Rock et Belles Oreilles lance ce mardi sur Crave RBO-The Archives, série en 20 épisodes composée d’extraits des émissions du groupe culte qui ont été diffusées sur TQS entre 1986 et 1988. Nous en avons discuté avec l’archéologue en chef du projet, Yves P. Pelletier.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

« Il y avait des sketchs que j’avais oubliés… même certains que moi-même j’avais faits ! »

On a l’impression qu’au fil des rétrospectives et des sorties de DVD, tout le matériel de RBO avait été vu et revu. Ce n’est pas le cas de 40 % de ce qui composait ces émissions, a constaté Yves P. Pelletier, dont le mandat était justement de « remettre au jour » des choses qui n’avaient été montrées qu’une seule fois au moment de leur diffusion initiale.

Il a donc privilégié les éléments qui étaient « tombés dans les craques du plancher » au cours des années et qui n’avaient jamais été rediffusés, comme les génériques d’intro ou de fin « vintage », qui font défiler les noms des gens qui ont participé à ces émissions faites « avec peu de moyens ».

« C’était vraiment un travail d’équipe et c’est intéressant de voir les noms de ces personnes qui ont poussé à la roue pour que ça existe. On voit nos animations en pyjama aussi. On n’avait jamais mis ça nulle part parce que c’était lié à l’animation de l’émission. C’est l’fun de revoir ces éléments dans le montage. »

Yves P. Pelletier a regroupé plusieurs émissions par épisode — dans le premier, par exemple, on retrouve celles diffusées en septembre 1986. C’est dire qu’en plus de faire de la recherche et de tout visionner, il a dû faire un gros travail de montage, souvent même à partir des bandes maîtresses.

« Les bandes originales n’avaient jamais été numérisées, c’est pour ça qu’on a découvert du nouveau stock ! », explique-t-il. Bref, il a fait un « travail de moine », qui l’a tenu occupé pendant une bonne partie de l’automne.

Oh boy, je n’ai pas calculé le nombre d’heures… J’en ai passé des nuits là-dessus !

Yves P. Pelletier

Depuis le début de la pandémie, Yves P. Pelletier a beaucoup ressenti le besoin de rire des gens. C’est ce qui l’a motivé d’abord.

« On est dans une période particulière et je sais que les gens ont besoin de ça. En tout cas, moi, comme téléspectateur, j’ai besoin de tout le monde qui est capable de me faire rire : l’album de François Pérusse, les capsules d’Arnaud Soly, le show Le nouveau stand-up sur Noovo, je veux tout ça. »

Avertissement

Comme il fallait faire des choix et qu’il était impossible de travailler ensemble, c’est lui qui a été mandaté par le groupe pour faire une première sélection, approuvée ensuite par les autres membres. « J’ai essayé de préserver l’esprit de ce qu’était l’émission dans les années 1980, explique-t-il. Même si ce n’était pas le gag le plus drôle, je trouvais amusant qu’il soit décalé. »

Chaque épisode est cependant accompagné de l’avertissement suivant : « Ce programme contient des scènes, des sujets et des parodies qui peuvent offenser certains téléspectateurs. Ils sont tirés d’archives d’émissions diffusées entre 1986 et 1988. Le style d’humour risque de ne pas convenir à tous les auditoires et n’est pas recommandé pour les enfants. »

Pour RBO, il était important de mettre les choses en contexte dès le début et de placer d’emblée les émissions dans un « contexte historique ». Parce que même s’ils ont fait eux-mêmes un tri « à l’instinct » selon leurs sensibilités, l’humour du groupe peut avoir mal traversé les décennies pour qui est mis en contact avec lui pour la première fois.

En 2020, on vit une époque particulière. On voulait juste être pragmatiques. Le but, c’est que les gens qui ont le goût de rire regardent les épisodes et qu’ils aient du fun. Et pour les nouveaux, il y a un avertissement : si tu continues de regarder, c’est parce que tu l’as choisi. Et si tu es susceptible, ne regarde pas ça, ce n’est pas pour toi.

Yves P. Pelletier

Mais la diffusion de ces épisodes n’est pas du tout une déclaration sur l’état de l’humour au Québec et sur ce qu’on peut dire ou ne pas dire aujourd’hui, tient à préciser l’humoriste. Il voit vraiment cet exercice d’archéologie comme le polaroïd d’un type d’humour ancré dans son époque.

« Moi je suis un adepte d’archives. J’écoute Les enfants de la télé, c’est une émission faite pour moi, j’adore les vedettes qui remontent dans leur passé, les archives, les artéfacts. Quand je regarde un vieil épisode de Moi et l’autre, j’ai du fun, mais je sais bien que ç’a été fait pendant les années 1960. »

En 2021, pour les 40 ans du groupe, RBO prépare aussi une émission spéciale d’une heure avec un top 40 de ses meilleures archives télévisuelles. C’est Yves P. Pelletier qui pilotera encore le projet, et en attendant, pour ceux et celles qui ont envie de retrouver madame Brossard, la famille Slomeau, les produits Gammick international, monsieur Caron et les parodies des Dames de cœur, RBO-The Archives tombe à point nommé, à la veille d’un temps des Fêtes confiné.

« Le monde a le goût de rire, et moi, j’ai le goût de faire rire. En ce moment, les gens ne sortent pas, ne vont pas voir de show, et beaucoup se demandent sur les réseaux sociaux quoi regarder comme série. Alors c’est fait dans cette optique : c’est accessible pour ceux qui ont le goût de regarder. »