« Il y a deux types de Québécois : ceux qui trouvent Occupation double stupide et ceux qui tripent trop. Ici, on est tous des gens qui tripent, sans jugement », résume Diana Philippe. « Et qui veulent pousser leur plaisir coupable à un autre niveau ! » ajoute sa comparse Japhir Charles.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Hier soir, comme tous les dimanches depuis la fin de septembre, Diana Philippe et Japhir Charles – deux fans assumées d’Occupation double – animaient la soirée au Ping Pong Club, en plein cœur du Mile End, à Montréal.

Depuis l’an dernier, le Ping Pong Club présente en direct les soirées d’élimination d’OD, au grand plaisir des clients, essentiellement des jeunes (du Mile End et d’ailleurs) venus s’amuser sans se prendre au sérieux, commenter à haute voix les péripéties des candidats en Afrique du Sud, et rire de bon cœur de leurs citations parfois épiques.

À 18 h 15, 15 minutes avant le début de l’émission, Diana et Japhir papillonnent d’une table à l’autre et distribuent des papiers sur lesquels les clients doivent écrire leur prédiction pour l’élimination de ce soir. Quel gars quittera l’aventure ?

Camille Rivard, 28 ans, et son amie Chani Davidson, 33 ans, misent sur le mannequin et barman Mathieu, qui a délaissé les autres candidats en se concentrant uniquement sur Claudie, youtoubeuse et serveuse. En retrait, le copain de Chani pianote sur son téléphone en sirotant une bière, totalement indifférent à l’intrigue.

Selon Camille Rivard, cette troisième saison d’Occupation double à V touche plus de gens, peut-être en raison des revirements orchestrés par la production. « Avant, c’était plus un péché mignon, mais après trois saisons, on s’assume ! » dit Camille, avant de tourner son regard vers les téléviseurs derrière le bar : l’émission commence.

L’édition la plus populaire

À la table d’à côté, Emmanuelle Boutin sent elle aussi un phénomène autour de l’émission phare de V, qui semble selon elle avoir « mis le paquet » cette année. Les cotes d’écoute donnent d’ailleurs raison à Emmanuelle : à ce stade-ci, il s’agit de l’édition la plus populaire d’OD en trois ans, confirme Michael Majeau, directeur principal, communications et marketing, au groupe VMedia. Une moyenne de 735 000 téléspectateurs chaque dimanche, selon V.

C’est rassembleur. On aime aimer des candidats… et on aime en haïr d’autres.

Emmanuelle

Sur l’écran géant, la youtubeuse Claudie éclate en sanglots en apprenant que c’est le moustachu Kevin et non son beau Mathieu qui l’accompagnera dans une escapade à Londres. « C’est pas correct de faire ça à un être humain, OK ? » rage-t-elle, provoquant un fou rire généralisé au Ping Pong Club.

« C’est le fun de voir la réaction des gens », dit Emmanuelle Boutin, qui a convaincu ses amis Charles Bédard et Juliette Boudreault de l’écouter avec elle. « C’est extrêmement… bizarre, confie Charles, perplexe. Ça crée de drôles de réactions chez les gens. »

Pendant les pauses, Diana Philippe et Japhir Charles animent un jeu-questionnaire sur l’émission. Les clients se précipitent au micro lorsqu’ils ont la réponse. Qui ont été les animateurs dans l’histoire d’Occupation double ? Félix-Antoine Sylvestre, étudiant en économie de 20 ans, les nomme d’un seul trait.

« Habituellement, je viens avec une couple d’amis. Même si je suis seul ce soir, je suis content d’être là. C’est moins triste que de le regarder seul chez soi », confie le jeune homme, venu du quartier Côte-des-Neiges.

Des candidats bien choisis

Au bar, Brent Edwards et Ravi Handa – deux anglophones du Mile End – protestent en écoutant Chris, entraîneur personnel, soupçonner son « grand cœur » d’être à l’origine de ses difficultés. Tous deux étaient au bar par hasard… et se sont laissé prendre au jeu, même si c’est la première fois qu’ils écoutent une émission complète d’Occupation double. « Chapeau aux personnes qui ont choisi les candidats », dit Brent. « C’est là le génie du show ! » opine Ravi.

Il est près de 20 h, l’annonce du candidat exclu est imminente. Ophélia, gestionnaire de Québec, s’apprête à sortir la photo du gars qui devra plier bagage. Au Ping Pong Club, on pourrait entendre une mouche voler.

« Chris », prononce-t-elle, provoquant une clameur généralisée dans le bar.

« La réaction quand tout le monde crie… c’est tellement drôle, je ne m’en tannerai jamais », conclut Diana Philippe.