Pourquoi personne – sauf quelques lecteurs allumés – ne m’avait alerté sur la brillance de la série suédoise Kalifat ? C’est bon, bon, bon comme une grosse poutine extra boulettes servie au café (ou au kaffeställe ?) d’un magasin IKEA.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

En fait, Kalifat est bien meilleur que ça. C’est un captivant thriller qui voyage entre Stockholm et la Syrie, où ont fui de jeunes Suédois radicalisés. C’est l’histoire de trois femmes, fortes ou vulnérables, toutes aspirées dans ce récit terrifiant, bourré de suspense, qui nous plonge au cœur du groupe armé État islamique (EI), dans les rues poussiéreuses de Raqqa.

Les huit épisodes d’une heure se visionnent en français ou en anglais sur Netflix, qui affiche aussi cette série scandinave sous le titre de Caliphate.

IMAGE FOURNIE PAR NETFLIX

Scène de la série Kalifat, diffusée par Netflix

Maintenant, il ne faut donc pas s’attendre à explorer le Stockholm cool des familles de bobos qui roulent en Volvo et qui ne rêvent qu’à leur prochaine fika, le terme nordique désignant la pause-café, évidement érigée en art de vivre là-bas.

Dans Kalifat, les personnages principaux ne s’appellent pas Lars Gustafsson ou Astrid Lundgren, mais bien Ibrahim, Husam, Lisha ou Omar.

Kalifat suit le destin croisé de trois Suédoises issues de l’immigration. Il y a Fatima, une agente de la police nationale de Suède peu sympathique, mais tenace. Il y a Pervin, la jeune épouse d’un combattant de l’EI qui habite le califat. Et il y a Sulle, une lycéenne musulmane peu pratiquante de Stockholm sur laquelle se referme le piège de l’endoctrinement. Mini-divulgâcheur ici : pauvre fille.

Les deux premiers épisodes de Kalifat sont moins forts. À partir du troisième, c’est impossible de s’extraire de cette série policière aux accents de Homeland. Toutes les fois que vous pensez deviner la suite des choses, Kalifat vous surprend dans le détour. Il y a des revirements jusqu’à la toute fin, qui m’a sidéré. J’ai tellement sacré, maudit califat du cali… (bip).

L’enquête sur la préparation d’attentats terroristes sur le sol suédois est haletante. Le volet sur la radicalisation des adolescents démontre à quel point ce processus est sournois et un cauchemar total pour les parents.

Le personnage de la rabatteuse, au service des islamistes radicaux, m’a écœuré au plus haut point. Quelle femme horrible, qui envoie ses consœurs mineures à l’abattoir ni plus ni moins. C’est révoltant.

La télésérie Kalifat a été fabriquée par la même équipe que celle de The Bridge. Déjà forts en polars, les Suédois nous prouvent qu’ils fabriquent encore de la télé de qualité, qui ne nécessite aucun manuel d’instructions impossible à déchiffrer.

Pas de quarantaine pour Guy A.

Le Dr David Lussier souffrait de la COVID-19 quand il a visité le plateau de Tout le monde en parle dimanche soir.

Il ne le savait pas, bien sûr. Il ne présentait aucun symptôme lors de son passage dans les studios de Radio-Canada.

Comme ses collègues au front, le gériatre avait subi un test de dépistage de routine samedi et le verdict lui a été communiqué lundi après-midi. Entre les deux, le Dr Lussier a communié à la grand-messe de la télévision québécoise. Mais il n’avait pas indiqué à la production qu’il attendait des résultats.

C’est une situation délicate, je trouve. Et elle risque de se produire dans les prochaines semaines, alors que le gouvernement amorcera (doucement) le déconfinement de la population.

Aurait-il fallu que David Lussier refuse l’invitation de Tout le monde en parle le temps de connaître son statut ? Probablement, oui. Ç’aurait été plus prudent et responsable. Quitte à reporter le passage du médecin à la semaine suivante ou à l’interviewer par Skype.

Même s’ils ont croisé un patient infecté, Guy A. Lepage, Dany Turcotte et leur équipe n’auront pas à s’isoler pendant 14 jours, loin des caméras, affirme le producteur de Tout le monde en parle, Guillaume Lespérance.

Selon lui, l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal a permis à l’émission de poursuivre ses activités, car les protocoles de distanciation et de désinfection y ont été rigoureusement appliqués.

« Même les stylos qui servent à signer les contrats ne sont utilisés qu’une seule fois », assure Guillaume Lespérance.

Les interactions de David Lussier dans la grande tour ont été retracées pour s’assurer du respect de toutes les consignes sanitaires. « On travaille toujours comme si chacun des invités avait la maladie », ajoute Guillaume Lespérance, qui applique les mêmes règles à Bonsoir bonsoir !, dont il supervise aussi la production.

Il y aura une autre édition de Tout le monde en parle dimanche, toujours en direct. Mais faudra-t-il bientôt choisir entre la santé et la télé ? C’est un pensez-y-bien.