Ça sent l’augmentation de salaire fort méritée pour les artisans de District 31, qui ont accompli une mission quasi impossible, hier soir, en permettant à Radio-Canada de remporter plus de trophées Artis que la chaîne hôtesse TVA.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Il faut remonter à 2011 pour retracer une telle domination du diffuseur public sur l’antenne numéro un de Québecor Média. Pour une rare fois, le gala Artis n’a donc pas été le gala TVA. Et ça faisait du bien, seigneur.

Après 2 h 40 min d’une cérémonie en dents de scie (les détails plus bas), Radio-Canada a récolté neuf statuettes, TVA en a moissonné cinq et Vrak, une seule. Le 16e prix, celui de la personnalité féminine de l’année attribué à Sarah-Jeanne Labrosse, restera en garde partagée entre TVA, Vrak et Radio-Canada, car la gagnante a œuvré sur de grosses productions aux trois postes (Révolution, Le chalet et Les pays d’en haut).

À eux seuls, Gildor Roy et Sarah-Jeanne Labrosse ont amassé six récompenses sur les 16 décernées hier. Bonjour la domination. Sans surprise, Gildor Roy a brillé pour son rôle du sympathique commandant Daniel Chiasson dans District 31, en plus d’être remarqué, comme l’an passé, pour sa (petite) participation à Lâcher prise de Radio-Canada. L’effet District 31, toujours aussi puissant, a clairement joué ici, sans rien enlever au talent comique de Gildor Roy, qui a également été choisi personnalité de l’année.

Le plus ironique dans tout ça, c’est que TVA a refusé le projet de District 31, qui a ensuite atterri à la société d’État. Quelqu’un de TVA se mord assurément les doigts à propos de cette mauvaise décision.

La Donalda plus affirmée de Sarah-Jeanne Labrosse lui a permis de triompher dans les téléséries, se faufilant devant de grosses pointures comme Julie Le Breton et Mélissa Désormeaux-Poulin. L’égérie de Révolution, qui a oublié trois fois de repartir avec son trophée, n’a pas été plébiscitée dans les variétés, mais a dominé la catégorie jeunesse avec Le chalet, dont la dernière saison a été relayée ce printemps.

Parmi les surprises d’hier, la victoire de Jean-René Dufort, qui n’y croyait pas, en constitue une réjouissante. « Je pense que la machine est brisée », a-t-il blagué au micro. Les 20 années d’efforts de notre Infoman lui ont permis de coiffer le favori Charles Lafortune. Le capitaine de La voix, dont la collection personnelle compte 13 Artis, a mordu la poussière.

Bien content de la reconnaissance reçue par Hélène Bourgeois-Leclerc, dont le travail sur District 31 a été excellent cette saison. Sa décision de quitter ses camarades du 31 ne me rentre toujours pas dans la tête. Quand une émission cartonne autant, on ne la déserte pas, non ?

Peu importe. Charles Tisseyre, qui a dansé sur Bobépine, a poursuivi sa lancée dans les affaires publiques en éclipsant Denis Lévesque pour la deuxième année de suite.

Grâce à son rôle de Danielle dans En tout cas, et non pour Marie Lamontagne d’Unité 9, Guylaine Tremblay a ajouté une 23e figurine à son butin. Non, elle n’a pas pleuré sur scène. Un autre revirement non prévu.

Le curé Labelle, mort cet hiver dans Les pays d’en haut, a porté chance à Antoine Bertrand, qui a été parfait, comme d’habitude, sur la scène du théâtre Denise-Pelletier.

Honoré pour son talk-show Tout le monde en parle, Guy A. Lepage a parlé des vrais compétiteurs de la télé québécoise qui s’appellent Netflix, Amazon et YouTube. Beaucoup de classe dans ses propos.

Au rayon des classiques, Pierre Bruneau, Gino Chouinard (fan de Marie-Stone), Dave Morissette et Guy Jodoin sont de nouveau repartis avec de la quincaillerie dorée. Le moment le plus délirant de ce bloc ? Quand Alexandre Barrette, de Taxi payant, qui perd systématiquement depuis sept ans, a remercié à la place de Guy Jodoin. Ce fut savoureux.

La présentation des trois actrices de M’entends-tu ? a été la plus originale et la plus rigolote de la fête. Bon flash, également, que celui de François Morency accompagné de ses deux (faux) parents télévisuels.

Le monologue d’ouverture des animateurs Jean-Philippe Dion et Maripier Morin a été succinct et moyennement inspiré. On dirait que les deux copilotes n’ont jamais réussi à trouver le ton approprié en se baladant entre le burlesque et l’extra sérieux.

Le numéro à thématique festive qui a suivi a été chargé et confus. Du disco, de la pop, du hip-hop, de la danse en ligne, du karaoké et Team White, ça tirait dans tous les sens. Mention spéciale, cependant, à Jay Du Temple, qui a fait une excellente Beyoncé, ainsi qu’aux Trois Accords, qui ont fait lever le parterre.

Plusieurs pépins techniques (son déficient, mouvements de caméra) ont plombé les festivités. C’était dérangeant. La piñata qui n’éclatait pas ou les animateurs qui rataient leurs signaux de retour en ondes, il aurait fallu être plus vigilant.

Cela dit, il y a eu de très jolis remerciements, dont ceux de Gildor Roy et d’Antoine Bertrand. Les sœurs Boulay ont rythmé le bel hommage à Unité 9 et O’ avec leur émouvante chanson Nous après nous. Bonne idée que d’aller aux pauses publicitaires – et en revenir – sur des chansons de party. Ça insufflait de l’ambiance dans la salle, qui paraissait minuscule dans nos téléviseurs.

Ce 34e gala Artis a montré une grande solidarité entre les têtes d’affiche de toutes les chaînes, qui se félicitaient entre elles en faisant fi de la fameuse guerre des réseaux. J’espère que leurs patrons, qui alimentent ces conflits stériles, ont pris des notes. Car personne n’en sort gagnant, à commencer par le public, qui remet, ne l’oublions pas, chacun de ces fameux prix Artis.