(Madrid) Premier succès planétaire de Netflix dans une langue autre que l’anglais, La casa de papel fait ses adieux vendredi, avec la diffusion de ses derniers épisodes, après avoir ouvert la voie à d’autres séries comme la sud-coréenne Squid Game ou la française Lupin.

Mis à jour le 2 déc. 2021
Thomas PERROTEAU Agence France-Presse

Produite initialement par la chaîne Antena 3 avec un budget limité, cette série espagnole autour du braquage de la Fabrique nationale de la monnaie à Madrid est devenue, après son rachat par la compagnie américaine Netflix fin 2017, l’une des plus regardées sur la première plateforme mondiale de streaming.

Un succès tel que les combinaisons rouges et les masques de Dali des braqueurs de la série, tout comme le chant révolutionnaire italien Bella Ciao, sont apparus dans des manifestations à travers le monde.

« C’est la première série non anglophone qui s’est transformée en un phénomène mondial aussi important », souligne Elena Neira, professeur en sciences de la communication à l’université ouverte de Catalogne.

Les personnages de Tokyo, Lisbonne ou Berlin ont même réussi à tenir en haleine une large audience anglophone qui, notamment aux États-Unis, est peu habituée aux productions doublées ou sous-titrées.

Succès inattendu

PHOTO GABRIEL BOUYS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Jaime Lorente, un des acteurs de La casa de papel

« Grâce en partie à La casa de papel », Netflix et ses concurrents « se sont rendus compte qu’ils n’avaient pas besoin de tout produire aux États-Unis » pour atteindre une audience mondiale, ajoute Elena Neira.

Depuis, la plateforme a produit d’autres succès mondiaux dans une langue autre que l’anglais comme Lupin ou Squid Game, dont la première saison a pulvérisé le record du meilleur démarrage en octobre.

Sur le papier, le scénario n’avait pourtant « rien de révolutionnaire », estime Elena Neira.

Mais la série raconte « une histoire très universelle de lutte entre les bons et les méchants, où les bons ne sont pas ceux qui semblent l’être et où les méchants ne sont pas aussi méchants qu’ils en ont l’air », « avec des messages sur le pouvoir des femmes, la camaraderie, la nécessité de se rebeller », ajoute-t-elle.

Des ingrédients simples, mais efficaces et donc repris.

Lupin « contient beaucoup d’éléments de La casa de papel en termes de narration : le voleur qui s’en sort, le voleur aux gants blancs » avec une certaine morale et « très intelligent », pointe-t-elle.

Pour Alberto Nahum Garcia, professeur de communication audiovisuelle à l’Université de Navarre, le succès de La casa de papel est aussi dû à « un alignement des planètes ». Car la série est sortie « à un moment où la distribution est devenue encore plus mondiale » et a bénéficié « d’une production qui crée clairement la dépendance » avec des fins d’épisodes à suspens « que les algorithmes de recommandation valorisent beaucoup ».

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Miguel Herran, un des acteurs de La casa de papel

À cela s’ajoute « un effort de doublage très important en langues locales », sur une plateforme présente dans plus de 190 pays, explique Elena Neira.

Tremplin pour l’Espagne

Toute la production de l’Espagne, pays dont le gouvernement veut faire une fenêtre audiovisuelle en Europe, a bénéficié de ce succès par ricochet.

« Cela a propulsé l’industrie (espagnole) à une place dont nous ne rêvions même pas, car nous avons toujours été un pays très complexé à ce niveau-là », a confié mardi à la presse le créateur de la série, Alex Piña.

Fort du succès de la série, Netflix a choisi Madrid pour installer début 2019 son premier studio européen.

La casa de papel a « confirmé que les histoires peuvent être créées dans n’importe quelle partie du monde et appréciées partout dans le monde », a dit à l’AFP Diego Avalos, vice-président pour les contenus de Netflix en Espagne et au Portugal, en soulignant l’importance stratégique de l’espagnol, une langue parlée par 500 millions de personnes dans le monde.

Plusieurs acteurs de La casa de papel sont membres de l’écurie Netflix, comme Jaime Lorente et Miguel Herran, qui ont été à l’affiche d’Elite, autre grand succès de la plateforme produit en Espagne. Alex Piña a, lui, signé dès 2018 un contrat d’exclusivité avec Netflix pour produire d’autres projets.

Et malgré la fin de la série, Netflix compte bien continuer à surfer sur son succès et a lancé la production d’une adaptation coréenne avec, comme un clin d’œil, Park Hae-Soo, un des acteurs principaux de Squid Game.

Cinq choses à savoir sur La casa de papel

Noms de personnages, lieux de tournage, références historiques… Voici cinq choses à savoir sur La casa de papel, série espagnole devenue un phénomène planétaire, dont les derniers épisodes seront diffusés vendredi sur la plateforme américaine Netflix.

Débuts d’audience décevants

Avant d’intégrer le catalogue de Netflix, La casa de papel a été diffusée sur la chaîne espagnole Antena 3. Le premier épisode, diffusé le 2 mai 2017, a été vu par plus de 4 millions de téléspectateurs, mais l’audience est ensuite largement retombée : seules 1,4 million de personnes avaient ainsi vu le dernier épisode de la deuxième partie lorsque la diffusion sur Antena 3 a pris fin.

Crise et subversion

La crise de 2008, qui a traumatisé l’Espagne et obligé l’État à injecter des milliards d’euros dans les banques du pays, a servi de tremplin à la série, en rendant sympathiques aux yeux du public ses héros, des braqueurs érigés en rebelles antisystème. Leurs combinaisons rouges et leurs masques de Dali sont devenus monnaie courante dans les manifestations et la chanson principale de la série, Bella Ciao, hymne de la résistance des Partisans italiens durant la Seconde Guerre mondiale, a retrouvé son lustre d’antan.

Fiction et réalité

En décembre 2020, un groupe d’hommes cagoulés a braqué une banque à Cruciúma, dans le sud du Brésil, en utilisant un mode opératoire proche de celui de La casa de papel. Lourdement armés, les malfaiteurs ont fait sauter les coffres de l’agence avec des explosifs puis éparpillé des billets de banque dans les airs, avant de prendre la fuite. Des habitants sont alors venus récupérer l’argent, entravant l’action de la police.

Tokyo, Rio, Berlin…

Dans la série, tous les braqueurs s’identifient par des noms de ville. L’idée est partie d’un t-shirt porté par le créateur de la série, Alex Piña, sur lequel était écrit le mot « Tokyo ». La capitale japonaise est devenue le nom de baptême de l’une des actrices, Ursula Corbero, et ce filon a été creusé pour les autres personnages : Lisbonne, Nairobi, Berlin, Moscou, etc.

Façade trompeuse

Il est courant à Madrid de voir des admirateurs de La casa de papel prendre des photos devant la Fabrique nationale de la monnaie, où se déroule l’action principale de la série. Mais pour des raisons de sécurité, les images extérieures du bâtiment ont été tournées devant une autre institution, à l’architecture similaire : le Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC). Même chose pour les images du toit, filmées sur la terrasse de l’École technique supérieure des ingénieurs aéronautiques, dans l’ouest de la capitale espagnole.