En cette période de pandémie, certains fans d’Occupation double publient des commentaires particulièrement virulents sur les réseaux sociaux. À tel point que la production a dû engager un garde du corps pour accompagner Éloïse, une des candidates d’OD chez nous, visée par des menaces de mort. Pendant ce temps, ailleurs dans le monde, de nombreuses téléréalités sont frappées par le suicide d’ex-candidats. Coup d’œil sur la dure réalité de l’après-téléréalité.

Stéphanie Vallet Stéphanie Vallet
La Presse

Éloïse a quitté Occupation double de son plein gré, en pleine tempête, au moment où plus de 18 000 spectateurs réclamaient son départ de l’aventure dans une pétition. La jeune femme, qui a enfreint les règles du jeu en consultant des extraits de l’émission sur YouTube pendant son confinement, s’est rapidement vu attribuer l’étiquette de « tricheuse » et de « menteuse » sur les réseaux sociaux.

Lors de son retour à la vie réelle, Éloïse n’a pas cherché à s’exposer aux messages haineux qui lui ont été adressés. « Je ne voulais pas me faire du mal inutilement. La production nous a donné l’heure juste, mais elle avait fait le ménage avant ma sortie dans mes messages sur Instagram », explique la candidate d’OD.

Ce qui n’a pourtant pas empêché la jeune femme de recevoir des menaces de mort. « La production m’a envoyé un agent de sécurité chez moi 24 heures sur 24 qui me suivait quand j’allais à l’épicerie pour être certain que personne n’exagère », confie la candidate.

« La cyberintimidation peut être blessante pour certaines personnes. Il est temps que les gens réalisent qu’il y a des humains derrière ça. Il est temps que les gens soient plus sensibilisés à ça », ajoute Éloïse.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK D’OCCUPATION DOUBLE

Sur les réseaux sociaux, la production de la téléréalité Occupation double a dû demander au public de rester respectueux des candidats après les révélations d’Éloïse, qui a enfreint les règles du jeu.

« La tricherie a fait énormément jaser. On a dû enlever des commentaires sous les publications d’Éloïse et Charles [son amoureux dans la téléréalité] sur les réseaux sociaux », précise Charles Lemay, chef des relations de presse et de la stratégie numérique d’Occupation double. Il remarque cette année un plus grand engagement des spectateurs sur les réseaux sociaux de la téléréalité et il attribue en grande partie cet engouement à la pandémie.

Rien que la semaine de l’entorse au règlement par Éloïse, la page Facebook d’OD chez nous a gagné 17 000 abonnés, pour atteindre 450 000 fans.

Un an après sa sortie d’Occupation double Afrique du Sud, Camille Dufresne reçoit encore des messages haineux. La semaine dernière, elle n’a pu s’empêcher de réagir sur son compte Instagram en lisant les commentaires au sujet d’Éloïse et de Charles.

> Lisez la publication Instagram de Camille Dufresne

« Comment ça se fait que les candidats de OD qui ne font pas l’unanimité reçoivent tant de méchanceté ? Il n’y a pas assez de peine et de haine dans le monde en ce moment ? Faut en rajouter ? Je vous demande avant d’écrire un commentaire méchant c’est seriez-vous à l’aise de croiser cette personne dans la rue et lui dire la même chose mais en FACE ? »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE CAMILLE DUFRESNE

Camille Dufresne

J’ai des amis qui me disent : "Mais Camille, c’est toi qui t’es inscrite. Tu dois t’attendre à recevoir des messages de haine. " Ma réponse à ces gens-là, c’est que je suis allée là pour divertir le Québec, pas pour recevoir des menaces de mort d’inconnus.

Camille Dufresne, ex-candidate d’OD Afrique du Sud

Perçue par le public comme la « méchante d’OD Afrique du Sud », Camille a en effet vécu un difficile retour à la réalité à sa sortie de l’aventure.

« Je recevais des messages comme “Va te pendre”, “Ta mère devait avoir honte”, “Tu as l’air d’un long spaghetti pas de formes”, “T’es laide, t’as des seins qui pendent”. Je me souviens d’être chez moi, d’ouvrir mon téléphone et de voir 200 messages sur Instagram. J’étais curieuse. Et là c’est comme un trou noir. Tu commences à te questionner, à essayer de comprendre si tu as été si horrible. Je me disais : si des inconnus pensent ça de moi, que pense ma famille ? Je me suis mise à brailler, trembler. Mon corps a fait un shut down complet et j’ai eu des pensées noires comment je n’en ai jamais eu de ma vie », confie Camille Dufresne à La Presse.

C’est notamment pour cette raison qu’à leur sortie des maisons d’Occupation double, les candidats sont pris en charge par la production. « Productions J a mis sur pied J’influence, la division influenceurs. Quatre personnes sont là pour les aider à aller chercher des contrats de marketing d’influence, mais aussi à gérer leurs réseaux et à prendre conscience de l’ampleur que ça a d’être une personnalité publique », précise Charles Lemay.

Une psychologue dans l’aventure

Une aide psychologique a toujours été offerte par la production d’Occupation double aux candidats, mais pour la première fois cette année, une psychologue a été mandatée pour également les accompagner avant et pendant la téléréalité.

« Depuis Bali, on s’est rendu compte que les réseaux sociaux avaient pris une grande place. La réception directe des messages du public à leur sortie pouvait être difficile. On soulignait qu’on avait une psychologue payée par la production. Quand on a préparé la nouvelle saison cette année, on s’est dit que ça serait bon que la psychologue les rencontre avant de partir, qu’ils puissent mettre un visage sur cette ressource », explique Charles Lemay, chef des relations de presse et de la stratégie numérique de l’émission.

