Née le 3 mai 1970, la comédienne et animatrice Marie-Soleil Tougas aurait eu 50 ans aujourd’hui. Près de 23 ans après sa mort, sa mémoire est toujours présente dans le cœur des Québécois. Comment expliquer cette durable histoire d’amour ? Nous en avons discuté avec sa mère et plusieurs de ses proches.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Le 10 août de chaque année, lorsqu’elle n’a pas d’empêchement, Micheline Bégin, mère de Marie-Soleil Tougas, grimpe le mont Saint-Hilaire jusqu’au sommet, dit Pain de sucre, et se recueille en hommage à sa fille.

« La plupart du temps, j’y vais avec mon fils Sébastien, dit-elle. On grimpe jusqu’en haut, on prend un petit moment d’introspection, on regarde vers le ciel. Je pense alors à Marie-Soleil. Le Pain de sucre, nous l’avons souvent grimpé en famille ou seules, elle et moi. Elle y est allée des dizaines de fois. Le mont Saint-Hilaire et le Pain de sucre en particulier restent des lieux importants. »

Le 10 août 1997, Marie-Soleil Tougas, 27 ans, et son amoureux, le cinéaste Jean-Claude Lauzon, périssaient dans un accident d’avion dans le Nord-du-Québec. La disparition du cinéaste et de la comédienne avait causé une immense onde de choc.

À l’occasion du 50anniversaire de naissance de la comédienne, force est de constater que le respect et l’amour que le public lui porte sont toujours palpables. Une page Facebook lui étant consacrée rassemble plus de 7600 membres. Qu’est-ce qui explique ce lien indéfectible ?

« Je savais qu’elle était aimée, dit Micheline Bégin dans une longue entrevue. Je le constatais chaque fois qu’elle m’amenait quelque part. »

À son décès, j’ai réalisé jusqu’à quel point cet amour était fort. Je trouvais ça extraordinaire.

Micheline Bégin

Mme Bégin propose, en guise d’explication, la simplicité et la générosité de sa fille. « Elle avait compris que les gens l’accueillaient chez eux par le truchement de la télévision et qu’elle devait leur rendre cette forme d’amour. »

« Marie-Soleil était l’incarnation des valeurs québécoises dans une belle fille de cinq pieds, deux pouces, dit sa meilleure amie Anne-Marie Boissonnault. Elle était déterminée, courageuse, ambitieuse. Et avec elle, il y avait cet échange sincère et authentique entre l’amour que les gens du Québec lui vouaient et l’amour qu’elle vouait aux gens du Québec. C’était magique. »

PHOTO FOURNIE PAR ANNE-MARIE BOISONNAULT

Traversant le Saguenay entre Baie-Sainte-Catherine
et Tadoussac en 1995 avec Anne-Marie Boisonnault

« Comment va Mimi ? », demande d’abord la comédienne et animatrice Patricia Paquin (Chambres en ville) en prenant des nouvelles de Mme Bégin. « Marie-Soleil était ultra-intègre, sympathique, engagée. Des gens ont, télévisuellement parlant, grandi avec elle. Ils s’identifiaient à elle. Elle faisait en sorte de tourner la lumière vers les autres. »

« C’était un grand privilège de l’avoir dans sa vie, se rappelle la comédienne Isabelle Miquelon [Chop-Suey]. Elle était très généreuse. Rien ne lui échappait. À ma première grossesse, elle faisait plein de recherches pour moi, jusqu’à me parler du liquide amniotique ! Elle s’occupait du bien-être des gens. »

Comédien et enseignant du jeu d’acteur, Michel Lamoureux, de Mont-Saint-Hilaire, a bien connu Marie-Soleil Tougas. Ils voyageaient souvent ensemble vers Montréal, et ce dernier faisait répéter des scènes de Chambres en ville à la comédienne qui conduisait la voiture. Il replace le grand cœur de la comédienne dans la situation actuelle.

« Face à la crise de la COVID-19, je suis convaincu qu’elle aurait pris un lead pour donner de l’espoir aux gens, suggère-t-il. Elle nous aurait encouragés à nous soutenir les uns les autres. Au-delà du vedettariat, elle voyait une unité à travers la planète. Elle était en avant de son temps. »

PHOTO STÉPHANIE JACQUES, FOURNIE PAR ALAIN DUMAS

Avec Alain Dumas en 1994 pour Opération Enfant Soleil

Une femme engagée

Cette réflexion renvoie au fait que la comédienne a défendu des causes dans des campagnes s’adressant au grand public. Les plus vieux se souviendront de la publicité Tout le monde s’attache au Québec, conçue par son père Serge (mort en 2007), pour le ministère des Transports. Plus vieille, elle a été porte-parole d’Éduc’alcool et a consacré plusieurs années à Opération Enfant Soleil.

