De Dolorès Bougon aux Bye Bye en passant par la belle-mère d’Aurore l’enfant martyre, la carrière d’Hélène Bourgeois-Leclerc est jalonnée de rôles phares. Incarner le sergent-détective Isabelle Roy dans District 31 aura cependant été « l’expérience professionnelle la plus intense » de toute sa vie, et c’est justement à cause de cette intensité que la comédienne a choisi de quitter la populaire quotidienne.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Nous avons rencontré Hélène Bourgeois-Leclerc dans un café de la rue Wellington une semaine après que son personnage eut fait ses adieux à ses collègues. De bonne humeur et chaleureuse, la parole précise et le geste ample — une tasse de thé vert est si vite renversée —, elle explique comment District 31 a changé sa vie, mais aussi pourquoi elle n’a pas pu résister à l’appel du vide après trois saisons.

« Parce que c’est vraiment ça que j’ai fait, un saut dans le vide », dit Hélène Bourgeois-Leclerc, qui raconte en riant que bien de ses amis acteurs n’en reviennent pas de son choix. « Ils me disent voyons, es-tu folle ? Mais il y a des décisions qui montent comme des évidences et il faut les écouter. »

Si elle a quitté District 31 malgré l’immense succès, la joyeuse camaraderie et la sécurité financière, c’est d’abord pour une question de rythme. Sur les 360 épisodes de la quotidienne qui ont été diffusés, la comédienne estime qu’elle a figuré dans « entre 300 et 320 » d’entre eux.

« C’est un show extraordinaire, mais très demandant. Je n’ai jamais travaillé comme ça de toute ma vie. »

En plus des heures de tournage, il fallait apprendre des pages et des pages de texte chaque semaine. « Quand on les reçoit, on doit les lire, les dépouiller, les organiser dans la chronologie, les apprendre. Puis, il faut tourner, et la semaine d’après, ça recommence… »

Un travail de mémorisation de plus en plus facile avec l’expérience – « gymnastique est le bon mot, car la mémoire est un muscle qui s’entraîne » –, mais qu’elle devait tout de même faire à la maison le week-end et les soirs de semaine après avoir couché les enfants.

« District, on l’a dit souvent, c’est un train qui roule à vive allure, explique-t-elle. Très rapidement, on apprend que si on n’est pas bien préparé, ça va mal aller. Si un acteur ne sait pas son texte, ça crée du retard, et on ne peut pas se le permettre. »

La machine est bien huilée, les horaires sont calculés à la minute près, mais la stabilité des équipes et l’esprit de coopération permettent aussi à chacun de trouver son plaisir, précise-t-elle. « Dans mon cas, je me suis juste sentie fatiguée et usée, et j’ai eu envie d’aller découvrir un autre rythme. »

Une fin « digne et lucide »

La comédienne a mûri longuement sa réflexion depuis l’automne dernier pour partir justement « avant de trouver ça trop lourd ». Elle est particulièrement heureuse de la fin « digne et lucide » qui a été trouvée pour Isabelle et se réjouit que l’option du suicide, pour laquelle elle avait une préférence au début, ait été écartée.

Depuis, Hélène Bourgeois-Leclerc a vécu son deuil en plusieurs étapes : il y a eu l’annonce de son désir de partir faite en janvier au scénariste Luc Dionne et à la productrice Fabienne Larouche, la fin du tournage en mars, et la diffusion du dernier épisode la semaine dernière, qu’elle a vécue de manière très émotive.

« Mais là, c’est fini pour vrai. Peut-être qu’en septembre, quand ça va recommencer, j’aurai un petit pincement au cœur. En même temps, je ne sais même pas si je vais le regarder. »

Elle avoue d’ailleurs en souriant avoir un peu mal digéré le fait que, dans le tout dernier épisode de la saison, le personnage de Noélie se soit assis dans la chaise d’Isabelle. « La place était encore chaude ! », dit Hélène Bourgeois-Leclerc, qui a pris la plaque sur laquelle était inscrit le nom d’Isabelle Roy pour la placer sur son bureau chez elle. « Elle ne servira plus à rien de toute façon. »

La comédienne a aimé profondément Isabelle, sa droiture et son sens de l’éthique, et lui gardera toujours une petite place dans son cœur. « J’ai aimé la découvrir, la faire se déployer en moi », ajoute-t-elle, précisant qu’elle a particulièrement apprécié les intrigues développées autour de la policière dont la spécialité était les crimes sexuels.

PHOTO FOURNIE PAR ICI RADIO-CANADA TÉLÉ

Hélène Bourgeois-Leclerc (Isabelle Roy) dans District 31

« Tout ce qui touchait les mineurs m’interpellait beaucoup. J’ai le droit de le dire maintenant, mais les grosses enquêtes, les SS, Phaneuf, la politique, les DG, je sais que c’est très important, mais ce que j’aimais le plus, ce sont les petites enquêtes qui touchaient davantage l’être humain. Je suis contente que ça soit tombé dans ma cour. »

Et que pense-t-elle avoir apporté à son personnage ? « C’est très drôle, je n’ai jamais revu les premiers épisodes, mais je me rappelle qu’on jouait tous à peu près la même police avec la même dégaine… Puis tranquillement, je me suis mise à trouver qu’Isabelle était un peu tout croche, qu’elle avait le dos un peu rond, qu’elle était “one of the boys” avec un côté je m’en fous et pas du tout dans un rapport de séduction. On a tous fini par créer quelque chose chez nos personnages, et Luc Dionne nous laissait faire pour s’en inspirer lors de l’écriture. »

Apprentissage

Ces trois années auront été un apprentissage incroyable pour la comédienne de 45 ans, qui est convaincue d’avoir raffiné son jeu et d’être maintenant armée pour faire face à n’importe quoi.

« District m’a apporté une chose que je n’avais jamais eue avant : la crédibilité de jouer un rôle aussi réaliste. C’est quelque chose que je demandais à l’univers, aux producteurs, à mon agent, à tout le monde, depuis des années ! J’avais vraiment envie d’aller voir si j’étais capable. Ma réponse, je l’ai eue, et je me suis vautrée dans ça avec un grand bonheur. »

En ce moment, la comédienne profite de ses journées de repos, mais on la sent prête pour un nouveau défi – en fait, le nouveau défi semble déjà trouvé, si on se fie à son sourire en coin et à son regard brillant.

« Je sors de cette expérience fière et enrichie pour la suite. Je peux faire n’importe quoi maintenant. Surtout après une run de même, le reste va me sembler facile… Mais je dis ça en riant, parce que replonger dans un nouveau projet et un nouveau personnage sera enivrant. C’est un autre apprentissage, un autre rythme, une autre équipe, un autre univers. Et c’est très excitant. »