Elle était difficile à aimer, la frêle Anaïs (Cassandra Latreille) dans les premiers épisodes de Toute la vie à Radio-Canada.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Bête, têtue et détachée de ses sentiments, on aurait voulu l’appuyer dans sa grossesse et s’attacher à elle, mais la connexion émotive avec les téléspectateurs n’opérait pas. Veuillez réessayer plus tard.

Le père d’Anaïs, le bourru Rodge (Emmanuel Bilodeau), vivait à l’époque des Filles de Caleb. Sa mère, Josée (Fanny Mallette), se complaisait dans sa petite misère de caissière de dépanneur et sa grande sœur Anne-Sophie (Jade Charbonneau) ne possédait pas le gène de l’empathie, mettons.

Heureusement, Toute la vie a délaissé Anaïs pour se recentrer sur les autres pensionnaires de l’école Marie-Labrecque, ce qui a grandement ravivé mon intérêt pour cette série. Bon, le parcours d’Edwidge (Naïla Victoria Louidort-Biassou) a été trop long, mais depuis que la scénariste Danielle Trottier nous raconte les vies complexes des adolescentes Den, Jolène et Flora, c’est excellent.

J’adore le personnage de Den Tremblay (épatante Évelyne Laferrière). Sa vulnérabilité, son désir d’être aimée, son environnement familial dur et sa dépendance à la pornographie : voici une jeune femme au grand cœur, qui essaie de s’en sortir avec un coffre à outils dégarni.

PHOTO FOURNIE PAR ICI RADIO-CANADA

Évelyne Laferrière interprète Den Tremblay dans Toute la vie.

Dans les deux derniers épisodes, Den a participé à des scènes pénibles à regarder où elle s’adonnait à des actes sexuels uniquement pour satisfaire son copain, Bruno (Derrick Frenette), employé d’une boutique érotique ayant deux fois son âge.

Quel habile manipulateur, ce Bruno. Il dénigre Den, lui force la main au lit et la filme dans des scénarios sexuels inadéquats pour une mineure. Il abandonne même Den menottée alors qu’elle s’apprête à accoucher sur un divan insalubre.

En même temps, on arrive « presque » à croire que Bruno est un bon gars quand il insiste pour devenir le père de la petite Mia. J’insiste sur le mot « presque », car le cas de Bruno se réglera bientôt et son vrai visage apparaîtra clairement.

Mardi soir, nous verrons pour la deuxième fois les parents trash de Den, interprétés par Pascale Montpetit et Luc Boucher. Difficile d’être plus inadéquats comme mère et père : pas instruits, vulgaires, égoïstes, incapables d’établir des limites, s’ils ont des qualités, il faut gratter fort sous leur absence de vernis pour les découvrir.

C’est même étonnant que Den ne soit pas plus écorchée après avoir été élevée par deux êtres aussi abjects.

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Luc Boucher, Derrick Frenette, Évelyne Laferrière et Pascale Montpetit dans Toute la vie

Il faut aussi se jaser de Jolène (Alison Carrier), l’ado hypersexualisée et très douée à l’école. Elle non plus n’a pas un rapport sain avec la sexualité. Tout le volet de prostitution juvénile impliquant le gardien de nuit (et écrivain) risque de mal finir, c’est évident.

Et il y a le psychoéducateur Christophe L’Allier (Roy Dupuis), dont la présence a également été augmentée dans les dernières semaines. Une bonne décision. C’est un personnage très payant pour Toute la vie.

Sa sœur Julie (Larissa Corriveau), enceinte de jumeaux, nous a entraînés dans l’univers de la toxicomanie et de la détresse psychologique. La scène de tentative de suicide a été encore plus remuante que celle de Marie Lamontagne (Guylaine Tremblay) dans Unité 9.

J’aime que la télé sorte de son confort bourgeois et nous montre des milieux plus difficiles. M’entends-tu ? le fait également très bien à Télé-Québec.

911, ça presse !

Sur papier, l’idée était bonne. Mettre des caméras dans les centrales du 911 à Laval, Sherbrooke et Québec pour témoigner du stress et de l’adrénaline vécus par les répartiteurs.

À l’écran, le résultat est moins convaincant que prévu. Du moins, c’est ce qui se dégage du premier épisode de la docuréalité Première ligne : chaque seconde compte de la chaîne Moi et cie, qui joue les mardis à 22 h.

Un homme qui s’étouffe avec de la nourriture, un autre qui se dit victime d’extorsion sur Tinder (pour 100 $), une patiente d’un hôpital psychiatrique qui craint une injection pour son frère et un enfant qui s’enfonce la tête dans une chaudière en plastique, on s’entend que ce sont des situations super désagréables, qui peuvent engendrer de la panique. C’est compréhensible.

Mais avec un titre comme Première ligne : chaque seconde compte, je m’attendais à voir des situations franchement plus urgentes comme des prises d’otages, des incendies violents ou de graves accidents d’auto.

Maintenant, soyez rassurés. Le bambin a été libéré de son plat de plastique et a même reçu un joli toutou pour avoir géré la situation comme un grand.