Avis à tous les téléspectateurs grégaires parmi nous. N’en déplaise aux oiseaux de malheur, non, les grands rendez-vous télévisuels ne sont pas morts. Encore moins enterrés. En tout cas, pas cette année !

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Vous souvenez-vous du dernier Bye bye ? Celui-là même que les analystes qualifient de « Super Bowl québécois » ? Il a fracassé tous les records de cotes d’écoute l’an dernier, avec près de 4,5 millions de téléspectateurs rivés devant leur petit écran. Un record détenu jusqu’ici, tenez-vous bien, par La petite vie, des chiffres vertigineux inégalés depuis des années (1995, pour être précis). On comprend qu’on était donc nombreux, dans nos salons, regroupés en tribu, avec amis et famille, à faire ensemble et dans la bonne humeur le bilan des 12 derniers mois. Parions aussi qu’on fera pareil prochainement, question de (re)commencer l’année du bon pied.

PHOTO FOURNIE PAR TÉLÉ-QUÉBEC

La distribution de Passe-Partout

Parlant de records, la première de Passe-Partout cette année a elle aussi fait l’histoire, en offrant à Télé-Québec ses meilleurs chiffres en 10 ans. Plus de 700 000 téléspectateurs, des Poussinots et Poussinettes de tous les âges, étaient ici au rendez-vous.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE RÉVOLUTION

Janie et Marcio de Révolution

Semaine après semaine, les District 31, Révolution et Tout le monde en parle rejoignent aussi des millions de fidèles amateurs. Sans oublier Occupation double, dont les cotes d’écoute (certes moindres) ont néanmoins bondi de 40 % depuis l’an dernier.

Alors non, la tablette, YouTube et Netflix n’ont pas (encore !) chamboulé toutes nos habitudes. Ou, du moins, pas totalement.

Les grands rendez-vous sont loin d’être morts. Et les diffuseurs font tout pour en créer, c’est indéniable.

Arnaud Granata, éditeur d’Infopresse

Même son de cloche de la part de Matthew Johnson, directeur de l’éducation chez Habilo Médias, centre canadien d’éducation aux médias, dont les plus récentes études révèlent que 65 % des familles regardent encore la télévision en famille, justement. Une activité de groupe qui vient loin devant YouTube (45 %), Netflix (et autres plateformes, à 40 %) ou le temps passé à jouer à des jeux vidéo en famille (27 %). « C’est assurément moins qu’il y a 10 ans, fait-il valoir. Mais reste que contrairement à l’imaginaire populaire, il est faux de prétendre que tout le monde regarde un écran en solitaire. Pour plusieurs, la télévision demeure une activité de partage. » Et c’est tant mieux, poursuit le directeur, en soulignant l’importance de cette « connexion » pour les bêtes sociales que nous sommes.

Certes, ces fameux « rendez-vous » sont moins nombreux qu’avant. On ne se racontera pas d’histoires. Et ceux qui persistent sont désormais plus que de simples émissions. Ce sont des « marques », reprend Arnaud Granata, voire carrément des « écosystèmes », qui ont plusieurs vies, au-delà du petit écran. Pensez : web, réseaux sociaux, etc. Et pour attirer les foules, il n’y a pas de secret : il faut que ces rendez-vous soient « rassembleurs », dit-il, c’est-à-dire « ancrés dans la culture d’ici, avec des talents ou des sujets qui nous préoccupent ».

Détente et ralliement

« C’est important de conserver ça, et de ne pas abreuver nos enfants de Netflix seulement », commente aussi Anik Vermette, mère de deux jeunes enfants, qui regarde régulièrement Révolution, « collée » en famille. « On a Netflix, parce qu’il faut être dans l’air du temps. Mais on veut aussi que les enfants soient en contact avec notre culture », dit-elle. Pour elle, l’intérêt du rendez-vous est d’ailleurs tout là : « un moment de détente, de culture québécoise, avec des talents de chez nous ».

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @OD_OFFICIEL

Les cotes d’écoute d’Occupation double ont bondi de 40 % depuis l’an dernier.

Idem chez Ysabel Gauvreau, où Occupation double a incarné pendant toute l’année un moment de « ralliement » tout à fait inusité. « On n’avait jamais regardé la télévision en famille, sauf quand on louait des films », fait-elle valoir. Or, en tombant sur OD, contre toute attente, tous les membres de la famille ont accroché. Des plus petits aux plus vieux, de 8 à 50 ans. En passant par les ados, généralement rivés sur leurs propres (tout) petits écrans. « Même les gars ! », ajoute la mère, chez qui les soirées du dimanche ont eu un je-ne-sais-quoi de « religieux ». Ne l’invitez pas ici à souper : « C’est ma soirée OD ! » dit-elle en riant. Pour cause : « Moi, jeune, dans ma famille, on en avait, des moments télévisuels. On regardait Les beaux dimanches. Mais depuis que je suis parent, je n’avais jamais fait ça. OD est la seule émission qui rallie toute la gang. » D’où l’importance de savourer l’instant, conclut-elle. « On n’a pas à se poser de questions : on s’assoit, on rigole, on bitche. Et c’est ça ! C’est un moment rigolo, tous ensemble. Et il n’y en a pas tant que ça… »