Après 23 épisodes d’une heure — je les ai tous regardés, sans avance rapide, promis, juré —, Une autre histoire de Radio-Canada passe (enfin) à une autre vitesse. Du moins, c’est ce qu’annoncent les émissions prévues après la pause des Fêtes.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

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Marina Orsini (Anémone) dans Une autre histoire

Sortez le limoncello ou une caisse de bière Verte Lune, car la rencontre tant attendue entre Anémone (Marina Orsini) et ses trois premiers enfants se produira enfin. La dévouée Lise (Danielle Proulx) n’approuvera certainement pas. D’autant plus que le tenace et robotique Vincent (Sébastien Ricard) a obtenu l’approbation de sa copine et patronne Maryse (Marie-Laurence Moreau) pour fouiller dans le passé d’Anémone, alias Manon la rebelle aux mèches rouges.

Diffusé lundi soir, le dernier épisode d’Une autre histoire en 2019 a placé ses pions en prévision de 2020 plutôt que de nous abandonner sur un gros punch. 

Si vous avez accumulé du retard dans le visionnement du téléroman de Chantal Cadieux, l’alerte au divulgâcheur apparaît ici comme un médaillon près de l’urne de Claudio (Manuel Tadros) au salon Amora.

Alors, le détective Alexander Pinot Flores (Benoît Drouin-Germain) a informé Anémone qu’il se doutait de son implication dans un meurtre survenu il y a plus de 30 ans, ce qui accélérera, on imagine, le processus de réunification des familles Blanchette et Romero.

Cet assassinat, perpétré dans une station-service, c’est celui de la sœur de Vincent, qui cherche à la venger depuis toutes ces années. Il s’approche de la vérité, notre ténébreux Vincent.

Malgré sa lenteur, Une autre histoire renferme des intrigues contemporaines, bien ancrées dans les réalités d’aujourd’hui.

Il y a la trans Suzon (Stéphane Jacques) qui tente une relation amoureuse avec l’enquêtrice Lucie Dumouchel (Pascale Desrochers). Il y a la camionneuse Caroline (Debbie Lynch-White) qui remet en question son orientation sexuelle après sa rencontre avec Mona Petterson (Marie-Évelyne Baribeau), la fille du trafiquant Valaire Petterson (Steve Banner).

Une autre histoire montre également un couple gai pour qui la violence conjugale a été funeste. Sébastien (Benoit McGinnis), lui aussi homosexuel, suit un programme d’abstinence pour contrôler ses pulsions. Il y a une modernité et une diversité dans Une autre histoire qui ne se retrouvent pas nécessairement dans les autres séries québécoises.

Ah, oui, j’oubliais presque l’affaire de la secte de Patricia (Marie Turgeon), qui m’obsède complètement. Demande spéciale, ici : faudrait assister, un jour, à un des fameux meetings du groupe, s’il vous plaît.

Plusieurs très bons acteurs se démarquent dans Une autre histoire. Je pense à Marie-Laurence Moreau (Maryse), Adam Kosh (Jean-Olivier) et Marilou Morin (Karla). Je leur envoie tous des fleurs (mais pas des couronnes funéraires, quand même).

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Evelyne Laferrière joue l’adolescente Den Tremblay dans Toute la vie

Mardi soir, c’est Toute la vie qui a quitté les ondes de Radio-Canada pour les reprendre le mardi 7 janvier.

Cet épisode a été charnière, notamment pour décoder le comportement de l’adolescente Den Tremblay (Evelyne Laferrière), obsédée par la pornographie et les mots vulgaires. Les parents de Den, campés par Pascale Montpetit et Luc Boucher, mériteraient leur propre série dérivée, qui incorporerait des éléments de M’entends-tu ? à Télé-Québec.

En une courte scène, l’excellente Pascale Montpetit (Sonia dans District 31) a volé la vedette dans la peau d’une mère inadéquate, mal en point et dénuée de classe. Et le fait de montrer les parents de Den humanise ce personnage à nos yeux de téléspectateurs. En découvrant le milieu difficile dans lequel elle a grandi, on comprend mieux les réactions de Den et on s’attache davantage à elle.

C’est ce contexte socio-économique qui manquait aux premiers épisodes de Toute la vie. La plupart des personnages, surtout les jeunes, paraissaient bêtes et cassants, sans que l’on sache trop pourquoi.

Dieu merci, l’auteure Danielle Trottier a finalement réglé l’embrouillamini juridique autour du futur bébé d’Anaïs (Cassandra Latreille). Honnêtement, je n’ai jamais trop compris comment Anaïs et l’éducateur Christophe (Roy Dupuis) se téléportaient comme ça, clac !, de Montréal jusqu’en région éloignée, où se déroulait la fameuse « conférence de règlement ».

Les problèmes du bébé de Flora (Tayna V. Lavoie), atteint du syndrome de Treacher Collins, nous ont fait voir son papa sous un éclairage bienveillant.

Bref, Toute la vie gagne en profondeur. Le départ de cette série a été raboteux, c’est vrai. Tout le monde affichait un air bête ou inquiet à l’école Marie-Labrecque, sauf le sympathique cuisinier Nico (Gabriel D’Almeida Freitas). Les agissements archaïques des pères Rodge (Emmanuel Bilodeau) et Luc (David Boutin) renvoyaient une image négative des gens habitant la campagne.

Si l’on se fie aux images présentées hier, la deuxième moitié de saison de Toute la vie s’annonce plus punchée et plus rythmée. Et gardons le gardien de nuit à l’œil, doux Jésus. Les couteaux de cuisine aussi.