« Sex Education, c’est la série que j’aurais aimé voir quand j’avais 15 ou 16 ans ! » Je ne sais plus combien de fois j’ai lu ou entendu cette phrase depuis deux semaines. Sex Education est cette série télé britannique de Netflix (Éducation sexuelle, en version française), campée dans une école secondaire, dont l’ami et collègue Hugo Dumas avait dit le plus grand bien dans ces pages, il y a exactement un an.

Marc Cassivi
Marc Cassivi La Presse

Je m’en souviens très bien. En route vers sa pratique de soccer le soir même, Fiston, qui venait d’avoir 15 ans, m’avait lui aussi parlé de cette nouvelle série originale qu’il venait de découvrir. Intrigué, j’y ai jeté à mon tour un coup d’œil… et j’ai été un peu surpris par la première scène, olé, olé !, du premier épisode. Assez pour me rappeler qu’à 15 ans, comment dire… on n’en a plus 10 !

Pour emprunter l’expression à Fiston : « C’est assez cru ! » En effet. Sex Education a beau être par moments caricaturale, c’est une série tout sauf édulcorée. Tous les épisodes s’ouvrent sur une scène plutôt explicite et on y évoque autant l’homosexualité que la bisexualité, la masturbation que les problèmes d’érection ou d’éjaculation, le sexe anal, et j’en passe.

PHOTO FOURNIE PAR NETFLIX

Lily et Ola, dans une scène de Sex Education

C’est, comme son titre l’indique, un condensé de cours d’éducation sexuelle, dans un écrin plus séduisant qu’un exposé théorique sur l’anatomie dans une classe de 35 élèves.

Disons que c’est une série « conçue pour eux », mais « assez forte pour nous » (si vous permettez que je détourne un slogan publicitaire que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître).

Je n’en ai pas pour autant conclu que Fiston avait le moindre désir que je la regarde avec lui. De toute façon, il est trop tard. Il a déjà vu tous les épisodes de la deuxième saison de Sex Education, comme plusieurs de ses camarades de classe et amis. En famille, on ne regarde pas des séries, mais des films. Après avoir fait le tour des Star Wars, je découvre l’ensemble de l’univers cinématographique de Marvel avec mon plus jeune, amateur de films de superhéros.

Le week-end dernier, nous n’avons donc pas regardé une série sur l’adolescence, mais un long métrage sur le passage de l’enfance à l’âge adulte. Après avoir puisé dans ma collection de DVD, j’ai offert le choix aux garçons entre Apocalypse Now et Boyhood. Le plus jeune a choisi le film de Richard Linklater, qui a la particularité d’avoir été tourné avec les mêmes acteurs sur une période 12 ans.

J’avais oublié cette scène dans un salon de quilles où la jeune Samantha (Lorelei Linklater, la fille du cinéaste), 14 ans, apprend à son père (Ethan Hawke) qu’elle a un petit ami. Il décide spontanément de lui parler de contraception, alors qu’elle cache son visage aux joues rosies dans ses mains en roulant des yeux. C’est, comme le reste de ce merveilleux film, très réaliste.

La scène m’a fait réaliser que je n’avais pas vraiment eu « La Conversation » avec Fiston. « The Talk », comme on dit au Texas. Je voyais une amie s’informer récemment sur les réseaux sociaux à propos de bons livres d’introduction à la sexualité pour son fils de 9 ans. On lui a conseillé Tout nu !, le dictionnaire bienveillant de la sexualité, de Myriam Daguzan Bernier. Les miens ont passé l’âge de lire ce genre de dictionnaire. Je me doute bien qu’il n’est plus temps de leur faire un dessin…

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Ola et Otis, dans une scène de Sex Education

J’ai bien sûr, dès le début de l’adolescence, eu avec eux une discussion sur le consentement et le respect, sur les stéréotypes misogynes souvent véhiculés par la pornographie. Le monologue se résumait essentiellement à cette phrase : « Dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme ça ! »

Aussi, Fiston me rappelle régulièrement que depuis des années, à l’école, des sexologues sont invités à parler aux élèves de différents aspects de la sexualité, dont la contraception, et d’ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang). Je l’ai interprété comme sa manière de me faire comprendre que « The Conversation » (comme dirait Francis Ford Coppola) n’est pas nécessaire entre nous.

Me suis-je convaincu qu’il avait raison ? Je me suis posé la question cette semaine. Je soupçonne bien que je ne suis pas le seul parent à ne pas vouloir susciter de malaise chez son enfant en lui parlant de sexualité. Je me souviens lorsque ma mère a décidé d’aborder le sujet avec moi, alors que j’avais 16 ans, pendant un long trajet de voiture. Elle n’était pas passée par quatre chemins : « Est-ce que tu te protèges ? » Je lui sais gré, encore aujourd’hui, de ne pas avoir poussé l’interrogatoire plus loin. Et d’avoir respecté une entente tacite : ce n’est pas pour rien que l’on dit du jardin qu’il est secret.

Il reste que dans le contexte actuel, alors que l’accès à la pornographie est devenu un jeu d’enfant et que les cours d’éducation sexuelle ont été inexplicablement abolis au Québec entre 2003 et 2018, le rôle du parent dans l’éducation sexuelle est primordial.

Certes, il est préférable que les ados s’informent sur la sexualité autrement qu’à travers la pornographie. Grâce à une série de qualité comme Sex Education ou une pièce de théâtre comme Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire (qui sera présentée au Théâtre Denise-Pelletier dès le 18 février), par exemple. Mais on ne peut faire fi de ses responsabilités.

J’ai donc pris mon courage à deux mains (sur le volant) cette semaine et j’ai dit à Fiston que s’il avait quelque question que ce soit au sujet de la sexualité, il pouvait bien sûr m’en parler. Il n’a pas roulé des yeux. Il ne s’est pas caché le visage dans les mains. Il a répondu “O.K.” Je me suis dit que nous avions eu une excellente conversation.