(Montréal) En ces Fêtes pandémiques où il fait un peu plus froid dans bien des salons, le spectacle Tout le monde ensemble a emmitouflé les téléspectateurs dans une doudou musicale de 90 minutes, lundi. Compte rendu en cinq temps.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

Chaleureuse courtepointe

PHOTO CLAUDE DUFRESNE, FOURNIE PAR KOSCÈNE

Debbie Lynch-White et Benoît McGinnis

Plus ou moins concurrents à l’accoutumée, Pierre-Yves Lord, Marie-Lyne Joncas, Jean-Philippe Dion et Véronique Cloutier ont lancé les festivités, diffusées sur les quatre grands réseaux québécois en direct de l’espace Yoop, une salle de spectacle virtuelle installée à la Place des Arts. En guise d’introduction : le quatuor solidaire a livré un sympathique récit de nos vies « covidiennes » ponctué de succès musicaux — d’Envoye à maison à Maudit Bordel en passant par Voyage, Voyage — portés par les voix soyeuses de Guylaine Tanguay, Mélissa Bédard et Ludovick Bourgeois. « On veut vous organiser un vrai party du temps des Fêtes », a annoncé Jean-Philippe Dion, alors qu’apparaissait une mosaïque de téléspectateurs-internautes dodelinant devant leur webcam. Un peu plus tard, tous ont été mis à contribution pour « le plus grand karaoké du monde », dixit le comédien Benoît McGinnis, qui officiait le segment interactif au côté de sa collègue Debbie Lynch-White. Martine St-Clair et Boom Desjardins, entre autres, ont pris le micro pour On va s’aimer et Juste pour voir le monde, de circonstance.

Des surprises

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Sylvain Cossette

Pendant le karaoké, Tous les cris les SOS, lancés par l’invitée-surprise Marie Denise Pelletier, ont sans doute trouvé réponse dans bien des chaumières. Autre moment inattendu : Patrick Norman, Sylvain Cossette, Bruno Pelletier, Jeff Smallwood et Roch Voisine, que la pandémie a réunis sous le projet The Silver Foxes, ont fait leur première apparition télé pour entonner I Won't Back Down, de Tom Petty. Lisa LeBlanc, jointe à Moncton, a quant à elle présenté son alter ego disco Belinda et son amour du bingo, « son sport préféré ». Rare moment absurde de la soirée ; les Appendices auraient acquiescé. Mes Aïeux, groupe reconstitué en 2019, a non seulement égrainé un pot-pourri funky de tubes traditionnels, mais aussi présenté une chanson inédite aux forts relents de confinement. Bientôt dans une radio près de chez vous ? Enfin, Richard Séguin, dont la présence avait été tue, a conclu la soirée en invitant les Québécois, « tout près de la ligne d’arrivée », à Rester debout.

D’abord le confort

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Les Trois Accords

Les organisateurs ont préféré les couvertures qui confortent aux découvertes qui confrontent. C’était le but de Québec — qui a commandé et commandité l’évènement produit par KOTV, boîte de Louis Morissette —, et il a été atteint : organiser une fête fédératrice pour « garder le moral ». Un peu de « champ gauche » ou de chants gauches, parmi ces voix rassurantes ? Si peu. Il fallait entre autres se tourner vers Les Trois Accords (efficace Ferme tes yeux, Simon) pour quitter le créneau des interprètes à voix consensuels. L’autrice-compositrice Ariane Moffatt, de son côté, avait préenregistré dans un bistro la touchante Espoir en formule piano-voix, avec trois bougies comme seul éclairage. Vincent Vallières et Émile Bilodeau ont, quant à eux, été filmés alors qu’ils offraient, postés sur un char allégorico-musical, un concert itinérant aux Magogois. La culture autochtone a été (trop ?) brièvement célébrée, le temps de Tshinanu, chanson défendue par le rappeur algonquin Samian et le vétéran innu Florent Vollant.

Ce n’est pas parce qu’on rit…

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Phil Roy

En contraste avec le contexte sanitaire, la soirée, avec ses paillettes et son ton jovialiste, s’est voulue légère, festive, parfois badine. L’humoriste Phil Roy a, par exemple, commenté la maîtrise technologique des familles du public réunies devant leur webcam. « C’est quoi, la première règle ? Un beau cadrage », a-t-il tranché, preuve et contre-preuve à l’appui. Vaut mieux en rire… L’image a finalement renvoyé la caméra de Mathieu Dufour, alias Math Duff. L’humoriste, révélé grâce à sa série Show-rona virus sur Instagram, a bien vite troqué sa webcam contre la scène Yoop, où il a pondu une parodie pandémique sur les affres du travail au son de Watermelon Sugar, de Harry Styles.

Peu pour les jeunes

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Mathieu Dufour, alias Math Duff

Oui, l’homme-orchestre Damien Robitaille a fait chanter des élèves d’une école primaire avec Il me semble, créée en juin pour les Journées de la culture. Oui, le passage de Math Duff a assurément séduit les adolescents. Oui, Les Trois Accords rallient petits et grands. Il reste que les jeunes ont été les grands oubliés de la veillée, presque exclusivement une succession de rengaines que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Impossible d’inviter une grande partie des Québécois à la fête sans incorporer une bonne dose de rap ou de pop dansante dans le bol à punch. Bref, bien peu pour faire chanter et bouger la jeunesse, pourtant elle aussi semi-confinée et grande victime de la crise. Tout le monde ensemble ? Presque…