Des acteurs et techniciens de la série jeunesse 6 degrés du romancier Simon Boulerice sont infectés par la COVID-19. Précisément ce que craignaient des associations du milieu télévisuel, qui avaient personnellement prévenu le premier ministre du risque de poursuivre des tournages pendant la pandémie.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Dès que le gouvernement Legault a déclaré l’état d’urgence sanitaire au Québec le 13 mars dernier, des travailleurs du milieu du cinéma et de la télévision se sont inquiétés de devoir continuer de travailler. Surtout qu’aucune mesure gouvernementale n’exigeait alors que les plateaux de tournage cessent de fonctionner.

Ils en ont aussitôt parlé à leurs associations, comme l’Union des artistes (UDA) et l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS). Celles-ci se sont rapidement rendues sur différents plateaux qui continuaient de tourner pour évaluer les conditions de travail et les risques de contracter la COVID-19 posés aux employés.

Elles ont visité, par exemple, les plateaux de District 31 et de 6 degrés, deux productions dont le diffuseur est Radio-Canada. L’UDA estimait en effet que la série jeunesse 6 degrés de l’auteur Simon Boulerice posait problème.

« On considérait que ce plateau était à risque, parce qu’il y avait des gens qui revenaient de voyage, a expliqué à La Presse la présidente de l’UDA, Sophie Prégent. De plus, il y avait une promiscuité et le mètre demandé entre [deux personnes] n’était certainement pas respecté. Les membres se faisaient maquiller, coiffer, toucher par les techniciens, etc. »

La production de cette émission a finalement cessé le 16 mars, alors qu’il restait 20 jours de tournage à effectuer. Or, il était déjà trop tard.

Nous avons appris après la fin du tournage qu’il y avait des personnes qui étaient infectées de la COVID-19.

François Rozon, producteur de la série télé 6 degrés

Trois techniciens qui ont travaillé sur 6 degrés, qui met en vedette Catherine Trudeau, Alexandre Goyette et Noah Parker, ont reçu un diagnostic de COVID-19, a déploré Gilles Charland, directeur général de l’AQTIS.

Du côté de l’UDA, Sophie Prégent a appris lundi dernier que des acteurs qui travaillent sur cette production étaient également infectés. Elle n’a toutefois pas précisé le nombre de cas.

François Rozon a précisé que l’information a aussitôt été transmise à la Direction de santé publique, qui a le mandat de faire une enquête pour identifier les personnes, dont les collègues, qui ont été en contact avec le cas confirmé.

Simon Boulerice se dit « fort peiné » de la situation et il est de « tout cœur » avec les membres de l’équipe qui ont contracté la COVID-19.

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

L'acteur Noah Parker et l'auteur Simon Boulerice

« C’est ce qu’on craignait »

L’UDA et l’AQTIS font partie des neuf associations qui ont écrit une lettre au premier ministre François Legault au lendemain de l’arrêt du tournage de 6 degrés afin qu’il décrète « un arrêt des tournages jugés non essentiels ».

« C’est dommage que des personnes aient été infectées sur ce plateau [6 degrés], mais j’espère que ça va servir de leçon à l’ensemble des producteurs », confie Gilles Charland. Il était évident pour lui que les travailleurs sur un plateau de tournage ne peuvent pas suivre les recommandations des gouvernements.

Sur un plateau de tournage, il existe un véritable risque potentiel d’infection.

Gilles Charland, directeur général de l’AQTIS

Le gouvernement provincial n’a jamais demandé précisément la fin des tournages, mais lorsqu’il a décrété, le 23 mars, que tous les entreprises et commerces devaient fermer leur porte, à l’exception des « services essentiels », l’AQTIS a compris que les tournages « non essentiels » devaient cesser.

Les tournages de La semaine des 4 Julie à V ont pu se poursuivre, puisque l’animatrice et productrice Julie Snyder a adapté son émission dans les circonstances. Même chose pour Bonsoir bonsoir !, animée par Jean-Philippe Wauthier, qui commencera lundi prochain à Radio-Canada.

« Pour les tournages qui vont se poursuivre comme Bonsoir bonsoir !, nous imposons des conditions très strictes. Et nous acceptons de le faire seulement pour les émissions qui donnent de l’information. Bien sûr, Bonsoir bonsoir ! ou La semaine des 4 Julie ne sont pas des émissions d’info traditionnelles, mais elles peuvent rejoindre un autre public qui doit aussi être sensibilisé à la crise », conclut Gilles Charland.