Vidée de ses clients, l’auberge Lyndsay n’offre que des sandwiches à emporter. La policière Marie-Louise Cyr (Bianca Gervais) porte un couvre-visage pendant ses interventions. Robin (Jean-François Nadeau) et Noémie (Anick Lemay) s’enduisent les mains de gel désinfectant avant d’entrer dans la nouvelle prison pour jeunes contrevenants de Sainte-Alice-de-Rimouski, le village québécois ayant le plus haut taux de maniaques par tranche de 1000 habitants.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Lundi soir, L’échappée de TVA est devenu le premier téléroman québécois à imbriquer la COVID-19 dans ses intrigues. Mais rien de trop exagéré ni d’inutilement appuyé. On sent que les personnages vivent, comme nous, en pandémie sans que ça ne devienne le point central de l’histoire.

Cette intégration risquée a été assez réussie. Car les séries de fiction servent à nous évader, à oublier notre quotidien confiné, et non à se rappeler l’existence de cette maladie sournoise.

Peu importe, le coronavirus ne tuera certainement pas autant que David Lelièvre (Patrick Hivon) dans les dernières saisons. Six mois après le meurtre – ou bon débarras, discutez – de ce psychopathe masqué, le flic Richard Lespérance (Pierre-Yves Cardinal) vit très mal avec les coups de feu qu’il a tirés sur son ennemi juré. Un incident qui fait toujours l’objet d’une enquête, d’ailleurs.

PHOTO YAN TURCOTTE, FOURNIE PAR TVA

Chantal Fontaine incarne le personnage de Gisèle Bayeur, nouvelle cheffe de police de Sainte-Alice. Une femme forte qui en a vu d’autres aux Crimes majeurs de Montréal.

J’ai bien aimé la nouvelle cheffe de police de Sainte-Alice, Gisèle Bayeur (Chantal Fontaine), une femme forte qui en a vu d’autres aux Crimes majeurs de Montréal. Avec l’arrivée du peu souriant et militaire Thomas Bourgouin (Sylvain Marcel) à la prison qui occupe les lieux de l’ancien centre jeunesse, on sent que le téléroman vedette de TVA ne se métamorphosera pas en émission légère et comique. C’est du lourd et du dramatique. Encore plus que d’habitude.

À commencer par l’histoire de l’adolescent de 13 ans Jules Labonté (Mathieu Drouin), retrouvé ivre et intoxiqué à la cocaïne. Rajoutez à ça le cadavre du petit frère de Julesq, qui a été découvert dans la maison familiale, et vous rencontrez la mère inadéquate Kim Labonté, jouée par Isabelle Blais. Son copain Stéphane (Pierre-Luc Brillant), capitaine d’un crevettier à Matane, paraît plus équilibré et stable.

L’échappée a subi une profonde transformation après le départ du personnage principal, Brigitte Francœur (Julie Perreault), au printemps. Le récit pivote maintenant autour de sa sœur Noémie (Anick Lemay), qui a repris le boulot de travailleuse sociale après le changement de vocation de L’échappée.

Sa nièce Jade (Charlotte Aubin), la brasseuse de kayaks professionnelle, semble s’être recyclée en bénévole de luxe. Heureusement, la validité du testament d’Armand Lyndsay (Guy Thauvette) n’a pas été étirée et Jade hérite donc de l’auberge – mais qu’en est-il de la Pointe-à-Francœur, hein ? Ah oui, un nouveau résidant de Sainte-Alice, joué par Steve Gagnon, tombera bientôt dans l’œil de notre Jade, beaucoup moins geignarde que d’habitude.

Plusieurs décors de L’échappée ont changé, le Carré de sable a été démantelé, le kiosque a été fermé et la sacoche verte de Brigitte a été brûlée, on imagine. Changement aussi aux textes, maintenant rédigés en solo par Mylène Chollet (Le jeu, Fugueuse 2), qui coécrivait depuis deux ans avec Michelle Allen.

Et le cas complexe du jeune Manu (Sam-Éloi Girard) n’augure rien de bon pour la santé mentale et la sobriété de notre Robin.

Vous étiez nombreux à attendre le retour de L’échappée lundi soir, 872 000 pour être précis. L’échappée a ainsi battu Une autre histoire (692 000) à Radio-Canada. À 21 h, Fragile (661 000) demeure devant À tour de rôles (439 000). District 31 (1 580 000), Le TVA Nouvelles de 18 h (1 033 000), Le tricheur (1 027 000) et Discussions avec mes parents (1 006 000) ont tous fracassé la barre du million.

Montées de lait familiales

En visionnant le premier épisode de Bijoux de famille à TVA dimanche soir, ça m’a frappé. Ce concept évoque les capsules « montée de lait » du magazine Format familial de Télé-Québec, mais en version d’une heure et avec trois invités.

Le manque de sommeil, l’omniprésence des jeux vidéo, la discipline des enfants ou les gens qui distillent trop de conseils non sollicités, voilà des sujets qui s’abordent autant en témoignages rigolos et percutants (Format familial) qu’en monologues humoristiques (Bijoux de famille).

La nouveauté de TVA privilégie l’approche du « stand-up » et le résultat a été plutôt heureux, pourvu que ce type de production vous branche. Car il en pleut présentement des émissions à blagues : Le prochain stand-up, Ce soir on char, Comédie sur mesure, toutes les captations de galas, alouette.

Le segment d’ouverture de Charles Lafortune, sur l’autisme de son fils Mathis, a été livré avec aplomb et intelligence. J’adore l’humour de Marie-Soleil Dion et elle n’a pas déçu en parlant de nos relations parfois étranges avec les animaux domestiques. Stéphane Bellavance a décortiqué l’obsession de ses deux fils pour Fortnite, tandis que Sam Breton, un habitué des festivals, a déclenché plusieurs rires avec ses observations sur les gamins mal élevés.

Vraiment, ça roule, c’est fluide, même pour ceux dont ce n’est pas le métier de faire de la scène. Les discussions qui découlent des numéros ne s’enlisent pas. Les invités rebondissent sur les propos des autres, un peu comme à La tour de Patrick Huard.

Le décor de Bijoux de famille est très joli. Il s’agit de la terrasse extérieure du bar Saint-Sulpice, dans le Quartier latin. Personnellement, j’aurais pris cinq minutes de plus des « petites perles » de la fin. Une suggestion, comme ça.