Sorte de Génies en herbe 2.0, l’émission 100 Génies, animée par le dynamique Pierre-Yves Lord, sera de retour sur les ondes de Radio-Canada jeudi pour sa deuxième saison. Avec une trentaine de participants en studio plutôt que 100, distanciation oblige, mais avec la même énergie et le même désir de mettre en valeur les connaissances des jeunes.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

« Au début du confinement, quand j’ai vu que tous les châteaux de cartes s’effondraient, je me suis tout de suite dit : ah non, mes génies !, raconte Pierre-Yves Lord. Parce que s’il y a quelque chose qui est anti-distanciation sociale, c’est bien 100 ados dans un studio de télé. »

Pierre-Yves Lord a vite été rassuré puisque, « dès le jour 2 », raconte la productrice Karine Proulx, de Groupe Fair-Play, des scénarios ont commencé à être élaborés.

Le premier jour, on s’est dit : tabarouette, ça ne se peut pas qu’on ne puisse pas faire ce show-là. Le lendemain, on s’est mis à travailler sur des plans A, B, C, D, E, F, pour adapter le projet et ne pas l’échapper.

Karine Proulx, productrice

Dès que « la lueur au bout du tunnel » pour une entrée en studio est apparue, la production s’est relevée les manches pour créer une « bonne » version de l’émission, conforme en tous points aux normes sanitaires, mais avec « peu de compromis » quant au concept.

Les tests de connaissances et la sélection des jeunes concurrents ont été faits au début de l’été par visioconférence. « Après le télétravail, les téléauditions ! », dit le président de Fair-Play, Michel St-Cyr. Mais l’idée de faire l’émission à distance a été vite rejetée. « Les artisans, le public, les diffuseurs, tout le monde voulaient un retour à une sorte de normalité pour l’automne. »

Énergie

L’émission a été enregistrée comme prévu au mois d’août, neuf jours de tournage répartis sur deux semaines. Mais avec seulement une trentaine de jeunes plutôt que les 100 participants habituels, question de respecter les règles de distanciation.

Habitué à l’ambiance électrique de la première saison – il y avait en plus un public d’une cinquantaine de personnes –, Pierre-Yves Lord l’avoue : il était inquiet de ne pas retrouver en studio l’énergie qui l’avait soufflé.

« Je m’étais nourri de ça », confie l’animateur.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

L’animateur de 100 Génies, Pierre-Yves Lord

Cette année, il y a peut-être moins de monde, mais ils sont là. On a des gens en studio et c’est une victoire en soi. Et j’ai quand même des applaudissements sur lesquels surfer, des rires, des réactions, ils sont enjoués, il y a une tension, des célébrations. Je suis privilégié de pouvoir vivre ça par rapport à mes collègues qui font d’autres émissions cet automne.

Pierre-Yves Lord, animateur

Pour cela, Pierre-Yves Lord remercie « le ciel et Radio-Canada » : il aurait été facile pour la télé publique de « tirer la plogue » sur l’émission dans le contexte des mesures sanitaires, croit-il.

« Trente jeunes qui passent la journée complète avec nous, on doit les nourrir, ils ont besoin de bouger pendant les pauses, ça prend une coordination de désinfection, de prise de température, de circulation, une façon de les installer, des plexiglas entre les témoins… », énumère-t-il.

« Mais on a réussi ! »

Un duel avec la pandémie

« D’habitude, quand on tourne ce show, c’est le contenu en priorité, explique la productrice Karine Proulx. Là, c’était la COVID-19 à égalité avec le contenu. On a été très stricts, on avait la responsabilité des ados, mais en même temps, c’est encore l’émission 100 Génies. Je dirais même qu’elle est bonifiée. »

Si l’équipe technique, sous la houlette du réalisateur Mathieu Gadbois, y a mis du cœur et de la minutie, c’est parce qu’elle a de « l’affection » pour les jeunes et pour l’émission, croit Pierre-Yves Lord. « Les caméramans, je voyais leurs sourires derrière leurs masques. On ne fait pas ce show pour rien. »

PHOTO LUDOVIC ROLLAND-MARCOTTE, FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Pour la trentaine de jeunes participants, le tournage de 100 Génies a été une occasion de sortir de chez eux.

Quand elle regarde le résultat, Karine Proulx ne ressent que de la fierté, surtout que l’ampleur du défi était immense.

« Ç’a a été un duel avec la pandémie, dit-elle. Avec Michel, on s’est tellement battus pour le faire. Souvent, on s’est demandé si on allait réussir. Le jour où on est rentrés à Radio-Canada pour tourner, je n’en revenais pas. Et là, quand je regarde les montages, le poil me dresse sur les bras. Je suis heureuse… autant que les jeunes qui ont joué, sinon plus ! »

Ces derniers, bien encadrés, n’ont pas eu de difficulté à respecter les règles sanitaires, dit la productrice. « Ils étaient contents de suivre les règles parce qu’ils étaient contents de sortir de chez eux. Et les parents nous ont fait confiance. »

« C’était l’ultime récompense pour les ados », dit Pierre-Yves Lord, qui est certainement le premier fan de « ses » génies.

Pierre-Yves est bon avec les jeunes, il a autant de fun qu’eux pendant les tournages, il interagit avec eux pendant les pauses. Il est vraiment dans son élément.

Michel St-Cyr, président de Groupe Fair-Play

« Ça m’impressionne que des jeunes, qui sont nés dans les moments les plus sombres de mon adolescence, en sachent plus que moi sur les peintres classiques, l’exploration spatiale, le corps humain, les parties de l’oreille… », explique Pierre-Yves Lord.

Fasciné par leur mémoire, leur intelligence et leur curiosité, l’animateur ne manque jamais de souligner les bons coups des participants en ondes.

« J’aime mettre la lumière sur ces jeunes, qui ne sont peut-être pas les plus populaires de leur école, et me concentrer sur ce qu’ils ont entre les deux oreilles. C’est une tape dans le dos à un âge où on se pose beaucoup de questions, où on peut se sentir étrange de triper sur des choses étranges. Mais je leur dis souvent : tu n’es pas étrange parce que tu t’intéresses à beaucoup de choses. Ce sont les gens qui ne s’intéressent à rien qui le sont. »