Plus de 20 ans après l’avoir dirigée dans 2 frères, le réalisateur Louis Choquette travaille de nouveau avec Karine Vanasse dans Après, série dramatique de six épisodes que Radio-Canada met en ligne ce jeudi sur sa plateforme ICI Tou.TV Extra. La Presse a souligné leurs retrouvailles dans un entretien par Zoom, cette semaine.

Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

La rencontre

Le réalisateur Louis Choquette se souvient très bien de la première fois qu’il a dirigé Karine Vanasse sur le plateau de 2 frères, série de TVA qui a marqué le tournant des années 2000. « Karine jouait déjà ses scènes avec un talent brut, des émotions authentiques, un jeu vrai, touchant. J’avais l’impression d’avoir juste à poser la caméra devant elle et le travail se faisait tout seul. »

Et pourtant, la comédienne, révélée au cinéma à 15 ans dans le film de Léa Pool Emporte-moi, faisait alors son baptême dans une dramatique au petit écran. « Pour des adolescents (nous étions plusieurs débutants sur le tournage de 2 frères), c’était très rassurant d’être sous la direction de Louis », se souvient Karine Vanasse.

Je me considère comme chanceuse d’avoir fait mon premier projet important en télé avec Louis. J’ai beaucoup d’admiration pour son travail. C’est très calme, paisible, sur son plateau. Tu sais qu’il a confiance en toi, qu’il te respecte. Il peut donc aller chercher le meilleur de toi et de son équipe.

Karine Vanasse

En 1999, Louis Choquette avait pris toute la mesure du talent de la comédienne. Deux décennies plus tard, la comédienne dit qu’elle suivait alors son instinct : « Aujourd’hui, l’instinct est encore là, mais je peux désormais compter sur d’autres outils. Tout comme Louis à la réalisation, je porte un plus gros bagage », explique la comédienne qui tourne actuellement à Dégelis, dans le prochain film du cinéaste Rafaël Ouellet, Arsenault et Fils.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le réalisateur Louis Choquette, lors du tournage de la série Mirador en 2015

Les retrouvailles

Après quelques rendez-vous manqués, les astres se sont enfin alignés l’hiver dernier. Louis Choquette a confié à Karine Vanasse le rôle de Maryse, personnage principal d’Après. La minisérie met aussi en vedettes David Boutin, Madeleine Péloquin, Kathleen Fortin, Steve Laplante, Marc Béland, Martin David Peters, entre autres.

À la mi-janvier, c’est une femme de 37 ans et une mère de famille qui s’est présentée sur le plateau d’Après. Les deux artistes désiraient travailler ensemble à nouveau depuis longtemps. « Or, pour mille et une raisons, ça ne marchait jamais. Et on ne voulait pas forcer les choses. On voulait attendre d’avoir le bon projet. Et c’est correct d’avoir pris le temps », explique Choquette.

Dans Après, Karine Vanasse joue une gérante de supermarché et mère seule, qui élève une enfant handicapée. Maryse sera au centre de la reconstruction de sa communauté, après une tragédie qui a ravagé un village (fictif) des Laurentides, Lac Sabin, en marquant au fer tous ses habitants. « J’ai retrouvé l’instinct de l’actrice de 16, 17 ans, confie Choquette, et son talent s’est déployé avec les années. Il peut désormais s’exprimer pleinement, profondément. Karine est une grande actrice qui cherche toujours la vérité. Par moments, on dirait qu’elle ne joue pas, elle est vraie comme dans la vie. »

Karine Vanasse a retrouvé aussi avec bonheur l’éthique de travail du réalisateur. « Avec Louis, les interprètes sont dans un processus très créatif, dit-elle. On a la liberté de faire évoluer les personnages. De peaufiner nos scènes, d’ajouter une phrase, d’ajuster une réplique. En général, on procède davantage ainsi au cinéma ; parce qu’en télé, ça va très vite. Mais quand Louis prend une décision de changer une chose, il est capable d’aller défendre son choix auprès de l’auteur, du diffuseur. Pour le bien de la série, au bout du compte. »

