Ça va mal pour l’industrie du gala au Québec. Et la paillette a la mine basse. Dans la dernière année pandémique, faut-il le rappeler, les Gémeaux ont perdu 45 % de leur audience, le Gala Artis a vu ses cotes d’écoute s’effriter de 32 % et les Olivier ont dégringolé de 28 % par rapport à l’édition précédente.

Hugo Dumas
Hugo Dumas La Presse

Aux États-Unis, c’est encore pire. Les Grammy et les Golden Globes ont laissé échapper la moitié de leurs fans en un an. C’est énorme. Les Oscars ont touché le fond du baril en avril avec une érosion de 56 % de leurs fidèles. Et la chaîne NBC a annoncé lundi qu’elle ne relaierait plus les Golden Globes, qui ont longtemps été le meilleur et le plus divertissant de tous ces galas bourrés de vedettes bourrées.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

« Décerner des prix devant une salle vide et distanciée, qui ne réagit pas, ça ne donne pas des moments de télé bien palpitants », écrit notre chroniqueur.

Chez nous, c’est le gala de l’ADISQ qui a le moins souffert. Le 1er novembre 2020, la fête de la musique québécoise a intéressé 1 015 000 fans, soit une baisse de 17 % par rapport aux 1 230 000 téléspectateurs de 2019. Quand même. Tous ces évènements autrefois glamour et prestigieux ont pris une débarque dans les sondages d’écoute.

Pas plus loin qu’en mai 2016, fouetté par la controverse du numéro censuré de Mike Ward et Guy Nantel, le Gala Les Olivier a fracassé un record de tous les temps en plantant 2 018 000 personnes devant leur petit écran. Plus aucune soirée de gala n’atteindra ces chiffres astronomiques.

La désaffection des téléspectateurs envers ces cérémonies dorées s’est accélérée avec l’arrivée de la COVID-19, évidemment. Disons que de décerner des prix devant une salle vide et distanciée, qui ne réagit pas, ça ne donne pas des moments de télé bien palpitants.

Le virus a en effet expurgé les galas de tous leurs éléments d’émotion et de spontanéité : la réaction à chaud des gagnants dans la foule compacte, la longue traversée de la salle, suivie de la montée des marches, les embrassades, les accolades, les becs, les pleurs, ça n’existe plus. Au Gala Artis, les nommés se tenaient droits comme des piquets, en rang d’oignons, comme s’ils attendaient leur tour pour le vaccin.

Mais attention aux conclusions trop hâtives sur la mort annoncée des galas, prévient la directrice générale de la télévision de Radio-Canada, Dany Meloul, dont l’antenne diffuse quatre des cinq galas québécois (musique, télé, humour, cinéma). Selon elle, l’écoute de la télévision traditionnelle a fléchi de 4 % lors de la dernière saison. Et même si sa cote d’écoute a descendu, le gala de l’ADISQ de 2020 a décroché une meilleure part de marché (38 %) que celui de 2019 (36 %), précise Dany Meloul.

Il y a cinq ans, après des hommages ratés et trop longs, Radio-Canada a imposé une règle à toutes ses remises de prix : pas question de dépasser deux heures. Alléluia. Une mesure salutaire, qui a freiné le bla-bla inutile et les numéros de variétés ne servant strictement à rien.

« On fait notre possible pour que ça soit plus court. Pour les Gémeaux, c’est plus difficile, car il y a énormément de prix à remettre. Mais après 2 h 30 min de gala, l’énergie dans la salle baisse », remarque la directrice de la culture et des variétés de Radio-Canada, Sophie Morasse.

Aussi, il n’y a plus de gens du public — le fameux vrai monde — qui assistent à ces galas en formule pandémique. Les célébrations se font donc entre stars, en circuit fermé. « Si les artisans dans la salle ont le goût de s’amuser, on le sent. S’ils n’ont pas le goût d’être là, on le sent aussi », note Dany Meloul, de Radio-Canada. Le parterre des Olivier traîne la mauvaise réputation d’être le plus difficile à enthousiasmer.

Pour le réalisateur Jean-François Blais, qui a été derrière la caméra du dernier Gala Les Olivier, l’important, c’est de travailler sur le rythme. « Présentement, on fait des galas dans des contextes complètement opposés à ceux d’un gala normal. Il faut vraiment des segments plus courts, des numéros plus variés. Ces galas sont essentiels pour notre culture et notre star-système », plaide Jean-François Blais, spécialiste des émissions de variétés (La voix, En direct de l’univers).

En coulisse, l’organisation de ces galas, coproduits par Radio-Canada et des associations professionnelles (ADISQ, APIH, Académie de la télévision), cause beaucoup de frictions, me dit-on.

Pourquoi tel trophée a été relégué au gala d’après-midi ? Pourquoi on ne fait pas plus de place aux travailleurs de l’ombre dans le gala principal ? La tension monte souvent dans les réunions de production.

Il y a également notre patience qui raccourcit. Qui a le temps et l’énergie de se taper 2 h 45 min d’un gala rempli de pubs et de discours convenus, alors que Netflix ou Disney+ nous font les yeux doux ?

À moins d’un revirement aussi spectaculaire qu’improbable, le 22e Gala Québec Cinéma, chauffé par la pétillante Geneviève Schmidt, ne possède par les armes pour renverser la vapeur, le dimanche 6 juin à 20 h sur les ondes de Radio-Canada. Mettons que de programmer un gala aussi tard dans la saison, alors que le beau temps se pointera enfin, n’aidera pas cette cérémonie à briller aussi fort qu’une déesse des mouches à feu.

Les galas, en chiffres

Gémeaux 2019 : 1 539 000 téléspectateurs

Gémeaux 2020 : 854 000 téléspectateurs

Artis 2019 : 1 728 000 téléspectateurs (il n’y a pas eu de gala en 2020)

Artis 2021 : 1 176 000 téléspectateurs

ADISQ 2019 : 1 230 000 téléspectateurs

ADISQ 2020 : 1 015 000 téléspectateurs

OLIVIER DÉCEMBRE 2019 : 1 359 000 téléspectateurs

OLIVIER 2021 : 975 000 téléspectateurs