Le Félix était apporté dans une boîte à la minuscule table ronde du lauréat. Le livreur du trophée portait un masque, une visière et des gants. Les gagnants se levaient de leur chaise, sauf Émile Bilodeau, et remerciaient debout, en ne sachant pas trop où regarder dans la salle.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

C’était bizarre comme formule. Un malaise flottait dans les deux studios de Radio-Canada qui ont accueilli, dimanche soir, le gratin de l’industrie musicale québécoise.

PHOTO ERIC MYRE

L’animateur Louis-José Houde a piloté la cérémonie pour la 15e année de suite.

La façon d’attribuer les prix était plus efficace et conviviale aux Gémeaux. Mais vous savez quoi ? Orchestrer ce 42e gala de l’ADISQ a tellement dû être compliqué en raison des mesures sanitaires strictes que ça ne sert à rien de chercher des poux à cette cérémonie inégale.

Parce que l’animateur Louis-José Houde, qui pilotait la fête pour la 15e année de suite, a encore été brillant. Quinze tours de piste sans se répéter et sans manquer d’inspiration, c’est un exploit digne de mention.

Le monologue d’ouverture de Louis-José Houde, qui arborait une simili coupe Longueuil démolie sur Twitter, a été grinçant comme jamais. « Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit », a raillé le maître de cérémonie, qui a plongé directement dans la vague de dénonciations ayant emporté plusieurs membres du showbiz cet été. Ce sujet, inévitable, a même été planté au cœur de la majorité de ses blagues acides. C’était risqué, mais exécuté avec intelligence.

L’humoriste barbu a enchaîné : « Il n’y aura pas d’hommages aux grands disparus cette année, parce que la plupart sont encore vivants. » Bam ! C’était délicieusement piquant et corrosif.

Par contre, ç’aurait été agréable que le peu de gens au parterre soutiennent plus bruyamment leur capitaine. Louis-José Houde a dû trouver les premières minutes bien looongues.

Cette soirée de 2 h 15 min a débuté avec une courtepointe musicale préenregistrée dans des endroits mythiques de Montréal et Québec (pour la portion de KNLO). Visuellement magnifique, ce numéro manquait toutefois de tonus.

Le retour du piano-bar, inauguré l’an dernier par Ariane Moffatt et Louis-José Houde, a de nouveau été délicieux. Chacune des interventions de l’animateur visait au centre de la cible, dont celle, très rigolote, où il imaginait les carrières de nos vedettes en 2021. Avec Véronique Cloutier, Louis-José Houde demeure une valeur plus que sûre à la barre d’un gala.

Pierre Lapointe et Isabelle Boulay ont rendu un très bel hommage aux légendes de la chanson Monique Leyrac, Pauline Julien et Renée Claude. Bien aimé aussi les prestations de Marie-Pierre Arthur et Louis-Jean Cormier, que Robert Charlebois a rebaptisé Jean-Louis Cormier sans même s’en rendre compte.

PHOTO ERIC MYRE

Alexandra Stréliski

Parmi les remerciements les plus touchants, je note ceux d’Alexandra Stréliski (merci pour la douceur), de Louis-Jean Cormier et d’Elisapie, artiste autochtone de l’année.

À la fin de la soirée, Émile Bilodeau, sacré interprète masculin de l’année (hein ?), est demeuré assis et a lu son texte sur une feuille de papier quadrillé en concluant son discours d’un « Vive le Québec libre ».

C’était bizarre. Comme ce 42e gala. Comme toute cette année à oublier, finalement.

Pendant ce temps…

Sur la chaîne Noovo, de gros dossiers ont été réglés lors d’un épisode hyper chargé d’Occupation double, où la tension se coupait au ciseau, comme la frange d’Élo.

Réglons la saga d’Éloïse dont la tricherie a enragé les téléspectateurs, qui ont milité pour que la production zigouille la patrouilleuse du web. Oui, après une semaine d’intense controverse, Éloïse a été évincée, mais pas par ses camarades de brosse (la Poppers a mis solidement Andréanne K.-O.).

Sentant les Bulles de nuit chaudes, la fouineuse de YouTube a elle-même remis sa démission et son prince leader Charles l’a suivie sur la route de la transparence et de l’honnêteté.

D’une façon ou d’autre autre, la candidate fourbe quittait la montagne Coupée dimanche soir. Les gars avaient déjà glissé sa photo dans l’enveloppe rouge, menés par le lucide Vincent qui n’a pas digéré a) la rivière de boisson sucrée avalée au party et b) que la rousse Éloïse se serve d’infos privilégiées pour influencer le jeu. Aucun candidat d’OD n’a la permission de se brancher au monde extérieur, rappelons-le.

L’attitude déconnectée d’Éloïse, qui s’érigeait en victime alors qu’elle était l’unique responsable de cette débâcle, a même exaspéré le patient et souriant Jay du Temple. Irrité, l’animateur d’OD a répété deux fois qu’il ne se gênera pas pour livrer le fond de sa pensée pendant L’heure de vérité. Ces deux phrases chocs, prononcées avec douceur et fermeté, ont scellé l’élimination d’Éloïse. C’était kaput pour la propriétaire d’un institut de beauté de Carignan.

C’est évident que le retour à la réalité frappera durement la belle Éloïse en plein plexus, comme Kevin après un ODéfi trop cardio. Avec Charles, Éloïse forme un couple conspué sur les réseaux sociaux. Ça risque de brasser pour ces deux-là dans les prochains jours, et pas seulement pour une question de contrôle relationnel.

Dans cette tourmente de mi-saison, l’éviction de Luis Maxime a glissé sous le radar, tout comme le papillonnage de Cintia entre Marjorie et Kevin. Ah ! oui, quelqu’un a-t-il fourni une lingette à Karine parce qu’elle puait et que ce n’est pas pratique quand on joue le rôle d’un « estie de sapin de Noël » à Occupation double ?