C’est à se demander pourquoi Historia n’a pas programmé plus tôt Oka, 30 ans après, très bon documentaire de Biz et Samian, réalisé par Charles Gervais et diffusé ce samedi soir à 20 h. Après tous les reportages qu’on a vus pendant l’été, après le documentaire d’Alain Gravel en septembre, celui-ci arrive un peu tard.

Richard Therrien
Le Soleil

Charles Gervais arrive d’ailleurs à la même conclusion que tous les autres : les relations entre Blancs et Autochtones n’ont pratiquement pas évolué. On ne se parle pas beaucoup plus qu’en 1990. De sorte qu’une autre « crise d’Oka » est envisageable. Ça ne prendrait pas grand-chose pour échauffer à nouveau les esprits.

Oka, 30 ans après entame justement le dialogue entre les deux peuples.

Amis depuis La paix des braves en 2002, Biz et Samian reviennent sur la crise de 1990 avec des gens qui l’ont vécue pour en mesurer les effets, trois décennies plus tard. Le souvenir est encore douloureux et la colère, toujours présente.

Quand Samian demande à Brian Deer, guerrier mohawk à la barricade du pont Mercier, s’il porte encore de la colère, celui-ci répond qu’il reprendrait les armes demain matin s’il le fallait.

« Si quelqu’un me dit “allons-y”, je le suis ! […] C’est notre seule façon de nous faire entendre, plaide Deer, que les excuses de Justin Trudeau laissent de glace. Aucune chance que je devienne un Canadien ! », poursuit-il, lui qui refuse même d’avoir un passeport du pays.

Ce qui aurait changé, c’est que les Mohawks n’attendent plus la permission de quiconque pour passer à l’action.

« Avant 90, c’était plus difficile de revendiquer des droits. […] Parce que le Québec et le Canada ne veulent pas d’une autre crise comme celle d’Oka », affirme le secrétaire de la nation Mohawk de Kahnawake, Kenneth Deer.

On sent chez Biz, très sensible aux revendications de protection du territoire et de la langue, un réel désir de fraterniser avec les Premières Nations. « Moi, comme Québécois, ça me parle en maudit », affirme l’artiste. Né de mère algonquine, Samian croit pour sa part qu’« on a beaucoup plus en commun que de différences ».