Qui aurait cru qu’une télésérie mettant en vedette une reine coincée, distante et froide deviendrait un joyau étincelant dans l’univers ultrachargé de la télévision actuelle ?

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

C’est ce qui se produit avec la somptueuse télésérie The Crown, de Netflix, et son héroïne improbable, la reine Élisabeth II. 

La troisième saison, en ligne dimanche, ne déçoit pas une seconde, même si tous les acteurs des deux premiers chapitres – ou presque, pas de divulgâcheur ici – ont été remplacés.

La lumineuse Claire Foy, qui incarnait une reine plus pétillante, quoiqu’en processus de rigidification, cède sa couronne à la formidable Olivia Colman (Fleabag, Broadchurch, The Night Manager), qui propose une souveraine au caractère plus dur, encore moins chaleureuse, mais plus complexe.

En fait, le changement d’actrice marque la transition entre la vie de jeune femme et celle de « vieille peau » d’Élisabeth II, selon ses propres mots. La passation des pouvoirs s’exécute doucement dans la toute première scène de The Crown 3 que vous visionnerez ce week-end.

La comédienne Olivia Colman, oscarisée pour l’excellent film The Favourite de Yorgos Lanthimos, éblouit et son interprétation d’Élisabeth II se colle davantage à la reine sévère, sombre et inaccessible que nous nous imaginons. Voix nasillarde, accent hachuré et regard indéchiffrable, le jeu d’Olivia Colman est stupéfiant.

Le troisième volet de The Crown couvre la période tumultueuse comprise entre 1964 et 1977. La princesse Margaret, maintenant jouée par la tout aussi douée Helena Bonham Carter, vole la vedette au deuxième épisode, entièrement consacré à son voyage aux États-Unis.

La séquence où Margaret charme le président Lyndon B. Johnson (Clancy Brown) avec ses blagues salées et un concours de calage d’alcool vaut amplement le prix d’un abonnement mensuel à Netflix. Mission diplomatique accomplie.

Margaret est tout ce qu’Élisabeth II voudrait être : spontanée, accessible, relax, comique et éclatante. The Crown 3 explore davantage la relation assez tordue entre ces deux sœurs dissemblables. Ce que fuit Élisabeth II (mondanités, contacts humains, attention médiatique), Margaret en raffole. Et ce que fuit Margaret (responsabilités, autorité, sens du devoir), Élisabeth II en hérite, malgré elle.

Chacune dans leur cage dorée, les sœurs Élisabeth et Margaret souffrent des rôles que le système monarchique leur a imposés.

Le troisième épisode, consacré à la tragédie minière d’Aberfan, dans le sud du pays de Galles, montre à quel point la reine se déconnecte du monde qui l’entoure. C’est frustrant de toujours voir la chef d’État se cacher derrière son masque neutre de fonction.

Série historique tout en finesse, en raffinement et en détails, The Crown se regarde avec Google et Wikipédia à portée de main.

Qui est la princesse Alice de Battenberg, que la presse britannique surnomme la sainte royale ? Et pourquoi cette série britannique a-t-elle remplacé toute sa distribution d’un coup ?

Réponse : pour éviter de devoir vieillir les acteurs avec des prothèses ou des tonnes de maquillage.

En parallèle, l’élection d’un nouveau premier ministre travailliste, Harold Wilson (Jason Watkins), ébranle les habitants du palais de Buckingham. Des rumeurs collent à ce politicien socialiste, soupçonné de travailler pour le KGB.

Lentement, Élisabeth II apprivoisera Harold Wilson et les deux se confieront des choses étonnantes à propos du poids des apparences et de la perception du public.

Le nouvel acteur qui campe le prince consort Philip, Tobias Menzies (Outlander, Game of Thrones), est pas mal plus convaincant que son prédécesseur Matt Smith. Il brille particulièrement dans le septième épisode, consacré à la conquête de la Lune par les Américains, un évènement qui exacerbera la crise de la quarantaine de notre bon vieux Philip.

Le prince Charles n’arrive qu’à la mi-parcours, tandis qu’une jeune Camilla Shand, alias Camilla Parker Bowles, se pointe au huitième épisode, bien avant que le monde entier ne tombe en amour avec Diana Spencer.

Maintenant, préparez le plateau à thé. Car après une attente de deux ans, la suite de The Crown vous est enfin livrée.

En français, SVP !

PHOTO FOURNIE PAR DISNEY

Moana

Mardi et mercredi, c’était impossible de visionner les films d’animation Moana ou La reine des neiges en français sur le service Disney+. Seulement la version anglaise avait été mise en ligne.

Puis, comme par magie, le doublage français a été ajouté jeudi pour certains dessins animés. Mais pas tous. Et pas pour tous les clients. Bref, ça demeure un peu le far west linguistique sur Disney+. Espérons que ce bogue technique ne durera pas trop longtemps.

Ma suggestion ? Avant de réhypothéquer votre maison pour souscrire à un septième abonnement de télé en ligne, profitez des sept jours d’essai gratuit qu’offre Disney+. Vous aurez l’occasion de tester la qualité de la marchandise avant de vous commettre à long terme avec Anna, Simba et Cruella.