L’animateur Jean-Philippe Wauthier sera de retour à la barre du talk-show Bonsoir bonsoir ! dès lundi, 21 h, à ICI Radio-Canada Télé. Une émission en direct, qu’il a dû complètement remanier au cours des derniers jours, à la lumière de la crise sanitaire. Dans un nouveau décor de fortune, Wauthier sera accompagné d’un collaborateur (Paul Houde, pour commencer), accueillera un invité en studio et en rejoindra d’autres virtuellement. Deux fois par semaine, des musiciens invités se joindront au duo de l’émission (Julie Lamontagne et Tony Albino).

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

Marc Cassivi : J’ai été étonné d’apprendre que tu animerais toujours une émission de télé dans les circonstances. Comment ça va ?

Jean-Philippe Wauthier : Ça va… vite ! C’est un cadeau, mais je n’ai jamais autant travaillé de ma vie, sans garderie, avec les enfants à la maison. Mes journées sont bien remplies, et j’essaie de ne pas laisser mes enfants trop longtemps devant la télé…

M.C. : Il faut lâcher prise !

J.-P.W. : Je sais bien. Mais j’ai de la misère avec La Pat’Patrouille ! Ça vient me chercher au plus profond de mon cœur à quel point j’« haïs » ça…

M.C. : Est-ce que tu pensais il y a une semaine que tu travaillerais cet été ?

J.-P.W. : J’étais sûr que non… (à son fils qui l’interpelle, en arrière-plan, il répond : « Merci, mon amour, t’es bien gentil ! ») Je suis un « news junkie ». Je suis ça comme on suit une soirée électorale.

M.C. : Est-ce que ça te rend anxieux ?

J.-P.W. : Oui, c’est dingue. En plus, j’ai décidé de prendre une semaine de vacances avant de commencer. Je suis allé en Arizona, courir. J’étais seul, dans le désert, et j’étais bien (à l’un de ses fils, toujours : « Oui, oui, tu peux y aller, mon amour ! »). Mais j’ai recommencé à lire les nouvelles et j’ai réalisé qu’on ne pourrait plus faire La soirée est (encore) jeune [qu’il anime à ICI Radio-Canada] devant public. (« Non, il ne fait pas trop froid, mon amour ! Je suis désolé, je suis encore au téléphone, mais après, on va aller promener le chien ! ») On s’est même demandé si on pouvait faire l’émission tout court. [On entend quelques notes de piano en arrière-plan.] « Bon, ben, ça va être le moment d’un épisode de La Pat’Patrouille. Télé tout le monde ! »

M.C. : Ils ont quel âge, déjà ?

J.-P.W. :  (« Clarence, on me demande tu as quel âge ! ») Ils ont 5 ans, presque et demi, et presque 4 ans ! (« En français ? Pourquoi en français tout d’un coup ? En plus, je parle avec Marc Cassivi ! C’est pas super cool… ») Quand je suis revenu de voyage, je ne pouvais pas reprendre mes enfants, qui étaient avec leur mère. J’ai fait l’émission de radio de la maison, et je me suis demandé comment on pourrait arriver à faire l’émission de télé. Il faut suivre les règles. C’est le diffuseur public. C’est très important de montrer la marche à suivre. Ça évolue tous les jours. On n’en voit pas le bout. Un jour, ce sera chacun chez soi et on ne débarre plus la porte ?

M.C. : Comment prévoir une émission de télé dans ce contexte-là ?

J.-P.W. : Exactement. Ça reste de la télé. Je ne sauve pas des vies dans un hôpital. S’il faut respecter de nouvelles règles, on va les respecter. Est-ce qu’il faut faire de la télé pendant que d’autres sauvent des vies ? On s’est posé la question. À un moment donné, il y a comme une nouvelle normalité qui s’installe. Ça va être ça notre vie pour les prochaines semaines ou les prochains mois. Comment on fait pour évoluer là-dedans ? Comment on le fait de la manière la plus humble et utile possible ? C’est la discussion que nous avons eue avec Radio-Canada. Clairement, les gens ont besoin de quelque chose pour se distraire. Moi le premier !

