonné sur quatre années.

« Michel, c’est un grand acteur, affirme Fabienne Larouche. Il est capable de tout jouer. »

Après 30 vies, l’acteur a enchaîné avec deux projets d’envergure : Les pays d’en haut en 2015 et District 31 en 2016.

Le drame policier a bien failli lui glisser entre les doigts, puisqu’au départ, Luc Dionne ne voulait « rien savoir » des acteurs de 30 vies. Selon Michel Charette, l’auteur d’Omertà souhaitait faire table rase pour éviter toute comparaison entre les deux quotidiennes. Mais devant l’insistance des producteurs Fabienne Larouche et Michel Trudeau, Dionne a finalement cédé. C’est ainsi que Michel Charette a hérité du personnage de Bruno Gauvin, sergent-détective aux homicides qui arrivait au poste après quelques semaines.

La suite appartient au domaine public : après un changement de nom (Bruno Gauvin est devenu Bruno Gagné), Michel Charette se joignait à Magalie Lépine-Blondeau, Vincent-Guillaume Otis et Gildor Roy au générique du phénomène télévisuel en devenir.

PHOTO KARLJESSY, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Michel Charette dans District 31

« Au Québec, on est plein d’acteurs. Il y en a 500 qui veulent ma job. J’ai donc le droit d’être parfois fatigué, mais jamais d’être tanné, parce que je suis un privilégié. Quand je dois me lever à 4 h du matin pour District, je suis content parce que je vais jouer. Ma job, c’est jouer. Je suis payé pour jouer. C’est quand même formidable quand tu y penses. »

Michel Charette est également rempli de reconnaissance envers Fabienne Larouche. « Elle me permet de bien gagner ma vie. Je crois qu’on est bon l’un pour l’autre. On a bâti une relation de confiance. District m’a donné une notoriété que je n’avais pas avant. Les portes s’ouvrent plus facilement maintenant. Les gens m’écoutent. »

L’après-District 31

Michel Charette a repris les tournages de District 31 en décembre. Tout indique que Bruno Gagné retrouvera ses collègues après avoir soigné sa dépression. Sa brève apparition en mode Zoom, juste avant les Fêtes, laissait présager un retour en grande forme.

Tenu au secret, le comédien se montre avare de commentaires sur l’avenir du sergent-détective. Il s’avère heureusement beaucoup plus loquace à propos du sien. Du côté du théâtre, après avoir foulé les planches du Rideau Vert le printemps dernier dans Le vrai monde ? de Michel Tremblay, il s’apprête à défendre la pièce en tournée. La troupe est attendue en Europe en 2023 ou en 2024. En plus d’écrire une pièce pour l’été prochain avec François Chénier, il prépare un spectacle solo.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Charli Arcouette et Michel Charette dans la pièce Le vrai monde ?

Du côté de la télé, en attendant la confirmation du retour de la série Le bonheur (une possible deuxième saison), il conçoit chez ComediHa ! une série provisoirement intitulée Marco Lachance. Bref, Michel Charette met la table pour l’après-District 31. Il ignore quand cette période viendra, mais une chose est sûre, il sera prêt.

« Je m’implique de plus en plus dans les projets. Ça fait du bien. Je veux toujours rester un interprète, mais si j’ai la chance d’élargir mon carré de sable un peu en devenant un idéateur de quelque chose, tant mieux ! C’est le fun quand ton cerveau sert à autre chose qu’à apprendre du texte ! »

TVA diffusera Le bonheur les mercredis à 21 h 30 à compter du 5 janvier. District 31 reprend l’antenne d’ICI Télé ce lundi à 19 h.