Minisérie régionale. Tournée à Sudbury. Avec une ribambelle d’acteurs francophones recrutés à l’extérieur de la province.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Vous pensez à quoi, présentement ? À Belle-Baie, à Toi et moi ou à la très ordinaire émission Conséquences, qui dépeignait deux familles bourgeoises du Nouveau-Brunswick déchirées par un viol et d’autres secrets connexes. À oublier.

Heureusement, la minisérie Eaux turbulentes, qui quittera le port d’ARTV vendredi à 19 h, redore la réputation de ces œuvres télévisuelles fabriquées hors Québec, un peu comme l’ont fait Le clan et Le siège dans les dernières années.

Sans réinventer le genre surexploité de « la policière tourmentée devant affronter son passé douloureux », Eaux turbulentes propose un thriller policier classique, avec une intrigue prenante, bien tricotée par l’auteure franco-ontarienne Marie-Thé Morin.

Transférée à Queensbury, ville minière fictive du nord de l’Ontario, l’enquêteuse en chef Marianne Desbiens (Hélène Florent) a à peine le temps de défaire une boîte de déménagement avant qu’un cas de meurtre n’atterrisse sur son bureau.

PHOTO FOURNIE PAR ICI RADIO-CANADA

Hélène Florent, Jean-Michel Le Gal et Gabriel Sabourin dans Eaux turbulentes

Une adolescente autochtone de 19 ans a été assassinée. Le corps de la victime, couvert de blessures étranges, a été abandonné sur le bord de la rivière Matagami, qui signifie « eaux turbulentes » en langue crie.

Marianne connaît très bien Queensbury. Elle y a grandi, y a rencontré son ex-mari Joe (Charles Bender), avec qui elle a eu un enfant, Billy (Jacob Whiteduck-Lavoie), aujourd’hui âgé de 15 ans.

Mais Marianne ne rentre pas au bercail de gaieté de cœur. D’abord établie à Ottawa, elle a commis une énorme gaffe, qui a eu des conséquences graves. Toutes les fois où Marianne repense à cet évènement traumatisant, des acouphènes l’assaillent. Vite, un anxiolytique. À Queensbury, seule la patronne de Marianne connaît son secret.

Au minuscule poste de police de Queensbury, Carignan (Gabriel Sabourin) et Mike (Jean-Michel Le Gal) épaulent Marianne dans son investigation plus complexe qu’elle n’apparaît au départ. Mike ne porte pas les « Indiens » dans son cœur, tous des paquets de troubles, selon lui.

Les rapports tendus entre Blancs et autochtones occupent une portion importante de l’histoire. Parfois, ça frôle la caricature. Insérez ici une scène où un autochtone parle de toxicomanie, de prostitution, de désintox, de cuite ou de crystal meth.

L’inverse est aussi vrai. Certains personnages blancs s’expriment comme un extrait de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. « Autochtone ou pas, on ne gérera pas ce cas-là comme ça se passe tout le temps quand c’est des femmes qui sont victimes de violence », plaide l’enquêteuse Marianne Desbiens dans les premières minutes.

J’ai vu deux des quatre heures d’Eaux turbulentes et je veux savoir qui a fait quoi et pourquoi. C’est généralement bon signe. Certaines séquences d’Eaux turbulentes, réalisées par Lyne Charlebois, m’ont rappelé la série anglophone Cardinal de CTV ainsi que l’excellent roman policier Terminal Grand Nord d’Isabelle Lafortune (à acheter pour Noël, vraiment).

Bref, si vous raffolez des séries scandinaves comme Trapped et des polars suédois ou islandais qui se déroulent dans des coins isolés, vous devriez embarquer dans Eaux turbulentes, tourné à Sudbury. C’est très correct. Pas exceptionnel, mais fort respectable dans cette catégorie achalandée.

Pour Jen, uniquement

PHOTO FOURNIE PAR APPLE TV+

La performance éclatante de Jennifer Aniston dans The Morning Show lui a valu une sélection en prévision du gala des Golden Globes du dimanche 5 janvier.

J’abandonne difficilement des séries entamées, même les plus mauvaises. C’est la qualité d’un défaut. Persévérer dans la pocheté.

Je poursuis donc l’écoute de The Morning Show (La matinale, en français), série phare du service Apple TV+, mais uniquement pour apprécier le jeu de la formidable Jennifer Aniston. Sa performance éclatante lui a d’ailleurs valu une sélection en prévision du gala des Golden Globes du dimanche 5 janvier.

Les épisodes de The Morning Show demeurent trop longs. L’histoire s’éparpille dans des directions invraisemblables. Malgré tous ces irritants, j’attends la mise en ligne des nouvelles tranches tous les vendredis.

Pour Jennifer Aniston, oui. Mais aussi pour assister aux jeux de coulisses et aux tractations des patrons de télévision prêts à tout pour étouffer les scandales. Le personnage de la journaliste du New York Magazine Maggie (Marcia Gay Harden) mériterait plus de temps d’antenne. Elle allume de petits incendies et se pousse en souriant.

Il faut aussi se parler de l’excentrique et égocentrique Cory (Billy Crudup), nouveau patron de l’information du réseau. Qui est cet être bizarre, au rictus inquiétant ? Un bon, un méchant, un opportuniste, un manipulateur ?

Difficile d’apposer une étiquette sur cet homme, comme sur l’ensemble de The Morning Show, qui a d’abord été écrit comme une incursion dans les émissions matinales à la Today Show, mais qui parle pas mal plus du mouvement #moiaussi, en fin de compte.