L’émission Tout le monde en parle a annoncé mardi qu’un invité s’est présenté sur son plateau sans savoir qu’il était infecté par la COVID-19, dimanche dernier. Cet incident, sans conséquence connue pour l’instant, amène les autorités à suivre de plus près les émissions qui poursuivent leur diffusion en direct pendant la pandémie.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Comme bien des travailleurs de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, le Dr David Lussier a subi un test de dépistage de routine de la COVID-19, samedi dernier, sans ressentir de symptôme. Le lendemain, il était sur le plateau de Tout le monde en parle à Radio-Canada, qui est diffusée en direct en raison de la pandémie. Il dit avoir passé moins d’une heure dans l’édifice du diffuseur public.

« Ce plateau est très bien sécurisé. J’ai été très impressionné ! », a fait remarquer à La Presse le médecin gériatre, qui a finalement appris lundi qu’il était porteur du virus.

Je ne crois pas du tout que j’ai pu contaminer quelqu’un à Radio-Canada 

Le Dr David Lussier, l’un des invités de Tout le monde en parle dimanche dernier

Lorsque la Direction régionale de santé publique de Montréal a su qu’il avait contracté la COVID-19, son médecin-conseil, le Dr Gilles Lambert, a enquêté immédiatement pour identifier tous les gens qui ont été en contact étroit avec David Lussier. Il a notamment parlé avec le producteur de la grande-messe télévisuelle du dimanche, Guillaume Lespérance, pour évaluer si les personnes présentes à l’enregistrement couraient un risque d’avoir été contaminées.

« Le Dr Lambert m’a dit que nous avions agi dans les règles de l’art et que personne n’avait besoin de se faire tester », précise avec soulagement Guillaume Lespérance, qui est aussi le producteur délégué de Bonsoir bonsoir !, autre talk-show diffusé en direct à Radio-Canada.

Depuis le début de la pandémie, tout un protocole a été mis en place pour s’assurer de la sécurité de toutes les équipes en studio ainsi que des invités. Il n’y a plus de coiffeur ni de maquilleur, la place occupée par un invité est nettoyée après chaque entrevue et tout est désinfecté régulièrement.

« Nous avons même créé un plexiglas à la forme d’un corps humain nous permettant de séparer l’invité du perchiste lors de la pose du micro », a précisé par courriel Marc Pichette, porte-parole de Radio-Canada.

Quatre techniciens présents sur le plateau dimanche dernier ont parlé avec leur association, l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS). Ils ont tous affirmé qu’ils se « sentaient à l’aise de continuer » et qu’ils « jugeaient les mesures satisfaisantes », a dit le directeur général de l’AQTIS, Gilles Charland.

« Nous suivons de très près les émissions qui continuent de tourner en direct », ajoute-t-il.

Le producteur de Bonsoir bonsoir ! et de Tout le monde en parle peut comprendre que des gens froncent les sourcils en voyant que ses productions continuent de tenir l’antenne en direct. Mais, à ses yeux, il est du devoir des deux équipes de « ne pas couper le lien avec le public » et d’être là pour l’« accompagner » et « lui parler », particulièrement les auditeurs seuls, pendant cette période trouble.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Guillaume Lespérance, producteur de Tout le monde en parle

De plus, puisque la situation va se poursuivre pendant plusieurs mois, il faut trouver des solutions pour continuer de faire notre travail. On doit apprendre collectivement à vivre avec ça.

Guillaume Lespérance, producteur de Tout le monde en parle et de Bonsoir bonsoir !

Si Guy A. Lepage, Dany Turcotte ou Jean-Philippe Wauthier sont infectés par la COVID-19, des « plans de match » ont déjà été élaborés avec le diffuseur public. Des animateurs qui les remplaceraient ? La fin de la diffusion de l’émission ? Guillaume Lespérance préfère ne pas répondre à ces questions.

Tournages de fiction

Depuis le début de la pandémie, des associations du milieu du cinéma et de la télévision affirment que les plateaux de tournage constituent un risque potentiel d’infection. Un exemple flagrant est le plateau de 6 degrés de l’auteur Simon Boulerice, qui a continué de tourner jusqu’au 16 mars dernier.

Dix-neuf techniciens, dont un qui a été admis aux soins intensifs pendant quelques jours, ont ensuite reçu un diagnostic positif à la COVID-19. À ce nombre, il faut ajouter des membres de leur famille qui ont aussi été infectés à cause d’eux.

Parmi ceux qui ont été infectés, Philippe St-Laurent Lévesque, chef machiniste sur 6 degrés, croit qu’il est beaucoup plus facile de respecter la règle de distanciation de deux mètres entre chaque personne dans un studio de télévision que sur un plateau de tournage de séries ou de film.

« On commence de plus en plus à se poser des questions sur la reprise des tournages, mais l’exemple de 6 degrés montre qu’il faut faire extrêmement attention parce que ça peut dégénérer vite quand il y a une personne infectée », dit Philippe St-Laurent Lévesque. Il conclut : « À moins qu’on se mette des costumes lunaires, je ne vois pas trop comment on pourrait faire ça. »