(New York) De Seinfeld à Veep, en passant par Old Christine, l’actrice américaine Julia Louis-Dreyfus excelle depuis 30 ans dans des rôles comiques où le ridicule est une constante, une trajectoire qui pourrait lui valoir de battre un record aux Emmy Awards, dimanche.

Susan STUMME
Agence France-Presse

En cas de victoire dans la catégorie meilleure actrice dans une série de comédie, elle recevrait un neuvième Emmy, les récompenses de la télévision américaine, du jamais vu pour une actrice.

La messe n’est pas dite, même si les spécialistes et bookmakers lui donnent un léger avantage sur Rachel Brosnahan (La fabuleuse Mme Maisel) et Phoebe Waller-Bridge (Fleabag).

« Ces actrices sont peut-être fantastiques, mais il n’y a qu’une Julia Louis-Dreyfus », a écrit Michael Schneider, du magazine spécialisé Variety au sujet de la comédienne de Veep, dont la septième et dernière saison s’est achevée en mai.

C’est un retour en fanfare pour « JLD » (58 ans), qui a dû faire face à un cancer du sein, diagnostiqué le lendemain de la cérémonie des Emmys 2017, lors de laquelle elle avait reçu sa sixième statuette de suite, un record de succès consécutifs.

« J’ai hurlé de rire, qui s’est transformé en pleurs hystériques », s’est-elle souvenue dans un entretien au Los Angeles Times, publié le mois dernier. « C’est un coup dur. Et il y a de l’absurde là-dedans, compte tenu du timing. »

> Lisez l’entrevue du Los Angeles Times : https://www.latimes.com/entertainment-arts/awards/story/2019-08-12/julia-louis-dreyfus-veep-emmys-seinfeld-cancer

La production a décidé de suspendre le tournage de Veep, la série qui l’a propulsée au rang des légendes de la télévision américaine. Après une pause d’un an, le programme de la chaîne câblée HBO est de retour, avec neuf nominations à la clé.

« Travailler en équipe à créer quelque chose et essayer d’être le plus drôle, authentique et différent m’a redonné le moral », a-t-elle expliqué au Los Angeles Times. « C’était ce qu’il y avait de mieux pour moi. »

Grotesque

Dans Veep, le scénariste Armando Iannucci lui a offert un rôle en or, celui de Selina Meyer, vice-présidente devenue présidente, mélange détonant de cupidité, de méchanceté et d’incompétence.

Fille du Franco-Américain Gérard Louis-Dreyfus, qui dirigea le groupe familial agricole Louis Dreyfus, « JLD » s’y est abandonnée, elle qui n’hésite jamais à se montrer sous un jour défavorable au nom de l’humour.

C’est déjà cette propension qui lui avait valu d’être remarquée dans la série Seinfeld (1990-1998), où elle interprétait Elaine Benes, tout à la fois arrogante, décalée et vulnérable.

Capable de se ridiculiser pour la cause, elle signera quelques scènes d’anthologie, notamment une danse grotesque lors d’une soirée organisée par la société d’Elaine (The Little Kicks).

Son parcours correspond à celui de beaucoup d’actrices au talent comique qui l’ont suivie, notamment Tina Fey et Amy Poehler, même si elle n’est pas auteure.

Passée par la troupe d’improvisation Second City, basée à Chicago, elle a ensuite été recrutée, à 21 ans seulement, par Saturday Night Live, la célèbre émission à sketches où elle a fait ses premières armes en télévision.

Embauchée sur Seinfeld après le tournage du pilote parce que la production souhaitait ajouter un rôle féminin à la distribution, Julia Louis-Dreyfus y a reçu un premier Emmy, en 1996.

Le deuxième viendra en 2006 pour Old Christine, sa première série en tant qu’héroïne, dans laquelle elle campe une mère divorcée qui cherche à se relancer, offrant, au passage de nombreux moments de ridicule.

Avec Veep, Julia Louis-Dreyfus et les auteurs ont fait beaucoup plus corrosif encore, langage fleuri, réparties cinglantes et méchanceté crasse.

« Elle était lamentable depuis le premier épisode et je suis sûre qu’elle l’est restée jusqu’à sa mort », disait « JLD » de Selina Meyer au Los Angeles Times. « Elle manquait de sympathie. Elle n’avait pas d’empathie. Quel plaisir à jouer. »