« Elle avait une grande élégance, dit l’animateur Alain Dumas, qui est associé à Opération Enfant Soleil depuis 29 ans. Sa vérité transcendante était ce que je trouvais de plus beau chez elle. Plusieurs gens plus jeunes me disent qu’ils auraient aimé la connaître. »

Elle était comme la fille, la copine, l’amie de tout le monde. Elle est passée de petite fille à adolescente à femme sous les yeux de tout le Québec.

Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool

Hubert Sacy se souvient de ce jour où il a demandé à Marie-Soleil Tougas de venir saluer sa jeune nièce Isabelle qui était l’une de ses grandes admiratrices. « Deux ans plus tard, j’ai appris qu’elle avait fait un détour de 130 kilomètres pour venir nous voir, raconte le directeur général d’Éduc’alcool. C’est très révélateur de qui elle était. »

Si elle était encore là…

Où serait Marie-Soleil Tougas aujourd’hui ? Que ferait-elle ?

De façon générale, nos interlocuteurs croient qu’elle aurait diversifié sa palette de jeu. Déjà, son rôle de la prostituée Armande dans la série Jasmine (1996) avait cassé le moule de ses rôles précédents.

« À côtoyer son amoureux Jean-Claude Lauzon, elle s’en allait vers des rôles plus dramatiques », dit Isabelle Miquelon.

« Je suis certaine qu’elle serait encore comédienne, dit Patricia Paquin. Je lui disais souvent qu’elle était notre prochaine Andrée Lachapelle, qu’elle allait vieillir en sérénité et en beauté. Elle avait une soif d’apprendre et de se réinventer. »

« Marie-Soleil faisait tellement de choses en même temps, se souvient sa mère Micheline Bégin. Elle avait quitté l’Université McGill après deux sessions en études françaises, mais souhaitait y retourner. Elle voulait aussi approfondir ses connaissances en pilotage. Elle souhaitait un jour faire de la réalisation et écrire des scénarios de films. C’est sûr qu’elle aurait souhaité faire du cinéma. »

Micheline Bégin, qui a 73 ans aujourd’hui et qui a écrit l’ouvrage La vie… comme une gourmandise en hommage à sa fille, a conservé beaucoup d’objets d’elle. Des meubles, des tableaux. Et aussi l’exemplaire écorné du roman L’avalée des avalés, de Réjean Ducharme, qui l’avait beaucoup marquée.

« Marie-Soleil était une très grande lectrice. Durant ses études à l’université, elle lisait un livre une première fois, le refermait et recommençait. Souvent, elle le lisait même une troisième fois. Ses livres, elle les connaissait à fond. »

Il se ne passe pas une journée dans la vie de Micheline Bégin sans la présence de Marie-Soleil. « Je pense à elle tous, tous, tous, tous les jours, dit-elle. Parfois, c’est plusieurs fois par jour. Parfois, 30 secondes. Je ris, je pleure, j’ai toutes sortes d’émotions. Et le 3 mai est toujours pour moi une journée très importante. » 

Le parcours de Marie-Soleil Tougas

1982-1987
Zoé dans Peau de banane

1984
Nathalie dans À plein temps

1987-1994
Judith dans Chop-Suey

1990-1995, 1996-1997 Coanimatrice des Débrouillards

1992

Campagne Moi j’embarque d’Éduc’Alcool

1992-1997
Coanimatrice au téléthon Opération Enfant Soleil

1992-1996
Devient Roxanne dans la 4e saison de Chambres en ville

1994-1997
Animatrice de Fort Boyard, émission à laquelle elle avait participé en 1993

1996
Armande dans Jasmine

1996
Une vendeuse dans le film L’homme idéal de George Mihalka 

1996-1997
Line dans Ent’Cadieux

Récompenses

1987
MétroStar, artiste masculin ou féminin de moins de 25 ans

1994
MétroStar, rôle de soutien féminin dans un téléroman ou une minisérie

Toponymie

Parc Marie-Soleil-Tougas, Repentigny

École primaire Marie-Soleil-Tougas, Terrebonne

Atrium Marie-Soleil-Tougas, école secondaire Ozias-Leduc, Mont-Saint-Hilaire