L’émission de La voix de dimanche dernier, majoritairement anglophone, a très mal passé chez les téléspectateurs de TVA. Comme une fausse note coincée dans le fond de la gorge, que même un raclement de fumeur n’arrive pas à déloger.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Les producteurs du populaire télé-crochet ont pris des notes (justes, celles-là) et ont raccordé leurs instruments. Résultat ? Seulement quatre concurrents sur 12 ont poussé la note en anglais dimanche soir, exactement l’inverse de la semaine passée, ce qui ramène l’équilibre des quarts de finale à 12 prestations en français, contre 12 en anglais.

Honnêtement, ç’aurait été incongru et inapproprié que l’anglais éclipse le français dans une émission où les quatre coachs ont décroché leurs plus beaux succès dans la langue de Molière. De plus, l’épisode de dimanche a démarré avec un numéro qui célébrait le talent des auteurs-compositeurs-interprètes d’ici (Vincent Vallières, Daniel Boucher, Luc De Larochellière, France D’Amour et Fanny Bloom).

En fin de parcours, l’animateur Charles Lafortune a également assuré que la demi-finale se déroulera 100 % en français, s’il vous plaît. Encourager la musique d’ici en ces temps difficiles me semble juste être logique. Mais bon. Il y a des évidences qui se perdent, faut croire.

L’analyse du match, maintenant. Suzie Villeneuve, 37 ans, de Mascouche, la sœur jumelle d’Annie de Star Académie 2003, a été la meilleure — et de loin — avec sa reprise quasi parfaite d’À ma manière, une pièce écrite par Diane Juster pour Ginette Reno. Ému aux larmes, Garou lui a accordé 35 points et le public 57, pour un total de 92, le plus haut score de la soirée.

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DU SITE DE TVA

Suzie Villeneuve a interprété À ma manière, une pièce écrite par Diane Juster pour Ginette Reno.

Les deux adversaires de Suzie, Gabriel Forest et Karolane Brisson, n’ont pas fait le poids. Gabriel, 23 ans, a beuglé sur Hold Me While You Wait de Lewis Capaldi, tandis que Karolane, 23 ans, a mâchouillé les paroles de La foule d’Édith Piaf, un classique devenu presque inaudible. Aïe.

Cette huitième et ultime cuvée de La voix n’est pas la plus relevée ou la plus surprenante, il faut être honnête. Deux des quatre gagnants de dimanche travaillent déjà comme professionnels. Clément Jacques, vainqueur pour la formation Cœur de pirate, roule sa bosse depuis longtemps. À La voix, l’auteur-compositeur-interprète de 35 ans a revisité On ne change pas de Céline Dion à la sauce country.

Le résultat a été plutôt ordinaire, mais sa coach a adoré, les gens à la maison aussi et Clément Jacques a été catapulté à la ronde suivante. Tom-Éliot Girard, 20 ans, a été bon sur J’arrive, une chanson de Ben Mazué peu connue ici. Marie-Luce Béland, 34 ans, s’est bien débrouillée avec Y’a les mots de Francine Raymond. Mais ce ne fut suffisant pour aucun des deux.

Malaise dans le camp de Marc Dupré, qui a classé Michaela Cahill dernière au classement, ce que la mère de la candidate n’a pas du tout apprécié. Puis, coup de théâtre, le vote populaire a renversé le pointage de Marc Dupré, et c’est Michaela Cahill, 26 ans, de Fort-Coulonge, qui a triomphé grâce à You And I de Lady Gaga. Elle en tremblait sur la scène.

C’est super difficile de comprendre pourquoi Marc Dupré a placé le chansonnier Francis Degrandpré, 28 ans, très moyen sur Amazed de Lonestar, au-dessus de Michaela Cahill. Marc Dupré aurait-il fait une juge brésilienne de lui-même en se trompant dans ses cartons comme aux Jeux olympiques de Barcelone ?

Cela dit, la jeune Katrine Sansregret, 16 ans, a été juste et solide sur S’il suffisait d’aimer de Céline Dion. C’est épatant pour une chanteuse qui débute (mais qui a du beat, pour paraphraser François Pérusse).

Le radar de Pierre Lapointe a aussi fait défaut dimanche soir. Le coach voyait Alex Burger, 29 ans, en demi-finale. Le public a dit non, c’est Flora Stein, 25 ans, qui y accédera. William Fontaine-Jalbert, 22 ans, a pris une bouchée trop grosse pour lui avec Karma Police de Radiohead. À oublier.

Encore plus méritoire pour Flora Stein : elle a gagné avec une pièce inconnue des téléspectateurs, soit L’antidote de la chanteuse française Ehla, sœur de Clara Luciani, que Pierre Lapointe affectionne particulièrement. Il l’a imposée deux fois à ses joueurs au printemps.

Comme La semaine des 4 Julie, Tout le monde en parle et En direct de l’univers, La voix a évincé son public pour se conformer aux mesures sanitaires plus strictes. Ça ne doit pas être évident de chanter dans un studio vide, sans applaudissements ni encouragements de la foule.

Dans nos salons, avec les écrans géants et les plans de caméra plus serrés, ça ne se voyait pas autant que je l’aurais imaginé. Les mises en scène ont été plus dépouillées et ont demandé moins d’accessoires. Il faut apprendre à refaire de la télé en temps de pandémie.

Et c’est plus que correct. C’est de la débrouillardise ingénieuse. Je regardais le segment du début avec les 12 compétiteurs, les cinq artistes invités, les musiciens du band et je trouvais la production très habile d’avoir placé tous ces artistes à deux mètres de distance, dans le même studio, sans que ça ne paraisse trop. Bravo. Il n’y a pas de pot, juste des fleurs.