(New York) Suprémacistes blancs, pieuvres tombées du ciel et un homme bleu sur Mars : la chaîne HBO n’a pas lésiné pour adapter la BD culte Watchmen, prenant le parti de désorienter son audience avec cet improbable mélange des genres.

Thomas URBAIN
Agence France-Presse

Publié pour la première fois en 1985, Watchmen est un monument de la culture pop, sensiblement plus sombre et torturé que la plupart des bandes dessinées DC Comics, son éditeur, ou de son tout-puissant concurrent Marvel.

Il s’agit d’une uchronie (version alternative et imaginée de l’Histoire), qui dépeint une Amérique de 1985 présidée par Richard Nixon (qui a dans la vraie vie démissionné en 1974), dans laquelle les superhéros, interdits par la loi, ont quasiment tous pris leur retraite.

À la différence du film Watchmen (2009), qui collait fidèlement au récit de la BD, le créateur de cette série télévisée en neuf épisodes, Damon Lindelof, a tenté un pari beaucoup plus audacieux, dont le résultat sera diffusé à partir de dimanche sur HBO.

WARNER BROS.

Une scène du long métrage Watchmen.

La question des superhéros est reléguée au second plan, du moins au départ. Et New York est supplantée par Tulsa — une ville de l’Oklahoma qui connut en 1921 de gravissimes émeutes raciales — où des policiers masqués luttent contre des suprémacistes blancs ultra-violents.

Malgré ce changement de décor, et un bond en avant de plus de 30 ans, la problématique reste assez proche de celle du Watchmen originel, centrée autour du rôle du héros masqué, la perception qu’en a la société et ses rapports avec la loi et la moralité.

Comprendre les connexions

Depuis plusieurs années, Marvel et DC entretiennent la popularité des superhéros en appuyant volontairement sur les failles et les questionnements de leurs personnages.

Watchmen va très loin dans cette voie, avec ses héros névrosés, qui se réfugient derrière leur masque, capables d’afficher la plus ferme assurance puis de sombrer, l’instant d’après, dans leurs angoisses.

Co-créateur de la série Lost, Damon Lindelof a choisi de mêler les genres, avec du policier, de la science-fiction, de la fresque historique ou du thriller politique, qui se télescopent dans un chaos millimétré.

AFP

Damon Lindelof

«J’aime regarder une série dont il est difficile d’identifier le genre», a expliqué, dans une vidéo mise en ligne par HBO, celui qui a aussi co-créé la série The Leftovers. «C’est quelque chose que j’ai voulu recréer pour les gens qui viennent à Watchmen pour la première fois».

Pour ajouter un peu à la confusion, Damon Lindelof a choisi de ne dévoiler le tableau que très progressivement, quitte à perturber le téléspectateur, a fortiori celui qui ne connaîtrait rien de l’univers Watchmen.

«C’est comme tout ce qu’il a déjà écrit», a expliqué l’actrice Regina King, qui joue la policière Angela Abar. «C’est au compte-goutte. […] Mais cela prend plus de sens au fur et à mesure, vous comprenez les connexions et à la fin, vous êtes récompensés.»

Damon Lindelof le sait déjà, certains ne s’y retrouveront pas. «Ce ne sera pas apprécié de façon universelle», a-t-il anticipé dans un entretien au site Vulture. «J’ai fini par l’accepter.»