La musique a le pouvoir de rassembler des gens. Elle permet aussi de défendre des idées ou d’afficher une différence, comme le montre la série documentaire Camp Rock de Sophie Lambert, diffusée sur Tou.tv.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Le programme musical du Camp Rock de Montréal visait au départ à créer un espace où des jeunes filles se sentiraient à l’aise de faire du bruit et se donneraient le droit de chanter, de jouer de la guitare, de la basse ou de la batterie sans correspondre aux clichés, qu’ils soient féminins ou masculins.

Ces dernières années, le Camp Rock a modifié sa mission et insiste sur l’accueil de personnes non conformes. Aux adolescentes cisgenres qui ne s’interrogent pas forcément sur leur orientation sexuelle s’ajoute tout le spectre des communautés LGBTQ+ : trans, queer, lesbienne, non binaire, etc. Des jeunes qui apprennent à prendre possession d’eux-mêmes. 

« On crée un contexte où les filles peuvent être ce qu’elles sont, qui elles sont, sans penser au genre et aux relations de pouvoir », explique la directrice du camp, à la caméra de Sophie Lambert.

La réalisatrice, à qui on doit notamment L’amour au temps du numérique, a passé une semaine l’été dernier en compagnie d’un groupe de campeuses aux profils divers. 

« Ce que j’ai constaté, c’est que ces jeunes-là, sur toute la question de fluidité des genres, ils ont une aisance dont je n’avais jamais été témoin avant. En tant qu’observatrice, c’est assez réjouissant », dit Sophie Lambert en se rappelant que lorsqu’elle avait 13 ou 14 ans, la seule idée qu’une personne puisse être homosexuelle était une « grosse affaire ».

Safia Nolin en sait quelque chose. L’autrice-compositrice-interprète, qui agit à la fois à titre de mentore et d’observatrice dans la série, avoue avoir eu beaucoup de mal à s’accepter comme lesbienne. Plus jeune, elle aurait vraiment aimé avoir un espace comme le Camp Rock où elle se serait sentie acceptée et aurait appris à s’accepter. Le mot revient souvent dans la bouche des jeunes personnes interviewées : ce lieu est un espace sécuritaire. « Ce n’est pas superficiel. Il n’y a pas de sexisme, pas de discrimination, pas de racisme », dit une campeuse.

Au long des huit épisodes d’une durée de 10 minutes et des poussières, il est notamment question de coming out, de santé mentale, de consentement. Et quelque chose d’assez fabuleux se déroule sous nos yeux : on voit des jeunes éclore. L’une combat son anxiété, l’autre apprend à réclamer son identité de garçon et une autre se demande si en ayant le béguin pour une personne trans, elle aime en fait une fille ou un garçon…

PHOTO FOURNIE PAR ICI RADIO-CANADA

Safia Nolin

« Se positionner par rapport à sa sexualité à l’adolescence, c’est toujours troublant. On passe d’un corps d’enfant à celui d’un adulte, on tombe dans le désir. Déjà ça, c’est un gros passage en soi, juge la réalisatrice. Quand tu ajoutes d’autres couches [comme l’identité de genre], il y a encore plus de questions… »

Sophie Lambert dit avoir été particulièrement marquée par Emerson, jeune trans qui, au début du tournage, était encore une « elle » et qui a fini par réclamer et affirmer davantage son identité masculine. « Pour lui, le camp a été déterminant », pense-t-elle.

Rien de tout ça ne va de soi pour bien des adultes. C’est pareil pour les jeunes. Sophie Lambert le montre dans deux séquences fort habiles. Dans l’une, Safia Nolin et des jeunes tentent d’expliquer ce que sont des personnes cisgenres. Dans l’autre, une campeuse explique combien elle trouve difficile de s’adresser à une personne qui réclame le pronom neutre « iel ». Comment complimenter cette personne alors que, en français, les qualificatifs portent la marque du genre ? Dire qu’iel est « intelligente » ou « intelligent » ?

En plus de la touchante proximité avec ses sujets, l’adresse de Sophie Lambert réside là : trouver une manière de démystifier une situation neuve et complexe aux yeux de bien des gens, tout en rendant justice aux revendications légitimes de personnes qui réclament le droit d’exister et d’être respectées dans leur individualité.

Camp Rock, dès ce mercredi sur Tou.tv