Peu de voix sont aussi reconnaissables que la sienne. Son timbre envoûtant et son ton passionné nous transportent intimement dans la vie animale depuis 67 ans, à la télévision. L’inépuisable et prolifique David Attenborough, le grand naturaliste anglais, célèbre ce samedi ses 95 ans. Décryptage.

Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

« Une vie sur notre planète »

On dit de Sir David Attenborough qu’il serait un des humains ayant le plus voyagé dans l’histoire de l’humanité. Pour la seule série documentaire Life on Earth (1979), il aurait parcouru 2,5 millions de kilomètres.

« M. Attenborough a vraiment initié le monde entier à toute la beauté, la diversité de la vie sur Terre, et ce, depuis les années 1950 », affirme Alice-Anne Simard, directrice générale de l’organisme environnemental Nature Québec.

La carrière de David Attenborough à la BBC prend son envol en 1954 avec l’émission Zoo Quest, qui lui permet d’aller à la rencontre d’animaux dans leur habitat naturel. Il a depuis produit plus de 120 documentaires, leur prêtant sa voix, dont les récents Life in Colour, sur Netflix, et The Year Earth Changed, sur Apple TV+.

C’est avec la série Planet Earth (2006), primée quatre fois aux Emmys et diffusée dans 130 pays, que sa renommée devient réellement internationale.

Un monde transformé en une vie

« Le monde naturel est en train de s’éteindre, se désole-t-il dans le film-témoignage David Attenborough – A Life on Our Planet (2020), offert sur Netflix. La preuve se trouve tout autour de nous. C’est arrivé de mon vivant. Je l’ai vu de mes propres yeux. »

Si aujourd’hui ses documentaires ont une importante conscience environnementale, ils n’ont pas toujours eu ce ton alarmiste. Est-ce que les films d’Attenborough ont étalé une version édulcorée de la nature ?

« Aujourd’hui, les mammifères sauvages ne constituent que 4 % de la masse totale des mammifères sur Terre, explique la biologiste Alice-Anne Simard. […] Évidemment, les documentaires nous montrent une fraction du monde qui est toujours à l’état sauvage, qui n’a pas été détruit. On constate que durant la vie de David Attenborough, le monde sauvage a rétréci de façon alarmante. »

Il en est le premier conscient. « Même si, quand j’étais jeune homme, j’avais l’impression d’être dans la nature sauvage, expérimentant un monde encore intouché, ce n’était qu’une illusion, raconte-t-il encore dans A Life on Our Planet. Les forêts, les plaines et les océans étaient déjà en train de se vider. »

Mais Mme Simard relativise. « Vous savez, on dit souvent qu’on aime ce que l’on connaît, et on protège ce que l’on aime. » Pour David Attenborough, l’idée est de miser « sur le sentiment d’amour qu’on peut avoir pour la nature quand on apprend à la connaître dans toute sa splendeur. Par la suite, ça nous donne envie de la protéger. C’est quelque chose qu’il a introduit beaucoup dans les dernières années particulièrement. »

Une structure perfectionnée

PHOTO FOURNIE PAR LA BBC

Image tirée du célèbre documentaire Planet Earth, sorti en 2006

La formule de ses reportages, dont les images sont toujours portées par de l’équipement à la fine pointe de la technologie, est maintenant une recette bien maîtrisée.

La traque spectaculaire du tigre chassant sa proie. Les danses étourdissantes des oiseaux du paradis cherchant un partenaire. Les exemples ne manquent pas pour décrire les épopées surprenantes et dramatiques que nous raconte Attenborough de sa voix riche et suave.

Puis c’est le retour à la réalité. Ce beau portrait est terni par un segment exposant l’impact des changements climatiques sur les mêmes organismes vivants que nous venons d’observer.

Cette structure semble avoir porté ses fruits : une certaine Greta Thunberg lui a avoué, dans une rencontre virtuelle entre les deux militants en décembre 2019, que c’étaient ses documentaires, entre autres, qui l’avaient sensibilisée à la cause des changements climatiques.

Une vision pour l'avenir

« Il y a toujours de l’espoir dans ses documentaires », souligne Mme Simard, qui compare A Life on Our Planet à un testament.

De fait, la solution « nous saute aux yeux depuis le début », y explique le naturaliste anglais. « Pour assurer la stabilité de notre planète, nous devons restaurer sa biodiversité. […] Et c’est plus simple que vous pourriez le croire. »

Et Attenborough d’énumérer ses solutions : réduire la population mondiale en améliorant l’éducation des filles. Se tourner vers les énergies renouvelables en se basant sur la façon dont la nature fonctionne. Mettre un frein à la déforestation servant à l’élevage de bétail en modifiant notre diète pour y incorporer moins de viande. Instaurer des zones dans les océans où la pêche est interdite pour laisser la chance aux stocks de poisson de se reconstituer.

« C’est important de parler des solutions qu’il met de l’avant, croit Alice-Anne Simard. Pour un homme qui est sur sa fin de vie, il y a peut-être une course contre la montre. »

Il faut « surtout écouter ce qu’il nous dit », conclut la directrice générale de Nature Québec. « Aimer la nature, tout faire pour la protéger. Il reste encore du temps pour le faire. »

Quelques moments et documentaires marquants

8 mai 1926

Naissance à Isleworth, dans l’ancien comté de Middlesex, à l’ouest de Londres

1954-1963

Zoo Quest, émission qui lui permet pour la première fois d’aller à la rencontre des animaux dans leur habitat naturel. Les premières images du dragon de Komodo y sont captées.

1965-1972

Devient contrôleur, puis directeur de la programmation à la BBC. Il orchestrera entre autres la transition du diffuseur public britannique vers la télévision couleur.

1979

Diffusion de la série Life on Earth. Elle en engendrera huit autres sur le thème de la vie sur Terre, la dernière étant Life in Cold Blood (2008).

1985

Il est anobli par la reine d’Angleterre et devient chevalier

1998

The Life of Birds. La série remportera le prix Peabody pour avoir combiné « une science impeccable et des images spectaculaires ».

2001

The Blue Planet. Une exploration exhaustive des océans. Une suite, Blue Planet II, a été diffusée en 2017.

1977-2005

Wildlife on One. Attenborough a narré plus de 250 épisodes de cette série retransmise pendant trois décennies.

2006

Planet Earth. Le plus révolutionnaire des documentaires animaliers. Le premier diffusé en haute définition sur la BBC. Une suite, Planet Earth II, est parue en 2016.

2011

Frozen Planet. L’histoire naturelle des régions polaires.

2019

Our Planet. Une série coproduite par Netflix et le Fonds mondial pour la nature (WWF). De la même équipe qui a produit Blue Planet, Frozen Planet et Planet Earth.

2019

Seven Worlds, One Planet. Les sept continents de la Terre.

2020

David Attenborough – A life On Our Planet. Son « film-testament ».

2021

A Perfect Planet. Les forces de la nature créent un équilibre parfait pour notre planète.

2021

Life in Colour. Les façons dont certains animaux se servent des couleurs pour survivre.

2022

Une nouvelle série, The Green Planet, ainsi que des suites à Frozen Planet et Planet Earth sont attendues.