Beaucoup, beaucoup d’argent a été inoculé dans la minisérie d’espionnage Mirage, mais visiblement, ce fric n’a pas été investi dans le scénario, truffé d’invraisemblances et d’incohérences.

Hugo Dumas
Hugo Dumas La Presse

C’est super décevant, comme un vrai mirage dans le désert. Une illusion stylisée qui s’effondre après quelques minutes de visionnement.

On nous promettait une œuvre de calibre international à la Homeland, tournée à Abou Dabi, aux Émirats arabes unis. On se retrouve devant un soap de luxe aux intrigues décousues et confuses. 

Même le talent de Marie-Josée Croze, qui tient le rôle principal de cette coproduction internationale, n’empêche pas le sable de s’infiltrer à la pelletée dans les engrenages. C’est gros, exagéré et parfois sans queue ni tête.

PHOTO FOURNIE PAR CRAVE

Clive Standen et Marie-Josée Croze dans Mirage

Le service Crave de Bell Média offrira les six épisodes de Mirage dimanche matin, et Super Écran en amorcera la diffusion traditionnelle le 8 mars à 20 h. Mais ne vous attendez pas à un thriller aussi prenant que The Night Manager, Le bureau des légendes ou Bodyguard.

Réalisée par Louis Choquette, la série Mirage raconte l’histoire improbable de la Parisienne Claire (Marie-Josée Croze), ingénieure en informatique et experte en cybersécurité qui amorce sa nouvelle vie au Moyen-Orient. Voyez-vous, la blonde Claire a vécu deux immenses drames, il y a 15 ans.

Le premier ? Son amoureux Gabriel (Clive Standen), dont elle portait l’enfant, a péri dans un tsunami en Thaïlande. Le deuxième ? Un mois après la mort de son conjoint, Claire a déclenché un Tchernobyl dans une centrale nucléaire du Kazakhstan. Rien que ça. Une petite journée à l’usine, quoi.

Malgré cette immense tache sur son CV, Claire a déniché un boulot payant dans une prestigieuse firme d’Abou Dabi, où le service des ressources humaines ne sait manifestement pas comment « googler » un futur employé.

C’est ici que Mirage emprunte d’énormes raccourcis à la Fugueuse. Dans un bar branché, Claire croise, nouez bien vos foulards, le beau Gabriel, son ancien copain supposément mort dans le tsunami. Mais, zut, il disparaît. Et Claire, qui affectionne le combo chemise de lin et pantalon safari, le traque dans tout l’émirat en montrant sa photo à la volée.

La chasse dure une vingtaine de minutes et c’est pesant, comme le soleil qui éclabousse les magnifiques gratte-ciel de verre. Quand Claire retrouve finalement Gabriel (qui s’appelle maintenant Philip), la seule chose qu’il lui dit, après 15 ans d’absence et une résurrection miraculeuse, c’est : « Respire un bon coup et va à ta voiture. » Quoi ?

Sous le choc, Claire ne pose pas les questions de base. Du genre : t’étais où, mon gros (juron effacé) ? Tu le sais que tu as un fils de 15 ans ? Qui es-tu au juste ?

PHOTO FOURNIE PAR CRAVE

Maxim Roy et Shawn Doyle dans Mirage

En parallèle, le téléspectateur découvre l’existence d’une agence de mercenaires installée à Los Angeles et pour laquelle bosse Jennifer (Maxim Roy). Leur mission ? Pas claire, après deux épisodes.

Car les personnages d’espions de Mirage, qui portent tous des Ray-Ban, s’expriment dans un charabia militaro-informatique impossible à déchiffrer. Ah oui, Hexatom, bien sûr, le conglomérat russe, évidemment, une taupe dans le centre d’essai nucléaire d’Al Razah, c’est possible, vite il faut libérer le virus avant la fin de la phase test du thorium enrichi.

À un certain point, on ne distingue plus les bons des méchants dans Mirage. À 3 millions l’épisode, soit près de cinq fois le budget d’une série québécoise, c’est du gaspillage.

Il faudrait quasiment engager l’agente Fanny Couture (Ludivine Reding) pour démêler ce spaghetti télévisuel.

Parlant de Fugueuse, la série de TVA a été vue lundi soir par 1 247 000 personnes. C’est beaucoup de monde devant son poste.

Malgré toutes les anomalies, je ne décroche pas de Fugueuse. Il ne reste qu’un seul épisode pour clore toutes les investigations en cours, et je croise les doigts pour que Fanny rapporte enfin « l’ADN des chiens », pour ce que ça veut dire.

Lundi soir, la patronne de Fanny, Josianne (Marie-France Lambert), a atteint des sommets d’incompétence. Fanny lui texte qu’elle sent le danger ? « L’enquête avance, c’est tout ce qui compte », lui répond Josianne, insensible et impassible.

Fanny s’ouvre sur sa rechute avec Damien (Jean-François Ruel) et son passé trouble ? « Je ne veux pas le savoir, Fanny, je te fais confiance », lui dit Josianne, aucunement à l’écoute de son interlocutrice. N’oublions pas que Fanny a été suspendue par la police de Montréal en raison de son instabilité. Mais Josianne s’en balance.

Autre truc qui n’avait aucun bon sens lundi soir : Alex (Robin L’Houmeau) se réveille enchaînée à un lit, dans une maison qu’elle ne connaît pas. Qu’est-ce qu’Alex fait en se levant ? Elle cale un grand verre de jus qui traînait sur la commode. Personne ne lui a dit, non plus, qu’il ne fallait jamais monter dans la voiture d’un inconnu.

Également, le manteau couvert de sang de Damien qui trône sur le dessus de la poubelle, ça ne leur tente pas de s’en débarrasser ? Les éboueurs ne passent jamais dans Fugueuse ?