L’an dernier, Claudie a particulièrement trouvé utile de consulter la psychologue d’Occupation double une fois de retour chez elle avec son amoureux Mathieu, qui a beaucoup fait jaser après avoir tenu des propos très durs envers un des candidats d’OD.

PHOTO FOURNIE PAR OCCUPATION DOUBLE

Claudie Mercier

J’ai vu la psychologue deux fois après OD et ça m’a été d’une grande aide. Je suis une personne anxieuse et en sortant, je trouvais ça difficile, tous les projecteurs qui étaient mis sur Mathieu et moi. À la seconde où on faisait une erreur, on se le faisait mettre en pleine face par 20 000 personnes et pas juste [par] ta mère qui te dit que tu l’as peut-être échappée.

Claudie Mercier, ex-candidate d’OD Afrique du Sud

Dania Ramirez, psychologue à Occupation double, mais aussi à l’Université de Montréal auprès de jeunes adultes, épaule les candidats de la téléréalité tout au long de leur aventure.

« J’ai mené un genre de dépistage, une photo de leur état psychologique. On a juste assez de temps pour savoir quels candidats il fallait surveiller. Il y avait aussi un volet préparation, car on a discuté de leurs inquiétudes, notamment sur l’après », précise Dania Ramirez. Un dépistage qui a également permis aux participants de mettre un visage sur l’aide psychologique à laquelle ils ont eu accès tout au long de l’émission.

« Certains candidats ont utilisé ça pour briser leur solitude dans le contexte particulier de cette année de confinement. L’anxiété était un enjeu qui revenait souvent, avant le tapis rouge, savoir s’ils allaient s’entendre avec les autres candidats », confie Dania Ramirez.

« On avait sous-estimé le nombre de personnes qui feraient appel à mes services ! J’ai eu plusieurs demandes hebdomadaires et j’ai dû faire quelques consultations d’urgence », ajoute la psychologue.

Au nombre des défis auxquels sont confrontés les candidats, on note la difficulté d’être coupé de la réalité, la comparaison au sein du groupe et la déception amoureuse.

Mais c’est sans doute la perspective de revenir dans le monde réel qui reste la plus angoissante pour les participants.

« L’image qu’ils dégagent est au centre de leurs préoccupations. Ils ont des craintes par rapport à la manière dont ils sont perçus par le Québec. Ils se demandent s’ils sont prêts à assumer tout ce qu’ils ont dit. Ils vont faire face à la critique et se demandent comment ils vont vivre ça », rappelle la psychologue. « L’enjeu principal est de les aider à relativiser tout ça, à prendre du recul par rapport aux critiques. Quelqu’un qui a déjà vécu de l’intimidation a déjà des sensibilités et des fragilités. Certains l’ont nommé et ont dit que ça les inquiétait », ajoute-t-elle.

Alors que certains candidats ont déjà l’habitude de gérer les commentaires négatifs sur leurs réseaux sociaux, d’autres sont de parfaits néophytes en la matière. L’impact des messages haineux doit être pris au sérieux. En mai dernier, Hana Kimura, vedette de la téléréalité japonaise Terrace House, diffusée sur Netflix, aurait mis fin à ses jours après avoir été harcelée et intimidée en ligne.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Dania Ramirez, psychologue d’Occupation double

La tolérance quand on se fait intimider dans un contexte privé est bien différente que quand on se fait intimider sur la place publique.

Dania Ramirez, psychologue d’Occupation double

« Cette expérience n’est pas pour tout le monde. Il y a des personnes qui ne devraient pas vivre ça », conclut la psychologue.

Les téléréalités sur la sellette

Deux nouvelles téléréalités verront le jour au Québec au cours des prochains mois : Big Brother Célébrités sur les ondes de Noovo, en janvier, et l’adaptation par TVA de Love Island qui a beaucoup fait jaser au cours des dernières années.

PHOTO FOURNIE PAR LOVE ISLAND UK

La téléréalité Love Island, née en Grande-Bretagne, a fait des petits dans 18 pays et aura bientôt sa version québécoise.

À la suite des suicides d’ex-candidats de Love Island, le tabloïd britannique The Sun a révélé dans une enquête que le problème dépassait de loin le cadre de cette émission, puisque 38 ex-candidats de téléréalités se seraient donné la mort depuis la fin des années 1980.

> Lisez l’enquête du Sun (en anglais)

En entrevue avec le tabloïd britannique, une personne travaillant dans le milieu de la téléréalité a souligné que « les patrons des chaînes et des sociétés de production laissent des personnes avec des troubles alimentaires, des problèmes de santé mentale, d’anxiété ou de dépression participer à ces émissions. Ces candidats cumulent des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux et reçoivent beaucoup de haine. [... ] Pour des personnes ayant des faiblesses psychologiques, c’est une combinaison fatale ».

La mort de trois ex-participants de Love Island a amené la production à mettre en place un suivi personnalisé pour tous les candidats afin de les aider à mieux gérer leurs finances ainsi que leur célébrité sur les réseaux sociaux, une fois la téléréalité terminée. L’animatrice de l’émission Caroline Flack a en effet été retrouvée sans vie en février dernier, tout comme deux candidats, Mike Thalassitis, 26 ans, au printemps 2019 et Sophie Gradon, 32 ans, en 2018 après avoir été victime de cyberintimidation.

Si vous avez besoin de soutien, si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Vous pouvez aussi consulter le site commentparlerdusuicide.com