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

L’animateur Jean-Philippe Wauthier sera de retour à la barre du talk-show Bonsoir bonsoir ! dès lundi, 21 h, à ICI Radio-Canada Télé.

M.C. : Ça nous aide à nous changer les idées. Mais il faut trouver un sens à ce que l’on fait aussi…

J.-P.W. : Oui. On ne peut pas faire les choses de la même façon. Je n’ai pas envie de faire des performances avec des feux d’artifice. Ça n’a pas de sens. Si je veux faire de la télé en ce moment, c’est pour parler aux gens. C’est pour répondre à un besoin. Mais on crée un concept de show d’heure en heure. On a eu la confirmation qu’on serait en ondes il y a quelques jours à peine !

M.C. : J’imagine que ça peut bouger d’ici lundi, mais ça risque de ressembler à quoi la version remaniée de Bonsoir bonsoir ! ? Ce sera plus une formule de talk-show classique ?

J.-P.W. : Le problème, c’est qu’on n’a pas accès à notre décor. Il était en entreposage. Il a été déménagé à Radio-Canada, mais on n’a personne pour le monter. On ne mettra personne en danger pour un décor de TV ! On a donc décidé de faire ça dans le seul décor monté qu’on pouvait utiliser.

M.C. : C’est un décor qui ressemble au Beau dimanche [son précédent talk-show, qu’il coanimait avec Rebecca Makonnen] ?

J.-P.W. : Oui. C’est un décor très classique. Je pense que ça va fonctionner. On n’a pas vraiment le choix ! Je pense qu’on peut remplir notre mandat, qui est aussi d’être une courroie de transmission de la culture. Si on peut inviter un chanteur ou une chanteuse à partager au minimum son art, tant mieux.

M.C. : Offrir une plateforme aux artistes pour qu’ils puissent rejoindre leur public. Et servir de vitrine à la culture québécoise…

J.-P.W. : Pour faire œuvre utile, oui. C’est clair que ça n’aura rien à voir avec le show qu’on a fait l’an dernier ! On avait un concept assumé et éprouvé. Il n’y a plus rien de ça qui tient. Il faut refaire le concept au complet, en deux jours !

M.C. : Est-ce que le ton va beaucoup changer ? Tu vas surtout accueillir des artistes, mais est-ce qu’il y aura aussi un volet plus affaires publiques ? Tu es un gars d’information à la base…

J.-P.W. : Ça reste moi. J’aime aussi naviguer dans ces eaux-là. Je suis très fan de l’information. Ça me passionne. Je trouve que Patrice Roy a un ton exceptionnel. Il faut que je trouve le bon ton pour la chaise que j’occupe. On a aussi un mandat pancanadien. On veut parler à tout le monde. Si on veut être essentiel, c’est à ça que ça sert.

M.C. : Tu dis « essentiel ». Ça me fait penser à Julie Snyder qui a dû modifier le mandat de son talk-show pour faire la preuve qu’il était essentiel. Quelques esprits chagrins demanderont si Bonsoir bonsoir ! est un service essentiel…

J.-P.W. : Il y a une partie de moi qui se dit que les services essentiels, ce sont les hôpitaux, les épiceries, les pharmacies… Est-ce que faire un talk-show comme celui-là est un service essentiel ? Dans un moment d’urgence, c’est une bonne question. Mais je me suis rendu compte en faisant La soirée en direct ces dernières semaines qu’on faisait du bien à beaucoup de monde. Les gens nous écrivent pour nous dire que nous sommes essentiels pour leur donner un « break » de l’actualité. J’en suis le premier surpris. Ce n’est pas de la fausse humilité. Bill Maher a annoncé qu’il prenait au moins deux semaines de congé et j’espère que ce ne sera pas plus long que ça. J’en ai besoin. Dans cette nouvelle normalité que l’on apprivoise, même ceux qui font un travail qui peut sembler trivial deviennent essentiels à notre santé mentale.