La porte arrière est-elle verrouillée ? Oui, je pense. Je devrais revérifier une troisième fois pour m’en assurer. Bon, OK. C’est bon.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

La porte avant est-elle elle aussi bien verrouillée ? Absolument. À triple tour, même. Et les fenêtres, un individu louche pourrait-il s’y glisser ? Non, impossible. Mais fermons-les par précaution, juste pour mieux dormir.

Visionner l’excellente minisérie I’ll Be Gone in the Dark de HBO/Crave provoque ce type de paranoïa incontrôlable, sournoise, insidieuse. Parce que le Golden State Killer, dont il est question dans ces six captivants épisodes d’une heure, opérait de cette façon, dans les années 70 et 80, pour agresser et tuer de jeunes Californiennes.

Cet homme encagoulé repérait les maisons aux portes-fenêtres à demi ouvertes. Une fois la nuit tombée, il entrait par effraction, ligotait ses victimes, se décapsulait une bière, les violait une première fois, retournait à la cuisine pour une collation, dérobait des objets, puis s’enfuyait sans que personne ne l’attrape.

« Tu te tairas à jamais et moi, je disparaîtrai dans la nuit », répétait le Golden State Killer à ses proies, en appuyant une lame de couteau sur leur gorge.

Entre 1974 et 1986, ce maniaque a violé 50 femmes, tué 13 personnes et commis plus de 120 vols, entre Sacramento et Santa Barbara, sur la côte ouest américaine. Il a toujours filé entre les doigts des détectives jusqu’à tout récemment. Mais ne divulgâchons rien, d’accord ?

PHOTO FOURNIE PAR HBO

L’auteure et blogueuse américaine Michelle McNamara a passé de nombreuses années à traquer
le Golden State Killer.

À partir de 2004, l’auteure et blogueuse américaine Michelle McNamara, 46 ans, femme du comédien Patton Oswalt (The King of Queens, Parks and Recreation) et maman d’une petite Alice, a passé de nombreuses années à traquer ce psychopathe, ensevelie sous des piles de rapports de police et aspirée dans des vortex de recherches sur Google qui l’empêchaient de dormir la nuit.

I’ll Be Gone in the Dark, c’est non seulement une enquête minutieuse de cette brillante écrivaine, mais aussi le récit, en parallèle, de sa propre descente aux enfers dans sa volonté indestructible d’attraper le tueur en série.

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C’est ce qui différencie I’ll Be Gone in the Dark d’un Making a Murderer, par exemple. Les obsessions compulsives de l’auteure Michelle McNamara se mêlent à celles du Golden State Killer. Plus la série avance, plus les méthodes du meurtrier gagnent en violence et plus Michelle McNamara s’enfonce dans une spirale malsaine, hantée par son propre passé compliqué.

Michelle McNamara fait une fixation sur l’assassin. Son état mental se fragilise et elle s’automédicamente à l’insu de son entourage. Sa croisade devient toxique.

Cette façon de raconter les deux histoires en croisé par la réalisatrice Liz Garbus (What Happened, Miss Simone ?) est aussi efficace que troublante. Il s’agit de l’une des meilleures productions de « true crime » de 2020. Et je parle à titre d’obsédé (et de semi-expert) de ce genre hyper populaire.

Aux États-Unis, l’affaire du Golden State Killer et de Michelle McNamara a été abondamment couverte par les tabloïds. Je ne dévoilerai rien d’autre ici, par respect pour les téléspectateurs qui entameront cette docusérie vierges de toute information à ce sujet. À la fin du quatrième épisode, oh mon Dieu, vous comprendrez l’ampleur de la tragédie. C’est épouvantable.

I’ll Be Gone in the Dark, que Super Écran relaiera à la fin de l’été, en version française, ne carbure pas aux rebondissements inattendus. Les témoignages émouvants de survivantes, les nombreuses photos ou vidéos d’époque, la qualité des entrevues et le crescendo dans la chasse au tortionnaire nous empêchent de détourner le regard.

Il n’y a actuellement que deux épisodes sur Crave et un nouveau s’ajoute tous les dimanches soir. J’ai eu la chance de tout voir et je pourrais vous en parler pendant des heures tellement c’est poignant.

Au détriment de sa santé, Michelle McNamara a abattu un boulot colossal dans ce récit super glauque, dont la noirceur a fini par la rattraper. Le livre qu’elle a publié en 2018, qui a donné son nom à la docusérie, a longtemps trôné au sommet du palmarès littéraire du New York Times. Et c’est la romancière Gillian Flynn, auteure de Gone Girl et Sharp Objects, qui en signe la préface.

Mais Michelle McNamara n’a pas travaillé seule. Les épisodes montrent également les recherches exhaustives qu’ont effectuées des « détectives citoyens » dans le pistage du Golden State Killer. Cette fascination collective a eu beaucoup de bon et de mauvais.

Dans un des premiers épisodes, on entend même la voix du Golden State Killer, qui laisse un message menaçant sur le répondeur d’une femme qu’il avait récemment violée : « Je vais te tuer, je vais te tuer crisse de bitch. »

C’est à ce moment que je suis retourné vérifier les serrures de mes portes, en avant comme en arrière. On n’est jamais trop prudent.