Pour la vedette de Blue Moon, ce qu’il y a de beau dans son métier, c’est de pouvoir retravailler avec des gens qui ont marqué son parcours. « C’est l’une des plus belles choses dans une carrière d’interprète. J’aimerais aussi retravailler avec Denis Villeneuve [elle a fait Polytechnique en 2009, avec le réalisateur de Blade Runner 2049]. Ce sont de vraies rencontres qui nous permettent d’aller plus loin comme artiste et comme humain. »

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Karine Vanasse et Juliette Gariépy dans Après

Personnages féminins forts

Justement, on lui demande si le personnage froid et déterminé de Maryse – qui ne ressemble à aucun rôle que l’actrice a déjà joué – constitue une nouvelle étape dans sa carrière ? « Pas nécessairement, répond-elle. Toutefois, Maryse n’est pas si sombre… La lumière arrive dans de toutes petites choses, des petits gestes, comme dans sa relation avec sa fille. Maryse répond à toutes ses questions, même si elle n’a pas les réponses. La lumière est tapie dans sa compassion, son empathie pour ses proches au jour le jour. »

Dans la série, Maryse est le moteur du renouveau et de la reconstruction de sa localité. En fouillant le personnage, Louis Choquette a eu l’impression de travailler sur un archétype de la femme québécoise forte, jamais à court de solutions, toujours capable de se relever à chaque mauvais coup pour tenir la famille ensemble.

J’avais l’impression de côtoyer la résilience des Québécoises depuis plusieurs générations. Mes grands-mères, mes tantes… Malgré les épreuves, ces femmes ont su passer à travers les difficultés et la misère, sans jamais devenir misérables.

Louis Choquette, réalisateur

Aux yeux du réalisateur et de l’actrice, leur métier a quelque chose d’anthropologique. À chaque projet, ils en apprennent un peu plus sur les humains et leurs comportements. « Une chose m’est passée par la tête après le tournage, dit l’interprète de Maryse. De nos jours, on admire ces femmes qui dénoncent des injustices. On les qualifie de courageuses, de survivantes, de résilientes… Or, ces mots ne font pas nécessairement plaisir à entendre. Car si elles avaient le choix, ces femmes préféraient ne pas avoir vécu ces injustices qui les forcent à être résilientes, courageuses. Souvent, la droiture qu’on admire chez des personnes naît souvent d’une grande souffrance. »

PHOTO RADIO-CANADA

David Boutin est l’un des comédiens de la série Après.

Après… la pandémie

Le tournage d’Après a bien sûr nécessité une grosse gestion sur le plateau pour respecter les règles sanitaires. Or, ça n’a pas été pénible pour l’équipe. « J’ai passé une année entière sans tourner durant la pandémie. Ça ne m’était jamais arrivé en carrière », raconte le réalisateur, qui boucle présentement la saison 2 de la série Les honorables. « Je peux témoigner du grand bonheur de se retrouver sur un plateau. Pas juste les acteurs et moi. Tout le monde, le preneur de son, la régie, le CCM [coiffure, costumes, maquillage], était heureux de porter son masque, malgré les longues journées et le froid à l’extérieur. Parce qu’on retrouvait le plaisir et la fierté d’être ensemble sur un plateau. De faire notre métier. »

Dans Après, on réalise l’importance de la communauté pour permettre aux gens de guérir après un terrible drame. « Il y a un parallèle à faire avec la relance du milieu du cinéma et de la télévision, estime Karine Vanasse. Cette semaine, j’ai emmené pour la première fois mon fils de 3 ans sur un plateau. Je trouve ça précieux et important de lui montrer mon milieu de travail ; l’entraide, la solidarité et l’énergie qui se dégagent sur un plateau. C’est beau, ce sentiment d’appartenance à une communauté – une tribu, un clan, une famille –, où tu sens à ta place. Peu importe le domaine, on a tous besoin de sentir cela dans la vie. »

Après, première œuvre de fiction pour la télé de l'auteur François Pagé, est produite par Duo Productions. La série est diffusée en primeur dès le 10 juin sur l'Extra d'ICI Tou.tv. Elle sera aussi offerte plus tard sur ICI Télé Radio-Canada.