Le 15 décembre prochain, Alex Francœur et Alex Carlos pourraient passer à l’histoire en devenant les premiers Québécois à remporter le concours télévisé La France a un incroyable talent. Un an après avoir soufflé les téléspectateurs de Révolution, les deux danseurs ont présenté leur numéro sur le coming out, qui a récolté plus de 3,2 millions de vues sur le web, beaucoup de soutien… et d’homophobie.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

En effet, la chorégraphie interprétée sur la chanson Kid d’Eddy de Pretto leur a valu un torrent d’éloges, d’émotions et de haine. « La vidéo a énormément touché le grand public, et comme plusieurs médias LGBTQ+ du monde entier ont publié des articles sur notre numéro, la communauté nous a beaucoup soutenus, dit Alex Francœur. Les gens nous remercient de donner une voix aux personnes de la diversité sexuelle, mais on a aussi reçu beaucoup de commentaires disant qu’on incarne Satan ! L’homophobie est encore très forte en France. »

Derniers candidats en lice aux auditions, les Québécois ont été envoyés directement en finale par l’animatrice Karine Le Marchand. « On ne s’y attendait vraiment pas, affirme Alex Carlos. On venait de recevoir de beaux commentaires des juges et on imaginait simplement passer à la prochaine étape, mais quand on a vu Karine sortir des coulisses pour peser sur le Golden Buzzer, ç’a été comme une claque dans la face ! » Les larmes sont vite montées. « On était tellement à fleur de peau ! », renchérit son collègue et ami.

Les 12 travaux d’Alex et Alex

Il faut savoir que le duo a été confronté à une longue succession d’obstacles pour se rendre jusque-là. En janvier, ils ont reçu une invitation de la production française pour auditionner à la télé. Ils avaient également reçu une offre d’America’s Got Talent pour auditionner en compagnie d’Adriano Leropoli et Samantha Scali, avec qui ils avaient dansé en quarts de finale à Révolution.

Puisqu’il était interdit de participer aux deux émissions, ils ont pris la route des États-Unis, où ils ont passé la première audition avec succès, en mars dernier. « Malheureusement, à cause de la COVID-19, nous n’avons pas pu participer à l’étape suivante à la fin de mai, souligne Alex Carlos. La porte s’est donc ouverte en France. »

Mais seulement à moitié.

Le contrat d’America’s Got Talent nous interdisait de participer à l’émission en France, peu importe où on se rendait dans le processus. Heureusement, on a réussi à défaire le contrat avec des avocats.

Alex Francœur

« Les gens de la production ont été compréhensifs, ajoute-t-il. Ils ne voulaient pas nous bloquer dans notre malchance »

Cela dit, rien ne les assurait de franchir les frontières françaises à la fin d’août, malgré tous les papiers officiels obtenus, afin de prendre part à leur première audition. « Finalement, chaque fois qu’on passait un contrôle, on disait qu’on allait faire un Incroyable talent, et les douaniers devenaient comme des enfants, se souvient Alex Francœur. Ils nous laissaient passer et disaient qu’ils allaient nous regarder. »

Sur place, seulement 48 heures pour la générale, des entrevues, des photos et l’audition sur scène, les deux Alex ont été freinés dans leur élan à la dernière seconde. « On était prêts, réchauffés et excités, lorsqu’ils ont fermé le concours : le juge Éric Antoine avait la COVID-19 », dit Alex Francœur.

Repartir à zéro

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE


Alex Carlos, du duo Alex et Alex

De retour au Québec pour une quatorzaine, le duo a été réinvité en France à la mi-septembre pour recommencer le processus. À la demande de la production française, ils ont présenté leur numéro de coming out. « On trouvait que c’était notre numéro le plus fort d’un point de vue chorégraphique, mais aussi dans ce qu’on essaie de faire à travers la danse, dit Alex Carlos. On ne veut pas juste utiliser notre art pour montrer nos talents, mais aussi pour passer des messages forts. »

Puisque leur stratégie a porté ses fruits, elle n’a pas changé pour la finale. « Dans le dernier numéro, on voulait parler de ce qu’on vivait à l’intérieur présentement, sans parler de la pandémie, précise Alex Carlos. On évoque un monde qui a basculé et comment on fait pour le rebâtir, en posant de petites actions les uns envers les autres. C’est très dramatique, et les gens vont sûrement avoir un pincement au cœur. »

Évidemment, ce troisième voyage en France a été tout aussi rocambolesque. Après leur deuxième quatorzaine, qui s’est terminée le 1er octobre, les danseurs ont fait quelques contrats, avant d’être invités à s’envoler vers Paris à la hâte. Les numéros de la finale, qui devaient être présentés en direct le 15 décembre, ont finalement été tournés au début de novembre.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Alex Francoeur

Ainsi, le 31 octobre, en pleine incertitude sur l’état des frontières françaises, Alex et Alex sont arrivés cinq jours avant l’enregistrement. « On a été placés en isolement à l’hôtel, alors que tout était fermé en France, dit Alex Francœur. On était chacun dans nos chambres. C’était interdit d’aller dans le lobby. On devait commander de la nourriture livrée à notre porte. On ne pouvait pas sortir marcher ni répéter. C’était un grand défi mental ! »

Le 15 décembre, les Français pourront voter en direct pour élire leurs chouchous, mais pas les Québécois. « Ma mère était prête à bâtir un fan-club à la Star Académie, mais quand je lui ai dit que le Québec ne pouvait pas voter, elle était très déçue », raconte Alex Francœur en rigolant.

Même s’il y a 100 000 euros (environ 156 000 dollars canadiens) en jeu, les danseurs ne semblent pas du tout nerveux. « On n’a pas d’attentes, dit Alex Carlos. Contrairement à Révolution, où les juges déterminent les gagnants, on dépend vraiment d’un vote de popularité en France. »