Laurent Duvernay-Tardif récolte les témoignages d’anciens sportifs coupables de dopage dans J’ai une question, une nouvelle série documentaire qui atterrit sur Crave mercredi. Dans le premier épisode, le footballeur sort d’une conversation franche avec Geneviève Jeanson avec l’assurance que l’athlète mérite seulement une partie du blâme lorsqu’il est déclaré positif.

Publié le 1er déc. 2021
Marc-André Lemieux
Marc-André Lemieux La Presse

C’est la position défendue par l’ex-cycliste, qui s’est dopée à l’EPO dès l’âge de 16 ans. En entrevue devant l’objectif du réalisateur Frédéric Nassif (Deuxième chance, Faire œuvre utile), Jeanson cite la culture du « win at all costs » (gagner à tout prix) comme principal facteur. « On ne peut pas juste viser l’athlète ; c’est aussi le coach, l’équipe, la fédération, les médias, les sponsors », précise l’entraîneuse en chef d’un gym Orangetheory Fitness.

Geneviève Jeanson n’a pas été droguée à son insu, mais elle prétend avoir été manipulée.

C’était quand même le dopage d’une mineure. On est des kids ! À 15-16 ans, on pense qu’on est ben matures, mais on ne l’est pas du tout !

Geneviève Jeanson

Quant à ceux qui lui reprochent d’être restée dans cet engrenage, elle réplique : « Pourquoi la femme qui se fait battre, elle ne part pas ? Parce que ce n’est pas si simple que ça. »

PHOTO FOURNIE PAR CRAVE

Geneviève Jeanson dans J’ai une question

Lors d’un point de presse virtuel tenu mardi, Laurent Duvernay-Tardif a indiqué qu’il avait été capable de recueillir des confidences semblables parce qu’étant également un sportif de haut niveau, il comprenait la pression qu’avait subie son interlocutrice.

« En tant qu’athlète professionnel, c’est dur d’aller dans les médias et dire : “Hé, c’est vraiment difficile, ce que je fais, gang.” C’est difficile, parce qu’on est compensé financièrement et parce qu’on est élevé sur un piédestal. Mais quand tu parles d’athlète à athlète, il y a quelque chose de vrai qui ressort parce que tu comprends la réalité de l’autre. »

Dans J’ai une question, Laurent Duvernay-Tardif s’est aussi entretenu avec Olivier Renière, ancien porteur de ballon des Carabins de l’Université de Montréal sanctionné en 2011 pour usage de stéroïdes, et Alex Harvey, qui s’est déjà retrouvé au pied du podium, derrière deux fondeurs russes qui évoluaient au cœur d’un système de dopage institutionnalisé.

« C’est à cause du climat de performance, a résumé LDT. Ce climat rend certaines personnes plus vulnérables, et elles tombent dans le piège. »

Quatre thèmes

Produite par KOTV (Entre deux draps, Plan B), la série documentaire J’ai une question parle également d’obésité, des technologies qui transforment le sport et d’autonomie alimentaire.

PHOTO FOURNIE PAR CRAVE

Laurent Duvernay-Tardif avec la nutritionniste Julie DesGroseilliers

En plus de mener toutes les entrevues, Laurent Duvernay-Tardif se livre. Dans l’épisode consacré à l’obésité, il permet aux caméras de filmer sa consultation médicale, où l’on apprend qu’à 315 livres, il fait partie des obèses de classe 2, selon l’indice de masse corporelle. On l’observe également faire son épicerie en compagnie d’une nutritionniste, et s’insurger contre le manque de courage gouvernemental pour réduire l’obésité infantile.

Au premier épisode, il passe un test antidopage sous notre œil attentif.

Je n’étais pas super à l’aise tout le temps, mais pour être authentique, je devais sacrifier un peu, d’une certaine façon, ma vie privée.

Laurent Duvernay-Tardif

Le sportif a trouvé le temps de tourner J’ai une question au printemps dernier, entre deux rencontres virtuelles avec les Chiefs de Kansas City, son ancienne équipe de football, et ses multiples engagements.

Il s’agit d’une deuxième expérience d’animation pour l’athlète de 30 ans. Aux Jeux olympiques de 2018 à PyeongChang, il avait piloté des capsules pour Radio-Canada.

Malgré son manque d’expérience, le principal intéressé a apprécié l’aventure. « Je suis content que l’émission n’était pas live, parce que ç’aurait été un autre enjeu », a-t-il ironisé.

Heureux à New York

Côté football, les choses semblent mieux aller pour Laurent Duvernay-Tardif. Échangé aux Jets de New York au début de novembre, le colosse de 1,96 mètre a obtenu un premier départ depuis février 2020, la semaine dernière.

« Ultimement, ce que je voulais, c’était de jouer au football, et New York, c’est la place qui m’offrait cette opportunité. […] Je pense que j’amène un impact positif sur l’équipe. »

PHOTO BRAD PENNER, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Laurent Duvernay-Tardif dans l’uniforme des Jets de New York

Rappelons que Laurent Duvernay-Tardif avait suspendu sa carrière de footballeur pour combattre la pandémie de COVID-19 en CHSLD, la saison dernière. Le diplômé en médecine de l’Université McGill a ensuite mis les bouchées doubles pour effectuer son retour au jeu. Les sacrifices ont été nombreux.

« Ce n’est pas tout le temps facile d’être athlète, mais quand tu atteints le but que tu t’es fixé, ça n’a pas de prix », a-t-il commenté.

Le docu demandé

J’ai une question s’ajoute aux nombreuses séries documentaires relayées par Crave. Sorties plus tôt cet automne, Qui a tué Marie-Josée ? et Présumé innocent : l’affaire Michelle Perron ont obtenu beaucoup de succès, a indiqué Mélanie Bhérer, directrice générale, variété, style de vie et documentaire, chez Bell Média.

Les deux séries québécoises de true crime ont dominé le palmarès des titres francophones les plus regardés du service de vidéo sur demande.

J’ai une question pourrait avoir une suite puisqu’au départ, KOTV et Rose-Aimée Automne T. Morin, journaliste et productrice au contenu, avaient soumis une douzaine de sujets à Laurent Duvernay-Tardif.

La série J’ai une question est offerte sur Crave dès mercredi.